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#1 30-07-2015 02:18:22

yrad
admin

Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

(En copie partielle de ce post)

The Man From Earth de Richard Schenkman (2007) : une SF comme seuls les amoureux de littérature en rêvent : aucun gadget futuriste, aucun spectacle pyrotechnique… uniquement des échanges, des conversations, des dialogues… mais qui sont susceptibles de bouleverser à jamais le paradigme des spectateurs…. chrétiens ! Un film iconoclaste et subversif écrit par un grand novéliste du Golden Age de la SF et scénariste de ST TOS, Jerome Bixby.

Note : Le titre de ce topic fait bien entendu référence au Gène égoïste (1976) de Richard Dawkins... en raison du parallèle philosophique avec le concept inédit d'immortalité développé par Jerome Bixby, aux antipodes de ceux qui tapissent la fantasy.


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#2 21-01-2018 14:06:58

mypreciousnico
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Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

Pour info, une suite de l'excellent The Man from Earth viens de voir le jours, il s'agit de The Man from Earth: Holocene, avec sensiblement la même équipe que pour le premier volet, à ceci près que ce n’est pas Jerome Bixby (décédé) mais son fils Emerson Bixby qui signe le scénario.

The Man from Earth: Holocene a été rendu disponible sur The Pirate Bay, directement par les auteurs du film, le téléchargement est donc légal. Les auteurs invitent, en début de film, ceux qui l'ont aimé à donner une somme de leur choix.

Je l'ai vu et j'ai plutôt aimé, mais ce second volet n'a pas la force du premier qui, outre son propos de fond, parvenait à nous faire croire avoir vu des choses qui n’étaient pas du tout à l'écran, comme si nous aussi nous étions dans cette pièce à parler avec cet homme improbable. Juste avec du dialogue et une mise en scène minimaliste. Ici c’est plus démonstratif, il y a plus de lieux, plus de monde. D'un autre côté les auteurs parviennent à éviter la redite et à approfondir la réflexion (même si ça manque de subtilité sur la fin) et j'aime beaucoup la conclusion. Bref, je ne veux pas trop en dire, c’est à voir dans tous les cas.

À noter, la présence de Michael "Worf" Dorn au casting.

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#3 21-01-2018 16:29:46

scorpius
Nowhere Man

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

J'étais très surpris de découvrir l'existence de cette suite improbable et pour tout dire j'ai pas mal hésité avant de lancer le film, tant il me semblait symptomatique de l'industrie du divertissement actuelle, ou on recycle tout et n'importe quoi, y compris un truc aussi confidentiel que "The Man From Earth". Cela étant dit, ce n'était pas aussi catastrophique que ça. Un peu vain, il est clair que ça fait office d'épisode de transition et du coup ça balance pas mal de pistes pour la suite mais ça ne développe vraiment rien en profondeur.

Le message écologique est sympa, moins lourd que dans d'autres productions hollywoodiennes, il permet de justifier certaine choses de façon diégétique et c'est cool, mais d'un autre coté on sent que on ne veut pas trop en dire car faut se garder des cartouches pour la suite, c'est frustrant...
En fait c'est plus un pilote de série télé qu'un film et le teasing pour ce qui serait j'imagine l'enjeu central à venir, je le trouve moyennement intéressant. En tout cas assez éloigné de l'étude de l'immortalité de haut vol qu'offrait le premier film.

Du coup cette écriture très télévisuelle fait qu'on a pas mal de remplissage. Tout qui tourne autours des étudiants de John est assez gonflant, parce que les acteurs sont très moyens, parce que ce sont des clichés ambulants et parce qu'il ne se passe rien d'intéressant. Ce qu'ils essaient de découvrir, on le sait déjà et forcément j'ai regardé ma montre souvent. On est loin de l'écriture purement hypnotique du premier film qui jongle en permanence entre réalité et fiction potentielle, ou tu te demandes constamment si ce gars est sérieux ou si il tente juste de niquer le cerveau de ses collègues. Jusqu'au "twist" final qui fait définivement tout basculer. Rien de tout ça ici, en terme de narration c'est beaucoup plus "plan plan", malheureusement.

La seule scène qui approche l'intensité du film précédent est la confrontation entre John et un de ses étudiants. Le ressort dramatique est grossier mais c'est bien écrit et les 2 acteurs sont plutot bons.
C'est pas honteux, ça m'a fait plaisir de retrouver John et effectivement, Worf et Phlox au casting ça fait son petit effet, mais ça n'apporte pas grand chose à l'original et en tant que "pilote de série télé" c'est pas fou.


