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#1 26-07-2018 17:57:54

Prelogic
Legaliste

Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Bonjour à tous,

Je souhaite m’inspirer d’un topic similaire sur l’univers de Star Trek pour évoquer l’avenir de Star Wars et plus généralement l’avenir de Lucasfilm sous Walt-Disney. L’objectif ici serait idéalement de « délester » d’autres topics de toutes les questions que nous pouvons nous poser par ailleurs sur la gestion de la propriété intellectuelle et les conséquences de certains choix opérés.

---> Que peut-on espérer pour l’avenir de Star Wars ?

La pérennisation d’une logique d’éducation : lorsque Lucas vend sa société à Walt-Disney, il espère essentiellement préserver les murs et (sans doute) quelques emplois au passage. Lucas n’a pas à s’inquiéter : il entretien avec la société Walt-Disney des relations anciennes, débutées en 1986 avec l’attraction Star Tours et il connait bien Bob Iger, avec qui il a travaillé sur la série du Jeune Indiana Jones. Lucasfilm vivotait depuis quelques années en misant sur un catalogue de produits relativement restreint, et ce « malgré le fait que la société ne possédait quasiment aucune dette » - un phénomène sans doute lié à la bonne vitalité du merchandising Star Wars. A côté de cette situation, les expérimentations indépendantes de Lucas en dehors de Star Wars ne lui permirent pas d’envisager sereinement l’avenir qu’il souhaitait dessiner pour Lucasfilm. L’échec de Red Tails tend ainsi à démontrer l’animosité persistante et historique entre Lucas et les « majors ».

Quant à la société de développement et d’édition Lucasarts, elle fut fermée le 3 avril 2013. Ce fut sans doute-là un premier échec pour George Lucas, qui voyait partir toute une logique d’éducation. N’oublions pas que Lucasarts était le prolongement de la politique de Lucasfilm, cherchant à déposer des brevets pour exploiter des nouvelles technologies « interactives multimédias ». En tout, 150 employés furent ainsi licenciés, tandis que Lucas s’engageait à reverser une partie de la somme déboursée par Disney au profit de fondations – un porte-parole officiel de Lucasfilm déclarera ainsi à l’époque que « le gros de la somme sera versé à une fondation dont le but sera d’investir dans l’éducation ».

Le point de vue de Walt-Disney en matière d’éducation semble ici assez nébuleux, pour ne pas dire cynique : en fermant Lucasarts et en souhaitant « vendre les licences des franchises » à des studios externes comme Electronic Arts, Disney semble ici vouloir faire des économies d’échelle et capitaliser sur l’existant plutôt que de parier sur l’avenir et développer des nouvelles technologies qu’elle exploiterait véritablement en interne à des fins éducatives. Pour le moment, il semble que la compagnie Walt-Disney soit davantage préoccupée à l’idée d’exploiter un catalogue au travers notamment de ses parcs d’attraction. Première difficulté / première divergence d’opinion pour une société passée depuis longtemps à l’état de consortium. Le 30 octobre 2012, au moment du rachat, Bob Iger parlera d’ailleurs de « portefeuille de contenus de classe mondiale ».

Cette situation peut être renversée, à condition bien sûr que Lucasfilm reprenne le chemin de l’innovation et retrouve cette logique éducative qui était au cœur du projet de George Lucas que l’on pourrait résumer par ces 3 termes : immersion, interactivité et multimédias. Il s’agit d’abord et avant tout d’un état d’esprit, d’une philosophie au service d’un projet sur le long terme. Il faudrait également dans l’idéal que Bob Iger accepte la nature profondément « sauvage » de Lucasfilm, qui ne peut que souffrir d’une logique essentiellement clientéliste. Notons au passage que l’ancien PDG de la 20th Century Fox, Alan Ladd Jr, avait été jusqu’à risquer son poste devant les actionnaires pour soutenir l’entreprise cinématographique folle de George Lucas – devenue depuis un authentique phénomène social. Une récente biographique de Lucas prétend d’ailleurs qu’il quitta son poste au début des années 80, poussé par le conseil d’administration qui n’avait pas digéré qu’il lui tienne tête.

