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#1 26-07-2018 17:57:54

Prelogic
Legaliste

Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Bonjour à tous,

Je souhaite m’inspirer d’un topic similaire sur l’univers de Star Trek pour évoquer l’avenir de Star Wars et plus généralement l’avenir de Lucasfilm sous Walt-Disney. L’objectif ici serait idéalement de « délester » d’autres topics de toutes les questions que nous pouvons nous poser par ailleurs sur la gestion de la propriété intellectuelle et les conséquences de certains choix opérés.

---> Que peut-on espérer pour l’avenir de Star Wars ?

La pérennisation d’une logique d’éducation : lorsque Lucas vend sa société à Walt-Disney, il espère essentiellement préserver les murs et (sans doute) quelques emplois au passage. Lucas n’a pas à s’inquiéter : il entretien avec la société Walt-Disney des relations anciennes, débutées en 1986 avec l’attraction Star Tours et il connait bien Bob Iger, avec qui il a travaillé sur la série du Jeune Indiana Jones. Lucasfilm vivotait depuis quelques années en misant sur un catalogue de produits relativement restreint, et ce « malgré le fait que la société ne possédait quasiment aucune dette » - un phénomène sans doute lié à la bonne vitalité du merchandising Star Wars. A côté de cette situation, les expérimentations indépendantes de Lucas en dehors de Star Wars ne lui permirent pas d’envisager sereinement l’avenir qu’il souhaitait dessiner pour Lucasfilm. L’échec de Red Tails tend ainsi à démontrer l’animosité persistante et historique entre Lucas et les « majors ».

Quant à la société de développement et d’édition Lucasarts, elle fut fermée le 3 avril 2013. Ce fut sans doute-là un premier échec pour George Lucas, qui voyait partir toute une logique d’éducation. N’oublions pas que Lucasarts était le prolongement de la politique de Lucasfilm, cherchant à déposer des brevets pour exploiter des nouvelles technologies « interactives multimédias ». En tout, 150 employés furent ainsi licenciés, tandis que Lucas s’engageait à reverser une partie de la somme déboursée par Disney au profit de fondations – un porte-parole officiel de Lucasfilm déclarera ainsi à l’époque que « le gros de la somme sera versé à une fondation dont le but sera d’investir dans l’éducation ».

Le point de vue de Walt-Disney en matière d’éducation semble ici assez nébuleux, pour ne pas dire cynique : en fermant Lucasarts et en souhaitant « vendre les licences des franchises » à des studios externes comme Electronic Arts, Disney semble ici vouloir faire des économies d’échelle et capitaliser sur l’existant plutôt que de parier sur l’avenir et développer des nouvelles technologies qu’elle exploiterait véritablement en interne à des fins éducatives. Pour le moment, il semble que la compagnie Walt-Disney soit davantage préoccupée à l’idée d’exploiter un catalogue au travers notamment de ses parcs d’attraction. Première difficulté / première divergence d’opinion pour une société passée depuis longtemps à l’état de consortium. Le 30 octobre 2012, au moment du rachat, Bob Iger parlera d’ailleurs de « portefeuille de contenus de classe mondiale ».

Cette situation peut être renversée, à condition bien sûr que Lucasfilm reprenne le chemin de l’innovation et retrouve cette logique éducative qui était au cœur du projet de George Lucas que l’on pourrait résumer par ces 3 termes : immersion, interactivité et multimédias. Il s’agit d’abord et avant tout d’un état d’esprit, d’une philosophie au service d’un projet sur le long terme. Il faudrait également dans l’idéal que Bob Iger accepte la nature profondément « sauvage » de Lucasfilm, qui ne peut que souffrir d’une logique essentiellement clientéliste. Notons au passage que l’ancien PDG de la 20th Century Fox, Alan Ladd Jr, avait été jusqu’à risquer son poste devant les actionnaires pour soutenir l’entreprise cinématographique folle de George Lucas – devenue depuis un authentique phénomène social. Une récente biographique de Lucas prétend d’ailleurs qu’il quitta son poste au début des années 80, poussé par le conseil d’administration qui n’avait pas digéré qu’il lui tienne tête.

