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#101 10-11-2021 00:09:43

mypreciousnico
Who ?

Re : Qu'on m'explique Dune

scorpius a écrit :

L'ideal pour moi serait de finir sur une adaptation en 2 films de Children of Dune. Une grande saga en 5 films.

Ce qui nous donnerais donc, si ma mémoire est bonne, la même chose que les deux miniséries de 2000/2003 (la première minisérie = Dune tome 1 / 1er épisode de la seconde minisérie = Dune tome 2 / épisodes 2 et 3 de la seconde minisérie = Dune tome 3)
Ça serait très chouette qu'un tel projet cinématographique arrive au bout smile

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#102 10-11-2021 00:25:48

scorpius
Nowhere Man

Re : Qu'on m'explique Dune

Ouaip, la seconde minisérie adapte à la fois Dune Messiah et Children of Dune.

J'ai pas mal d'affection pour Children of Dune. James McAvoy est extraordinaire en Léto II et la musique était très belle (bon par contre c'était très cheap visuellement)

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#103 10-11-2021 11:19:07

mypreciousnico
Who ?

Re : Qu'on m'explique Dune

Je confesse avoir une certaine affection pour les deux miniséries. C'est clair que c'est uuuuuultra cheap avec des éclairage chelou (d'ailleurs, la technique de tournage est similaire à celle de The Mandalorian, avec tournage dans un Dôme...mais avec des décors peints à la place des écrans LCD) et que la plupart des acteurs sont mauvais comme des cochons (le Baron, au secours). mais y'a un truc, une ambiance, un regard, ça ne cherchait pas à singer le Lynch et McAvoy était effectivement excellent.
Aujourd’hui ce sont des propositions que tout le monde a oublié ou ignore et c'est un peu dommage.

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#104 10-11-2021 14:20:59

scorpius
Nowhere Man

Re : Qu'on m'explique Dune

C'est un peu dommage ouais. Je me souviens a quel point ça restait quelque chose d'énorme que de découvrir une adaptation de Children of Dune à l'écran à l'époque. Un truc presque impensable... Puis, en terme d'adaptation justement ils s'en sont pas si mal sorti. Très compliqué de transposer cette partie du cycle. God-Emperor, on n'en parle pas, même si je pense que ce serait faisable en faisant de Duncan le protagoniste. Surtout avec Momoa qui a largement les épaules pour.

Mais bon, les chances pour que God-Emperor, Heretics et Chapterhouse soient un jour adapté sont infinitésimales


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#105 13-11-2021 15:29:21

Synock
Cuitasses les patatas

Re : Qu'on m'explique Dune

L'Empereur Dieu en animé ça peut être terrible !

Pour ce qui est de la mini-série, je ne l'ai pas vu mais j'ai des ami.es qui dont le podcast Geek en série l'a traité : https://jamesetfaye.fr/geek-en-serie-6x01-dune/
Je n'ai pas encore écouté.

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#106 22-11-2021 19:00:24

Prelogic
Legaliste

Re : Qu'on m'explique Dune

A lire, et à commenter pour ceux qui le souhaitent :

Le «Dune» de Villeneuve représente tout ce que Frank Herbert critiquait dans son roman - Ali Karjoo-Ravary — Traduit par Yann Champion

L'écrivain s'inspirait du monde arabe et fustigeait l'idée d'un sauveur occidental messianique. Un concept que le réalisateur canadien n'a pas vraiment réussi à s'approprier.

Le Dune de Denis Villeneuve est un déluge de belles images et de sons extrêmes. Ébahis devant des images envoûtantes, on entend des chuchotements, des cris… mais presque rien entre les deux. Pas de dialogues soutenus, pas de développement des personnages, pas de création méticuleuse d'univers, soit tout ce qui avait fait la réputation des romans de Frank Herbert. Afin de rendre Dune plus accessible, l'équipe de Villeneuve a tenté de remplacer les monologues intérieurs et la narration de Herbert par des signes visuels et sonores, en se concentrant sur Paul et sa mère afin de, comme l'a dit Villeneuve, «nous permettre de ressentir ce qu'ils pensent, sans voice-over».