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#4 21-01-2018 16:35:27

mypreciousnico
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Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

Attend, t'est en train de me dire qu'il va y en avoir d'autres ?
Je vais aller me renseigner, c’est tellement improbable (tu me dira, effectivement pas davantage que l'existence de cette suite)

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#5 21-01-2018 16:49:27

scorpius
Nowhere Man

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

C'est ce que j'ai cru comprendre. Soit un troisième film, soit décliner la chose en série télé (justement).


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#6 21-01-2018 18:14:23

mypreciousnico
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Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

Ok, merci pour ces précisions wink
L'histoire pourrait se terminer comme ça.

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#7 21-01-2018 22:27:41

yrad
admin

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

Désolé, Mypreciousnio et Scorpius, impossible d’être aussi indulgents que vous envers The Man From Earth: Holocene (2017). oops

Cette pseudo-suite n’est pas seulement inutile, elle est carrément préjudiciable au chef d’œuvre The Man From Earth (2007) !

Pour mémoire, TMFE était un pur joyau audiovisuel qui avait réussi le portage à l’écran de la quintessence de la SF littéraire, lorsque celle-ci se confond avec la philosophie et qu’elle tient à une expérience de la pensée (façon Olaf Stapledon). Avec une économie de moyens record (digne de Primer (2004) de Shane Carruth), le film scénarisé par Jerome Bixby réussissait à faire vivre au spectateur - chrétien surtout - un choc métaphysique, un bouleversement mental copernicien.
Pensez donc : une "simple" conversation de 90 minutes en quatre murs susceptible de changer à jamais le spectateur, de nature à affecter bien plus profondément et durablement l'entendement qu’un space opera spectaculaire bourré de SFX ou un shlasher gore débordant d’hémoglobine. Telle la matérialisation de l'un des plus fascinants savoirs (ou pouvoirs) des Technomages de Babylon 5 !

Tout le génie de The Man From Earth était d'être unique et autosuffisant. Car il représentait l’aboutissement de la quête personnelle d’un grand auteur de SF, débutée quarante ans avant dans TOS 03x21 Requiem For Methuselah.
Or c’est précisément cet équilibre que Holocene a rompu en tentant d’en tirer un filon à exploiter en vue d’une nouvelle franchise, selon l’émétique modèle hollywoodien (dont ST et SW - entre autres - font aujourd’hui les frais).

Hormis le cours universitaire magistral sur les religions comparées dispensé par John Oldman et le plaisir subjectif trekkien de revoir les comédiens Michael Dorn et John Billingsley, il n’y a strictement rien à sauver dans TMFE: Holocene… qui s’emploie juste à faire entrer un film hors norme dans le champ de la normativité voire de la banalité.

L’enquête des étudiants énamourés est particulièrement laborieuse puisque les spectateurs ont un film d’avance sur eux, et l’ensemble de ce pénible exercice fait finalement basculer l’essentialisme de l'opus précédent dans la trivialité de la dictature de la transparence (une dérive typiquement étatsunienne).

La réitération des confidences de John donne l’affreuse impression que The Man From Earth tente d’éclore en formula show de type Halloween ou Friday The 13th, si ce n’est que le mystérieux anti-héros n’assassinerait pas à chaque fois de nouvelles guest stars (encore que…) mais leur révèlerait qu’il est Jésus (moyennant simplement des variations de configurations d’un film à l’autre…). damn

La séance de torture infligée par Philip est faussement audacieuse et faussement cohérente, car elle prétend figurer la folie qui s’empare du croyant dont la foi vacille... tout en se situant en même temps (consciemment ou non) sur le terrain rationnel du Grand Inquisiteur (de Fiodor Dostoïevski).
Et finalement, le discours prophylactique alors tenu par John à la merci de Philip (qu’il savait pourtant chrétien dévot) n’est absolument pas psychologue pour un homme de 14 000 ans qui a statistiquement été fatalement confronté à de pareilles situations auparavant.

Tout le volet écologiste moralisant se contente d’enfoncer des portes ouvertes… et la corrélation avec le soudain vieillissement de l’immortel (toujours interprété dix ans après par le même David Lee Smith) n’est guère convaincante (même si cela pourrait vaguement renvoyer au sort de Flint quoique lui ait changé de planète). Ok, le spectateur sait que la nourriture terrestre est de plus en plus polluée, mais paradoxalement l’espérance de vie ne cesse de croître...

Quant au twist final... alors là, c’est vraiment le pompon de la trahison (ou de l’arnaque) décomplexée !