Le respect de l’existant et de la relation « synergique » entre créatifs et fans : le formatage de l’Univers Etendu a amené des conséquences que nous ne mesurons pas encore très bien sur la stabilité de l’œuvre et d’une manière plus générale, sur la relation qui unit depuis toujours les fans de Star Wars à la juridiction de Lucas sur les films. En niant le caractère profondément « subversif » de l’Univers Etendu par rapport aux films, Lucasfilm ne permet plus l’expression parallèle d’une certaine communauté. Il faut ajouter à cela la fébrilité de Walt-Disney concernant la « marque », utilisée à tort et à travers depuis toujours par des millions de fans à travers le monde pour leurs propres créations. On pense notamment à cette fameuse Ecole de Jedi en Australie qui avait été accusée de « contrefaçon de marque et de concurrence déloyale ».

Faut-il revenir à cette relation que l’on pouvait qualifier jusqu’à récemment de « compromis », entre d’un côté la juridiction des films et le reste des productions / publications ? Probablement. Lucasfilm ne peut prétendre squatter systématiquement l’ensemble des possibles d’une chronologie par essence extensible, et doit pouvoir laisser aux fans et aux créatifs un espace de respiration pour « parler » de cet univers comme bon leur semble. L’Univers Etendu a été pendant longtemps très incohérent avec les films de Lucas (et sans doute incohérent avec lui-même), mais on pouvait encore décider de passer outre. On ne peut pas simplement se « contenter » aujourd’hui de consommer de la bande-dessinée (ou un spin-off opportuniste) pour obtenir une expérience cinématographique qui se doit d’être complète et auto-suffisante.

Le respect d’une morale universelle et d’une certaine philosophie spirituelle : Lucas souhaitait manifestement articuler son récit autour de plusieurs concepts : si la haine mène au Côté Obscur, le pardon peut conduire à la rédemption. Si l’impatience conduit à faire des erreurs, l’apprentissage permet d’accéder à la maîtrise de soi et de ses émotions. Avec les midichloriens, Lucas souhaitait également construire les bases d’une véritable cosmogonie, dont les « Whills » devaient être le chainon manquant d’une troisième trilogie – A terme, Lucas voulait certainement poser la question de la « conscience » de la Force, un sujet passionnant dans la lignée des autres questionnements induits par les 6 films d’origine.

Lucasfilm sous Disney semble n’avoir jamais été sur cette même longueur d’onde, avec une « version » de l’univers de George Lucas particulièrement démagogique, basée essentiellement sur des discours promos du type : « Nous vous rendons la Force à vous, le peuple ! ». S’en est suivi une succession de décisions malheureuses et fortement préjudiciables pour la stabilité de l’œuvre dans son ensemble – puisque, jusqu’à preuve du contraire, Disney continue d’estimer l’ensemble des films de George Lucas canon.

A défaut de poursuivre le questionnement de Lucas sur son propre travail, il faut pouvoir s’inspirer LARGEMENT du travail des créatifs, dont certains touchent du doigt l’essence même des préoccupations de Lucas. Je pense notamment au magnifique teaser de l’extension online Knight of the Eternal Throne, avec cette jeune fille tentée simplement par le mal, à la faveur d’une frustration enfantine. D'une manière plus générale, je pense que des réalisateurs comme James Cameron sont plus sensibles aux arguments de Lucas pour l’extension de cet univers et de ses possibilités. Kathleen Kennedy devrait largement s'appuyer sur le savoir-faire et l'expérience de ces hommes et femmes compétentes, disposant d'une sensibilité en marge des grands studios - ce qui exclue d'office, probablement, les habituels commis de service formatés dès la sortie de l'école de cinéma.

L'émulation entre logique intellectuelle et industrielle : La vente de Lucasfilm à Walt-Disney a modifié en profondeur la nature-même de cette société et son rapport à son propre eco-système : il ne s'agit plus de parier sur la technologie et de demeurer en marge du système en faisant des films expérimentaux, mais d'obéir à des contingences d'ordre économique. Le comportement des fans vis-à-vis de ce qui est considéré comme une "franchise" est un indicateur sérieux permettant à Disney de faire un constat simple : la communication et le marketing ont plus de chance d'aboutir à un résultat positif que des paris potentiellement ruineux - la prélogie est là pour démontrer l'incapacité du public à accepter le changement, l'évolution d'un discours.