Que reste-t-il lorsque vous retirez toutes ces pensées, ces idées, ces explications détaillées pour les remplacer par de beaux panoramas et une musique de Hans Zimmer? Il reste les vastes plaines sablonneuses d'Arrakis, c'est-à-dire, en grande partie, une esthétique vaguement moyen-orientale et nord-africaine, parsemée çà et là de vrais mots arabes, filmée en Jordanie et à Abou Dabi.

Malheureusement, cette esthétique n'est pas neutre à Hollywood, et l'image d'une population qui semble arabe ou de femmes voilées, notamment lorsqu'elle est placée dans un contexte de violence, a une histoire bien ancrée de déshumanisation de peuples entiers. Il serait sans doute possible de s'approprier et de complexifier ces images, mais cela constituerait un véritable acte de subversion de la part des réalisateurs. Tout au moins, cela nécessiterait un personnage non-blanc à multiples facettes qui survivrait à la fin.

Un «élan messianique»

Herbert a écrit que son histoire «était née d'un concept: écrire un long roman sur les convulsions messianiques que les sociétés humaines s'infligent régulièrement à elles-mêmes». Ce faisant, il a précisé que la cible de son ire était «l'homme occidental», qui profite de cet «élan messianique» pour contrôler d'autres sociétés et «s'infliger» un peu plus à l'environnement. Après avoir travaillé sur un article au sujet du contrôle des dunes de sable à Florence, dans l'Oregon, il eut l'idée d'utiliser une planète désertique pour cadre de son nouveau roman. Cela le conduisit à passer quelque temps dans le désert de Sonora et à mener, pour reprendre ses propres termes, un «réexamen de l'islam».

L'univers de Dune s'inspire fortement de l'islam. Aux yeux de Frank Herbert, l'islam constitue une part importante du patrimoine humain et donc, par extension, de son avenir. Il n'en fait pas qu'un usage ornemental: l'univers de Dune témoigne d'un profond intérêt aussi bien pour les croyances que l'histoire d'une multitude de musulmans. En outre, il est loin de restreindre cette «saveur musulmane» aux Fremen, le peuple autochtone d'Arrakis, puisqu'il l'étend à tout l'univers de l'histoire –ses peuples, ses religions, ses proverbes et ses livres.

Herbert appelle le messie de Dune «Mahdi», un terme musulman qui désigne non seulement un personnage messianique eschatologique, mais aussi les nombreuses figures historiques qui ont prétendu à ce titre. Et l'histoire a en connu de nombreux qui ont échoué. Les Mahdis (et leurs djihads), qui ont le plus influencé Frank Herbert, sont les musulmans soufis qui ont combattu le colonialisme européen au XIXe siècle. Il y a notamment l'émir algérien Abdelkader El Djezairi, qui, comme les Fremen, avait fait des fabriques d'armes dans le désert dans sa lutte contre les Français, l'imam tchétchène Chamil, qui combattit les Russes et, d'une manière plus évidente encore, le «Mahdi du Soudan», Muhammad Ahmad ibn Abd Allah, qui mena une guerre contre les Britanniques, qui alimenta la littérature anglaise durant des décennies après sa défaite.

«Je suis un animal politique, avait déclaré Herbert en 1983, et je n'ai jamais vraiment abandonné le journalisme. J'écris sur ce qui se passe de nos jours –les métaphores sont là.» Dune a été écrit au plus fort de la décolonisation du monde musulman. Son histoire en est le reflet, parfois de manière évidente. Dans le livre, les Fremen acclament Paul, leur Mahdi, en criant «Ya hya chouhada». Sa mère, Jessica, explique aux lecteurs que cela signifie «longue vie aux combattants». C'est une traduction relativement correcte. En arabe, la phrase signifie «longue vie aux martyrs» [chouhadā].