Le respect de l’existant et de la relation « synergique » entre créatifs et fans : le formatage de l’Univers Etendu a amené des conséquences que nous ne mesurons pas encore très bien sur la stabilité de l’œuvre et d’une manière plus générale, sur la relation qui unit depuis toujours les fans de Star Wars à la juridiction de Lucas sur les films. En niant le caractère profondément « subversif » de l’Univers Etendu par rapport aux films, Lucasfilm ne permet plus l’expression parallèle d’une certaine communauté. Il faut ajouter à cela la fébrilité de Walt-Disney concernant la « marque », utilisée à tort et à travers depuis toujours par des millions de fans à travers le monde pour leurs propres créations. On pense notamment à cette fameuse Ecole de Jedi en Australie qui avait été accusée de « contrefaçon de marque et de concurrence déloyale ».

Faut-il revenir à cette relation que l’on pouvait qualifier jusqu’à récemment de « compromis », entre d’un côté la juridiction des films et le reste des productions / publications ? Probablement. Lucasfilm ne peut prétendre squatter systématiquement l’ensemble des possibles d’une chronologie par essence extensible, et doit pouvoir laisser aux fans et aux créatifs un espace de respiration pour « parler » de cet univers comme bon leur semble. L’Univers Etendu a été pendant longtemps très incohérent avec les films de Lucas (et sans doute incohérent avec lui-même), mais on pouvait encore décider de passer outre. On ne peut pas simplement se « contenter » aujourd’hui de consommer de la bande-dessinée (ou un spin-off opportuniste) pour obtenir une expérience cinématographique qui se doit d’être complète et auto-suffisante.

Le respect d’une morale universelle et d’une certaine philosophie spirituelle : Lucas souhaitait manifestement articuler son récit autour de plusieurs concepts : si la haine mène au Côté Obscur, le pardon peut conduire à la rédemption. Si l’impatience conduit à faire des erreurs, l’apprentissage permet d’accéder à la maîtrise de soi et de ses émotions. Avec les midichloriens, Lucas souhaitait également construire les bases d’une véritable cosmogonie, dont les « Whills » devaient être le chainon manquant d’une troisième trilogie – A terme, Lucas voulait certainement poser la question de la « conscience » de la Force, un sujet passionnant dans la lignée des autres questionnements induits par les 6 films d’origine.

Lucasfilm sous Disney semble n’avoir jamais été sur cette même longueur d’onde, avec une « version » de l’univers de George Lucas particulièrement démagogique, basée essentiellement sur des discours promos du type : « Nous vous rendons la Force à vous, le peuple ! ». S’en est suivi une succession de décisions malheureuses et fortement préjudiciables pour la stabilité de l’œuvre dans son ensemble – puisque, jusqu’à preuve du contraire, Disney continue d’estimer l’ensemble des films de George Lucas canon.

A défaut de poursuivre le questionnement de Lucas sur son propre travail, il faut pouvoir s’inspirer LARGEMENT du travail des créatifs, dont certains touchent du doigt l’essence même des préoccupations de Lucas. Je pense notamment au magnifique teaser de l’extension online Knight of the Eternal Throne, avec cette jeune fille tentée simplement par le mal, à la faveur d’une frustration enfantine. D'une manière plus générale, je pense que des réalisateurs comme James Cameron sont plus sensibles aux arguments de Lucas pour l’extension de cet univers et de ses possibilités. Kathleen Kennedy devrait largement s'appuyer sur le savoir-faire et l'expérience de ces hommes et femmes compétentes, disposant d'une sensibilité en marge des grands studios - ce qui exclue d'office, probablement, les habituels commis de service formatés dès la sortie de l'école de cinéma.

L'émulation entre logique intellectuelle et industrielle : La vente de Lucasfilm à Walt-Disney a modifié en profondeur la nature-même de cette société et son rapport à son propre eco-système : il ne s'agit plus de parier sur la technologie et de demeurer en marge du système en faisant des films expérimentaux, mais d'obéir à des contingences d'ordre économique. Le comportement des fans vis-à-vis de ce qui est considéré comme une "franchise" est un indicateur sérieux permettant à Disney de faire un constat simple : la communication et le marketing ont plus de chance d'aboutir à un résultat positif que des paris potentiellement ruineux - la prélogie est là pour démontrer l'incapacité du public à accepter le changement, l'évolution d'un discours.