Que faire face à ce constat ? Si pour le moment, Disney semble avoir tout misé sur le retro-marketing et les discours promos orientés, il n'est jamais trop tard pour oser, prendre des risques et faire confiance aux artistes, contre la tentation de vouloir donner aux gens « ce qu'ils veulent ». Il est probable que le "Story Group" ne serve pour le moment pas à grand chose - à supposer qu'il ai jamais eu une existence légale. Mais là aussi, le Story Group pourrait avoir une influence non négligeable sur Kathleen Kennedy et Bob Iger, en mettant autour de la table des personnalités diverses, issues de milieux différents et ayant une sensibilité différente. Pour le moment, tout se passe comme si ce "think tank" était là pour pleurer sur les années 80 et apposer le sceau Lucasfilm sur les futures productions. Bref, si on peut dire que l'obsession permanente du contrôle de Lucas a été préjudiciable par endroit, il paraît complètement insensé de poursuivre son œuvre sans lui, et sans ce fameux rôle de consultant pour lequel il aurait pu cadrer une direction collégiale en bonne intelligence.

*Source :

Star Wars : Lucasfilm en procès contre une école de Jedi >> https://www.20minutes.fr/cinema/1946643 ? ecole-jedi

Vente de Lucasfilm à Disney : que va faire George Lucas avec ses 4 milliards de dollars ? >> http://www.ozap.com/actu/vente-de-lucas ? ars/443840

Disney ferme les portes de LucasArts >> https://www.numerama.com/magazine/25575 ? sarts.html

Dernière modification par Prelogic (26-07-2018 19:07:39)


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« En général, je ne réfléchis pas en termes d’hommage. Quand tu démarres un projet, tu essayes d’imaginer quelque chose de différent, tu ne tentes pas de reproduire le passé » - Phil Tippett.
« La contre-culture ne viendra pas d’une institution d’État, ni d’une major hollywoodienne. Elle n'appartient à personne. » - Rafik Djoumi.

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#2 01-08-2018 14:12:32

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Bonne analyse Pod!
Un élément à prendre en compte, Alan Horn qui chapeaute les différents studios possédés par Disney.
Pour l’éviction de Gunn, c’est lui qui est monté au créneau. Et pourtant Macron et Feige ont plus d’indépendance que Lucasfilm.

En complément, j’ajouterai qu’il faut prendre aussi en compte la logique systémique actuelle, calquée sur la demande de rentabilité maximale. Qui amène au court-termisme et au conformisme.
On dégrade des marques en les utilisant de manière standardisée. Et donc en leur faisant perdre leur essence.

Un exemple avec HBO https://www.nytimes.com/2018/07/08/busi ? erger.html :

Le PDG de Warner média, compagnie possédant HBO:
“Also,“we’ve got to make money at the end of the day.
Le PDG de HBO:
“We do that,” Mr. Plepler responded, to scattered applause. 
Le PDG de Warner média:
“Yes, you do. Just not enough.”

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#3 05-08-2018 18:55:27

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Je me permets un retour sur l’echec de Solo. Car j’ai lu des arguments que les faits contredisent.

Déjà le film est dans le top 10 des films ayant rapporté le plus d’argent en 2018 en Amérique du Nord. Même Fallout ne le dépassera pas de beaucoup. Et il faudra attendre Noël pour que sa place dans le top 10 soit en danger.
Le film a donc fait un score qui n’est pas minable. Avec un budget de 140 millions ou moins, il ne serait pas loin de la rentabilité (hors budget marketing).
S’il est si loin de la rentabilité, c’est donc la faute de Disney quand ils ont congédié les réalisateurs. Le budget a explosé.
Si le film tient un rang assez correct sur son marché domestique, il est un four cataclysmique à l’international. C’est cet échec là qu’il faut questionner.

La date de sortie aurait été  trop proche d’en TLJ. Le studio a plutôt compté sur une vague en les rapprochant ainsi. Cela permet de voir le côté clivant de TLJ et ses effets sur le public.
Ensuite les dates rapprochées, cela aurait dû aussi jouer avec les Marvel. Or la suite de Ant Man a fait son score attendu. Et il n’est sorti que trois mois après IW...