Spoiler

Sérieusement, ils veulent vraiment faire de J-C un serial killer ?!! Non seulement, le ressort du serial killer est devenu une tarte-à-la-crème aux hormones, le niveau zéro de la créativité, l'incarnation même de la malbouffe hollywoodienne produite industriellement. Mais c’est surtout une négation éhontée de tout le sens du premier film.
Et si l’objectif des nouveaux auteurs est de tenter de reproduire d'une aussi piètre façon le choc infligé par premier film, ils confondent alors lamentablement choc paradigmatique et coup de théâtre vaudevilesque !
Chercheraient-ils à transformer The Man From Earth en Millennium (version Carter ou version Larsson), en Music Box (version Costa-Gavras), en The Collector (version Matheson), ou en The Visitor (version Emmerich) ? roulette

Bref, en dépit d'une trompeuse unité d'acteurs, de producteurs et de réalisateur, TMFE: Holocene est ni plus ni moins une profanation du premier film, aussi irrespectueux que Kelvin & Discovery le sont envers ST, et bien moins légitime que ne l'était le 2010 de Peter Hyams par rapport au 2001 de Stanley Kubrick ! Car même si ce dernier demeure un chef d’œuvre indépassable, la suite n’en trahit rétrospectivement pas le sens (dans la mesure où elle s’intéresse au destin collectif et non plus seulement au destin individuel), et elle s’inscrit dans l’œuvre littéraire indivisible d’un même Arthur C Clarke (dont les 2061 et 3001 auraient eux aussi mérité d’être portés à l’écran). Alors qu'à l'évidence, Holocene n'appartient en rien à l’œuvre de Jerome Bixby, en dépit du rideau de fumée patronymique (être son fils Emerson n’est pas en soi un gage ni une condition suffisante).


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#8 25-01-2018 09:22:57

scorpius
Nowhere Man

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

yrad a écrit :

Quant au twist final... alors là, c’est vraiment le pompon de la trahison (ou de l’arnaque) décomplexée !

Spoiler

Sérieusement, ils veulent vraiment faire de J-C un serial killer ?!! Non seulement, le ressort du serial killer est devenu une tarte-à-la-crème aux hormones, le niveau zéro de la créativité, l'incarnation même de la malbouffe hollywoodienne produite industriellement. Mais c’est surtout une négation éhontée de tout le sens du premier film.
Et si l’objectif des nouveaux auteurs est de tenter de reproduire d'une aussi piètre façon le choc infligé par premier film, ils confondent alors lamentablement choc paradigmatique et coup de théâtre vaudevilesque !
Chercheraient-ils à transformer The Man From Earth en Millennium (version Carter ou version Larsson), en Music Box (version Costa-Gavras), en The Collector (version Matheson), ou en The Visitor (version Emmerich) ? roulette

Spoiler

J'ai pas interprété le twist comme une volonté de teaser John/J-C comme un sérial killer, mais plus comme celle de partir avec de gros sabots sur une allégorie (pourrave) Christ/Antéchrist. A savoir qu'il y a un autre immortel potentiellement lié à John au vu de leur ressemblance physique (un frère oublié, un fils qui aurait hérité de l'immortalité de son paternel, le propre père de John ?). Cet immortel est un sérial killer et lui et john vont s'affronter que ce soit dans le troisième film, ou dans la série.

Quoi qu'il en soit, ça fait pas trop envie...

Dernière modification par scorpius (25-01-2018 09:53:43)


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#9 25-01-2018 09:33:13

yrad
admin

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

C'est effectivement une interprétation possible, surtout si l'objectif est de créer une saga à rallonge, bourrée d'effets et de twists, et avec une pseudo-mythologie.

Spoiler

Mais c'est presque pire que mon hypothèse, car cela impliquerait d'ajouter à la déjà tarte-à-la-crème du serial killer la non moins tarte-à-la-crème de l'evil twin.

Et dans tous les cas, ça viole à la fois le sens, l'esprit, et la finalité de The Man From Earth. Un peu comme si Plan 9 From Outer Space avait été vendue comme la suite de 2001. damn


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#10 25-01-2018 15:48:23

matou
modérateur

Re : Jerome Bixby et l’immortalité égoïste (de "Requiem For Methuselah" à "The Man From Earth")

yrad a écrit :

Et dans tous les cas, ça viole à la fois le sens, l'esprit, et la finalité de The Man From Earth. Un peu comme si Plan 9 From Outer Space avait été vendue comme la suite de 2001. damn

C’est pas le cas?

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