Elle fut proclamée par les Algériens lorsque Benyoucef Benkhedda (qui, durant la guerre d'Algérie, fut à la tête de l'un des premiers gouvernements provisoires algériens, de 1961 à 1962) rentra à Alger après avoir obtenu l'indépendance. Remarquez comment l'évènement fut rapporté par la Pittsburgh Post-Gazette, le 4 juillet 1962, trois ans seulement avant la publication de Dune: «Après son discours à l'aéroport, [Benkhedda] et ses ministres ont été précédés jusqu'au cœur de la ville par plusieurs centaines de combattants endurcis descendus des vertes montagnes algériennes de Kabylie. Un cri assourdissant résonnait dans les rues: “Ya hya chouhada” [longue vie aux combattants].»

Non seulement cette scène rappelle Dune, mais Herbert est allé jusqu'à reprendre la transcription française de l'expression et sa traduction directement dans son récit. Son histoire avait beau se dérouler des milliers d'années plus tard, elle faisait intentionnellement écho à des évènements qui étaient actuels ou proches lors de la publication du livre.

Modibo Keïta, un symbole idéal

Même le nom que prend Paul, Muad'Dib, reflète cette période de l'histoire. Sur Arrakis, il fait référence à une sorte de souris-kangourou, mais lorsque Stilgar (le leader Fremen incarné par Javier Bardem dans le film) en donne la signification, il affirme que cela signifie également «instructeur de garçons», une définition que Herbert avait sans doute tirée du glossaire de la traduction en anglais par Richard Francis Burton des Mille et Une Nuits.

Mais le Muad'Dib de Herbert a aussi sans doute été inspiré par le premier président du Mali indépendant, Modibo Keïta. Keïta, descendant de l'aristocratie malienne, fut dépeint en 1961 dans un article du New York Times comme «le seul porte-parole de la communauté africaine assez grand pour pouvoir regarder le président français Charles de Gaulle dans les yeux». C'était un symbole idéal pour Frank Herbert, un homme du désert s'opposant à un empire colonial.

En outre, Keïta, en tant que membre des Nations unies, était un défenseur de l'unité panafricaine, du mouvement des non-alignés et de l'indépendance algérienne. Pour Herbert, il avait tout d'un héros. Il avait même rendu visite à John Fitzgerald Kennedy (autre héros en devenir pour Herbert) en 1961, ce qui faisait de lui une personnalité impossible à ignorer pour quiconque s'intéressait à la politique à l'époque. «Modibo» est tout simplement la transcription en peul de Muad'Dib, avec le même sens, ce qui était sans doute évident pour Herbert, qui savait très bien de quelle manière les langues évoluent en fonction du temps et des endroits. Il était même sans doute tombé sur ce titre très commun lors de ses propres recherches sur l'histoire de l'Afrique orientale et occidentale.

La plus grande erreur de Herbert

Denis Villeneuve était peut-être conscient de certains de ces thèmes lorsqu'il a choisi d'embaucher des acteurs africains et afro-américains pour son adaptation cinématographique. D'ailleurs, lorsque la liste des acteurs a été annoncée, cela donna tout d'abord l'impression que nous avions là un casting dont on pouvait se réjouir. Pourtant, lorsqu'il est devenu évident que ce casting incluant des Africains et Afro-Américains n'intégrait pas d'acteurs nord-africains ou moyen-orientaux, beaucoup de personnes ont été déçues. Si l'on ajoute à cela que les principaux rôles incarnés par des acteurs noirs sont ceux de personnages qui meurent dans le film et qu'aucun n'a une profondeur comparable à celle des personnages de Paul et sa mère, ce choix inclusif de départ s'avère finalement creux.

Villeneuve et ses co-scénaristes ont clairement tenté d'utiliser les langues pour compliquer tout cela. Le film inclut plusieurs langues fictives et la prière qui rassemble les Sardaukar de l'empereur Padishah ressemble à un chant guttural mongol, allusion aux fioritures turco-mongoles de la cour et de l'armée de l'empereur dans le livre. Mais toutes ces nuances sont noyées par les superbes paysages désertiques censés transmettre des «impressions» remplaçant la narration de Frank Herbert. Comment pourrait-il en être autrement quand les impressions associées à de telles images ont déjà été prédéterminées par la longue habitude qu'a Hollywood de dépeindre les musulmans comme l'ennemi?