Solo serait un personnage qui n’est pas assez connu pour attirer les foules. Parce que deadpoll et Ant man, deux personnages sont plus connus? Ils ont eu leur suite cette même année en ayant plus de succès dans le monde.
Ant man, deadpool dans leur suite, on donc fait presque autant que les premiers volets. JW II a fait 75%. Tout cela grâce a une bonne carrière internationale.
Solo est donc un échec internationalement avant tout et surtout.
La marque SW ne passionne plus. Moins qu’un Marvel mineur (la suite de Ant Man va faire entre 1,5 et 2 fois plus que Solo dans le monde, hors Amérique du Nord).

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#4 20-08-2018 11:55:20

Prelogic
Legaliste

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Une autre menace concrète plane sur la franchise : le conflit dogmatique entre Démocrates et Républicains, qui ne fait que prendre de l’ampleur depuis l’élection de Trump. Cette question politique interne aux Etats-Unis dépasse largement la seule question de l’industrie du divertissement, et commence à prendre d’un côté comme de l’autre une dimension idéologique quasi-fascisante avec de nouvelles formes de violence verbales. D’un côté, les fameux « Social Justice Warrior » (qui se considèrent à la pointe de toutes les luttes sociales), puis « les autres », désignés comme racistes et sexistes, formant ce que l’on appelle l’alt-right (une composante de l’extrême-droite américaine dont l’un des leaders emblématiques sur les réseau sociaux s’appelle Mike Cernovich).

Cette situation délétère a aussi pour origine l’expression libre et libérée de personnalités emblématiques du cinéma comme Kathleen Kennedy, Bob Iger mais aussi Chris Weitz, ouvertement hostiles à la politique de Donald Trump. On sait que Kathleen Kennedy est, par exemple, attachée à l’idée de s’entourer d’une équipe féminisée pour le développement des futurs projets (une façon aussi, pour elle, de s’émanciper de ses mentors et de montrer une image plus moderne de la femme au travail que ce que veut bien en montrer Trump). On sait également que Bob Iger et Donald Trump ne passeront pas leurs vacances ensemble. Et pour finir, on sait que Rogue One a été l’occasion pour Chris Weitz de faire passer des messages politiques à peine subliminaux.

Entre le marteau et l’enclume, les fans de Star Wars sont sommés de choisir. Et c’est comme cela qu’on se retrouve avec des malentendus énormes et des polémiques stériles, savamment entretenus par des VRP bénévoles, persuadés d’avoir pour mission de faire régner l’ordre juste – ou juste de l’ordre ? Alors qu'en réalité, ils sont les pantins des deux éléphants politiques US, qui cherchent à manipuler l'opinion comme autant de « cerveaux disponibles » pour la propagande politique. Les fans de Star Wars où qu'ils se trouvent dans le monde seraient donc devenus, sans même le savoir, des militants démocrates, voire communistes dans les cas les plus cristallins. En tout cas, jusqu'à ce que Kathleen Kennedy soit remplacée par un Républicain à la tête de Lucasfilm, sait-on jamais hihi

Le moment est idéal pour se rappeler que Lucas, actionnaire majoritaire et grand manitou de Lucasfilm à l'époque, ne souhaitait pas véritablement rentrer dans ces luttes de pouvoir, ni faire de son art un enjeu de domination. Ceci alors même que le bonhomme a probablement des idées politiques proches d’un Bernie Sanders – le candidat d’extrême gauche malheureux à la présidence, qui n’a jamais vraiment accepté la domination d’Hillary Clinton sur le camp démocrate. La majeure partie de la vie de Lucas a consisté à inventer, repousser les limites technologiques, créer des fondations et donner de l’argent pour l’éducation. Tout ça sans évoquer, bien sûr, le prochain Musée des arts narratifs qui devrait permettre à Lucas d’exposer une partie de sa collection d’œuvres d’art personnelle.

Dans le meilleur des cas, il faudrait cesser de prendre l’univers de Star Wars en otage, et poursuivre le combat politique sur un plan plus humain, plus universel. Il n’y a pas moins de crétins à Gauche qu’à Droite, mais il y a 1 000 façons de parler d’amour et de compassion dans un univers de fiction.