Que faire face à ce constat ? Si pour le moment, Disney semble avoir tout misé sur le retro-marketing et les discours promos orientés, il n'est jamais trop tard pour oser, prendre des risques et faire confiance aux artistes, contre la tentation de vouloir donner aux gens « ce qu'ils veulent ». Il est probable que le "Story Group" ne serve pour le moment pas à grand chose - à supposer qu'il ai jamais eu une existence légale. Mais là aussi, le Story Group pourrait avoir une influence non négligeable sur Kathleen Kennedy et Bob Iger, en mettant autour de la table des personnalités diverses, issues de milieux différents et ayant une sensibilité différente. Pour le moment, tout se passe comme si ce "think tank" était là pour pleurer sur les années 80 et apposer le sceau Lucasfilm sur les futures productions. Bref, si on peut dire que l'obsession permanente du contrôle de Lucas a été préjudiciable par endroit, il paraît complètement insensé de poursuivre son œuvre sans lui, et sans ce fameux rôle de consultant pour lequel il aurait pu cadrer une direction collégiale en bonne intelligence.

*Source :

Star Wars : Lucasfilm en procès contre une école de Jedi >> https://www.20minutes.fr/cinema/1946643 ? ecole-jedi

Vente de Lucasfilm à Disney : que va faire George Lucas avec ses 4 milliards de dollars ? >> http://www.ozap.com/actu/vente-de-lucas ? ars/443840

Disney ferme les portes de LucasArts >> https://www.numerama.com/magazine/25575 ? sarts.html

Dernière modification par Prelogic (26-07-2018 19:07:39)


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#2 01-08-2018 14:12:32

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Bonne analyse Pod!
Un élément à prendre en compte, Alan Horn qui chapeaute les différents studios possédés par Disney.
Pour l’éviction de Gunn, c’est lui qui est monté au créneau. Et pourtant Macron et Feige ont plus d’indépendance que Lucasfilm.

En complément, j’ajouterai qu’il faut prendre aussi en compte la logique systémique actuelle, calquée sur la demande de rentabilité maximale. Qui amène au court-termisme et au conformisme.
On dégrade des marques en les utilisant de manière standardisée. Et donc en leur faisant perdre leur essence.

Un exemple avec HBO https://www.nytimes.com/2018/07/08/busi ? erger.html :

Le PDG de Warner média, compagnie possédant HBO:
“Also,“we’ve got to make money at the end of the day.
Le PDG de HBO:
“We do that,” Mr. Plepler responded, to scattered applause. 
Le PDG de Warner média:
“Yes, you do. Just not enough.”

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#3 05-08-2018 18:55:27

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Je me permets un retour sur l’echec de Solo. Car j’ai lu des arguments que les faits contredisent.

Déjà le film est dans le top 10 des films ayant rapporté le plus d’argent en 2018 en Amérique du Nord. Même Fallout ne le dépassera pas de beaucoup. Et il faudra attendre Noël pour que sa place dans le top 10 soit en danger.
Le film a donc fait un score qui n’est pas minable. Avec un budget de 140 millions ou moins, il ne serait pas loin de la rentabilité (hors budget marketing).
S’il est si loin de la rentabilité, c’est donc la faute de Disney quand ils ont congédié les réalisateurs. Le budget a explosé.
Si le film tient un rang assez correct sur son marché domestique, il est un four cataclysmique à l’international. C’est cet échec là qu’il faut questionner.

La date de sortie aurait été  trop proche d’en TLJ. Le studio a plutôt compté sur une vague en les rapprochant ainsi. Cela permet de voir le côté clivant de TLJ et ses effets sur le public.
Ensuite les dates rapprochées, cela aurait dû aussi jouer avec les Marvel. Or la suite de Ant Man a fait son score attendu. Et il n’est sorti que trois mois après IW...

Solo serait un personnage qui n’est pas assez connu pour attirer les foules. Parce que deadpoll et Ant man, deux personnages sont plus connus? Ils ont eu leur suite cette même année en ayant plus de succès dans le monde.
Ant man, deadpool dans leur suite, on donc fait presque autant que les premiers volets. JW II a fait 75%. Tout cela grâce a une bonne carrière internationale.
Solo est donc un échec internationalement avant tout et surtout.
La marque SW ne passionne plus. Moins qu’un Marvel mineur (la suite de Ant Man va faire entre 1,5 et 2 fois plus que Solo dans le monde, hors Amérique du Nord).

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