C'est aussi en partie la faute de Frank Herbert. En écrivant une histoire dans laquelle il souhaitait critiquer «l'homme occidental», Herbert a, au contraire, mis en avant l'homme occidental. Il arrive souvent, lorsque l'on critique quelque chose, que l'on tombe dans une vision binaire du problème qui empêche de prendre en considération une troisième option, qui était pourtant attendue par un grand nombre de gens depuis la décolonisation. La plus grande erreur de Herbert peut être aperçue dans son analyse de T. E. Lawrence et de la déification des leaders dans une interview qu'il a donnée en 1969. Je cite: «Si Lawrence d'Arabie avait succombé à un moment crucial des combats […] il aurait été déifié. Et cela aurait été la chose la plus abominable qui aurait pu arriver aux Britanniques, parce que les Arabes auraient balayé l'intégralité de la péninsule avec cette espèce de force, parce que l'une des choses que nous avons faites, dans notre société, est d'exploiter ce pouvoir.»

L'erreur de Frank Herbert n'est pas son idée selon laquelle l'homme occidental cherche à exploiter la déification de leaders charismatiques, mais celle selon laquelle les Arabes (ou tout autre peuple non occidental) tomberaient facilement dans le panneau. Cette notion repose en réalité sur un stéréotype qui a incité les puissances européennes à financer la propagande auprès des musulmans durant les grandes guerres dans l'espoir qu'ils pourraient provoquer un djihad mondial les uns contre les autres. Il va sans dire que cela ne s'est pas produit, car l'islam n'est pas une «religion de guerriers», dont les adeptes n'attentent qu'un signe pour exploser. Comme tous les êtres humains, les musulmans sont complexes et pluriels. Herbert aurait dû mieux le comprendre.

Le centrage sur la blancheur

L'orientalisme évident de Frank Herbert s'explique en partie par le fait qu'il était un produit de son temps. La majeure partie de la littérature anglo-saxonne et française de cette époque qui s'intéressait à l'islam et aux cultures du désert était orientaliste –le livre révolutionnaire d'Edward Saïd L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident fut publié plus de dix ans plus tard, en 1978.

On peut toutefois mettre à son crédit que Frank Herbert a tenté de complexifier les choses autant qu'il le pouvait. La langue était l'outil principal dont il se servait pour cela –la langue parlée car, pour reprendre ses propres mots, «nous sommes profondément conditionnés pour considérer le langage comme un discours». Mais dès lors qu'on retire ce langage, que la narration est remplacée par un sentiment ou une esthétique non articulée, ce centrage sur la blancheur apparaît, d'une certaine manière, comme une sorte d'histoire de sauveur blanc. Même quand le sauveur échoue, détruit tout et devient un monstre, son rôle prend le pas sur celui de tous les autres et les réduit au rang de personnages secondaires balayés par l'incroyable puissance de son mythe. Tous ceux qui auraient pu parler, mais qui n'en ont pas eu la permission, deviennent de simples accessoires dans une tragique histoire de passage à l'âge adulte.

Dune mérite une bonne adaptation cinématographique, mais les bons films doivent être conscients des lacunes de l'œuvre d'origine et des réalités propres à leur époque. Une lecture subversive et profonde de Dune est possible, une lecture que même Herbert aurait appréciée, mais dans sa forme actuelle, le film devient exactement le genre de phénomène que Frank Herbert s'est appliqué à critiquer.

*Source : Slate

Dernière modification par Prelogic (22-11-2021 19:03:10)


*Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l'ardeur des passions mauvaises - WB Yeats
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#107 22-11-2021 19:52:54

scorpius
Nowhere Man

Re : Qu'on m'explique Dune

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#108 22-11-2021 20:34:42

Haeresis
membre

Re : Qu'on m'explique Dune

En même temps, venant de Slate rolleyes


Humans are weak, and make mistakes. What's wrong with that ? We're not machines.  Captain Hijikata - Yamato 2202

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