*Source >> https://www.lemonde.fr/pixels/article/2 ? 08996.html
*Source >>https://fr.ubergizmo.com/2016/11/23/ant ? ction.html
*Source >> https://www.parismatch.com/Actu/Interna ? es-1528553

Dernière modification par Prelogic (20-08-2018 12:12:27)


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« En général, je ne réfléchis pas en termes d’hommage. Quand tu démarres un projet, tu essayes d’imaginer quelque chose de différent, tu ne tentes pas de reproduire le passé » - Phil Tippett.
« La contre-culture ne viendra pas d’une institution d’État, ni d’une major hollywoodienne. Elle n'appartient à personne. » - Rafik Djoumi.

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#5 20-08-2018 15:41:56

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Je suis d’accord avec toi.
Quelques nuances.
Sanders est de gauche et non d’extrême gauche. Son propre parti a agit avec lui d’une manière déshonorante et on peut parler de trahison de la part de l’élite du parti Democrat à son encontre.

Abrams, Iger, Kennedy etc sont des Democrats à une époque où ce parti est devenu de plus en plus hypocrite.
Deneault a bien analysé cette dérive.
Ce piège dont tu parles, est un piège dont autant Trump que les Democrats sont les mâchoires.
Trump doit son élection et sa future réélection au fait qu’une parti croissante de la majorité des classes populaires subit un déclassement.
Et face à ce déclassement, les Democrats ne font que de la morale pour des causes annexe.
Trump ne fait que leur donner une figure d’identification, en maniant vulgarité, effet de manche et de démagogie.
Mais il incarne aussi une rupture au sein du peuple Republicans. Rupture avec des éléments du dogme économique et stratégique dominant.
Avec l’Alt Right, c’est une rupture plus radicale encore qui est proposée. Mais cette rupture se nourrit du ressentiment à cause du déclassement et de voir que de riches personnes Democrats viennent en plus leur faire la morale.

En somme, Trump est à la hauteur de son camp alors que les Democrats sont de plus en plus hors sol. Ils agrègent contre eux une parti du peuple qui les perçoit de plus en plus comme ceux responsables de leur problème et qui en plus les insulte.

En art, le propos a une importance. Mais ce propos ne peut être simpliste. Or ces Democrats ne pensent plus, ils ne font que plaquer sur la réalité des simplifications.
D’où des films indigents qui se veulent des Résistances...
Par exemple Black Panthers en est un bon représentant. Les enjeux véritables sont tellement mal traités que ce qui aurait pu être une vraie réflexion politique, ne sera qu’un prétexte pour des scènes d’action.

Le piège dont tu parles, a une origine. C’est le mépris du public. Le prendre pour un con et le gaver de simplismes.
Chose que ni Lucas, ni Sanders n’ont fait.

Et cette prise en étau du public mondial, dans un étau totalement US, peut expliquer pourquoi le monde et l’Asie se détournent de SW.

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#6 21-09-2018 16:14:49

Prelogic
Legaliste

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Depuis plusieurs années (et avec le rachat de Lucasfilm par Walt-Disney), on nous rabâche que Lucasfilm n’a rien perdu de son indépendance et de son autonomie. Ceux qui disent le contraire seraient donc des paranoïaques adeptes de la théorie du complot. La réalité, même si elle peut paraître insupportable, n’en est pas moins là : le changement de propriétaire a donné lieu à des changements structurels, économiques et culturels (au sens de la culture d’entreprise). Lucasfilm est aujourd'hui, d'après ses nouveaux statuts, une « Société à responsabilité limitée ». Même si l’entreprise de Lucas et la compagnie fondée par feu Walt-Disney ont des propriétés communes, il n’en demeure pas moins que George Lucas a construit un Empire doté d’une certaine identité culturelle, ainsi que d’une certaine sensibilité – celle de Lucas en l’occurrence, qui s’est battu durant toute sa carrière pour faire admettre des films dont même la compagnie Walt-Disney ne voulait pas entendre parler à l’époque. Des gens comme Ron Howard, John Milius, Francis Ford Coppola ou Steven Spielberg, comprenaient ce besoin d’indépendance et y ont même contribué à leur manière.

Dans l’imaginaire collectif des fans de Star Wars, la compagnie Walt-Disney serait donc, en réalité, une sorte de société philanthropique qui ne procèderait à aucune forme d’ingérence sur la désormais filiale Lucasfilm. L’incarnation idéale et fantasmée de l’Oncle Sam, le tout dans un esprit paternaliste. La réalité, c'est que cet idéal a probablement disparu en même temps que le fondateur historique et emblématique de la société (Walt-Disney est mort en 1966), ainsi qu’avec le départ progressif de Lucas aux affaires (qui n’a jamais occupé son rôle effectif de consultant). On a remplacé progressivement des humanistes par des gérants, des gestionnaires et des chief executive officer (ou CEO) dont l’ambition n’est plus de créer, mais de conserver le contrôle et l’exploitation de propriétés intellectuelles, d’assurer leur position tout en validant une logique d’actionnariat – le Conseil d’administration de Walt-Disney est essentiellement représenté par des fonds de pension, et George Lucas est aujourd’hui le premier de ces rentiers, puisqu’il dispose aux dernières nouvelles de 40 millions d’actions (c’est-à-dire qu’il détient près de 2% du capital de Disney, ce qui n’est pas rien).

Lorsque Lucas est installé à la tête de Lucasfilm, il en est l’actionnaire principal et majoritaire. Ce qui signifie que pendant des années, les recettes sur les produits dérivés (dont il détenait l’exclusivité grâce à un accord malin au détriment de la Fox) lui permettaient de vivre et de financer son Empire indépendant. Une situation que n’a jamais acceptée la fanbase, qui estimait avoir investi dans l’univers de Star Wars et en détenir ainsi une part, au moins sentimentale.

Lorsque Walt-Disney rachète Lucasfilm en 2012, cette situation est largement entendue et comprise. Ainsi, pour résumer violemment les choses, la propriété intellectuelle de Star Wars s’est inévitablement transformée en propriété industrielle : Bob Iger (le véritable dirigeant de Lucasfilm) n’a pas la même ambition que Lucas, ni le même rapport à la saga. Son objectif est moins de soutenir l’art, les petits réalisateurs indépendants ou même l'opinion de Lucas sur sa propre création, mais d’assurer la rente annuelle et l'exercice comptable. Et la seule façon de réussir, c’est de capitaliser sur ce qui fédère le public : le retro-marketing et l’affection légitime pour la trilogie classique.

Cette orientation vintage est en train de fatiguer une partie du public, de même que l’exploitation tout azimut de la marque « Star Wars » au cinéma, une situation à laquelle le public historique n’est pas habitué. La réaction de Walt-Disney face aux mauvais scores du spin-off Solo est donc prévisible, mais interpelle aussi sur la compréhension des cadres de Disney face à la véritable nature du problème. En effet, le public ne semble pas repprocher le « trop-plein » de Star Wars au cinéma, mais plutôt l’extrême pauvreté et la manque d’ambition des productions actuelles. L’un ne va probablement pas sans l’autre, car a fallu du temps, de la méticulosité et de la réflexion pour faire de Star Wars ce qu’il est aujourd’hui : un phénomène social, tout autant qu’un mythe moderne. Or, Walt-Disney capitalise depuis le départ exclusivement sur l’affecte et l’image de marque, ne comprenant visiblement pas la sensibilité particulière qui émane de la seule saga en 6 films (une saga qui a eu besoin de 40 ans pour émerger et sortir de terre).

Aujourd’hui, donc, Bob Iger le véritable patron de Lucasfilm assume ses torts, et relègue Kathleen Kennedy a l’état de simple employée ayant commis une bourde – ou est d’ailleurs passée la dame de fer ? Beaucoup s’interrogent sur un précédent Conseil d’administration qui aurait mal tourné, laissant Kathleen sur la sellette. Il déclare ainsi : « J’ai moi-même pris la décision de ce timing et je pense que j’ai fait une erreur. C’était trop rapide. Vous pouvez vous attendre à un ralentissement, même si cela ne veut pas dire que nous n’allons plus rien faire du tout. Mais je pense que nous allons être un peu plus prudents concernant le timing et le volume des films ».

Cela rappelle les dernières déclarations de Dave Hollis, chef de la distribution chez Disney et interrogé par The Hollywood Reporter :  « Nous avons beaucoup de travail à faire pour essayer de comprendre. Nous sommes dessus et nous passerons beaucoup de temps à creuser pour savoir pourquoi les choses ne sont pas passées comme prévu et n'ont pas fonctionné, il nous reste un an et demi avant la sortie de l'épisode IX. ».

Une seule conclusion à tout ceci : moins de films, oui certainement. Des films de meilleure qualité, également. Au lieu de se servir de la situation comme d’un énième prétexte marketing, transformons l’occasion donnée de se poser, de réfléchir au sens délicat et sensible de l’œuvre de George Lucas. Chassons la tentation du « retour aux sources » et organisons les conditions de nouvelles approches artistiques, dans l’esprit entrepreneurial qui a toujours présidé depuis 1977.

Bob Iger doit montrer le même courage que Alan Ladd Jr, ancien Président de la Fox, qui a bataillé contre le Conseil d'administration pour faire admettre un petit film de Science-Fiction auquel personne ne croyait. C'était en 1977... Quand à la Compagnie Walt-Disney dans son ensemble, elle est sur le point de redécouvrir l'importance des messages humanistes, des valeurs positives et morales dans un exercice de cinéma un minimum désintéressé. Reste à savoir quelle position sera adoptée par rapport à cette (désormais bien triste) réalité.

Dernière modification par Prelogic (21-09-2018 16:42:53)


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« En général, je ne réfléchis pas en termes d’hommage. Quand tu démarres un projet, tu essayes d’imaginer quelque chose de différent, tu ne tentes pas de reproduire le passé » - Phil Tippett.
« La contre-culture ne viendra pas d’une institution d’État, ni d’une major hollywoodienne. Elle n'appartient à personne. » - Rafik Djoumi.

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#7 22-09-2018 10:07:06

matou
modérateur

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Je souscris absolument à ce que tu dis.
Avec des nuances. Dans cette histoire, comme souvent, ce qui n’est pas dit est aussi important que ce qui est dit.
Il y a sur la table 8 films. Deux trilogies et deux spin off.
Autant d’annonces faites avant le rachat de la Fox. Avant la sortie de l’épisode 8.
Ce genre d’annonce, je pense, étaient en faite des déclarations pour faire monter les cours de Disney à la bourse. Et dans la négation c’était utile.

8 films alors que le planning de Disney Fox va devenir un énorme casse tête, c’est se compliquer la vie. Pour une rentabilité en baisse.
8 films à raison d’un film tous les deux ans, cela donne 16 ans! L’industrie  hollywoodienne ne fonctionne pas avec de telles échéances.
A moins de basculer sur le site de streaming...

Le ralentissement est aussi un contre feux pour ne pas admettre la détérioration de la marque. Pour ne pas admettre les nombreux couacs pendant la production des films.
Ce n’est pas le rythme qui pose problème. Marvel s’en tire très bien avec un rythme plus élevé.
C’est que les films sont devenus le contraire de ce qu’ils étaient , des films d’ececutifs. Cad des produits.
Solo en est un parfait exemple.
Si Lord et Miller était resté avec le budget initial, le résultat n’aurait pas être pire et le film aurait pu être rentable.
Virer les réalisateurs et doubler le budget est du ressort de Disney.

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#8 Hier 15:05:29

Prelogic
Legaliste

Re : Le futur de Star Wars - Menaces et espoirs sur la saga

Tu es en train de nous expliquer que, finalement, la réaction de Bob Iger n’a rien à voir avec un constat objectif, mais plutôt avec une stratégie de communication pour influer sur le cours de l’action ? Et qu’il fallait rassurer le marché à la suite du rachat des actifs de la Fox, dont le portefeuille de licences s’apprête à passer sous giron de Marvel ? C’est vrai qu’à ce rythme-là, on peut se demander si les lois anti-trust aux Etats-Unis ont encore une légitimité.

En réalité, je préfère cette explication plutôt que de devoir trouver des états d’âmes à Bob Iger ou à Kathleen Kennedy. J’ai passé assez de temps à autopsier ces personnages, sans jamais leur trouver des excuses valables autres que « it’s just business » - Quand Lucas disait « it’s just a movie ».

J’aime bien quand Durendal ressort en vidéo un extrait de la dernière saison de Rebels (à priori ?) avec un avatar de Katheen Kennedy qui déclare sans faiblir : « Je me fiche pas mal de l’art ». Cynisme ou acte citoyen de la part d’un exécutant ? Jeff Bridges a quant à lui un avis tranché sur la question, lorsqu’il fait face à Robert Downey jr : « Nous ne l’avons fait que pour calmer cette bande de hippies ! » mrgreen

Dernière modification par Prelogic (Hier 15:06:43)


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