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#1 25-02-2020 12:42:59

mypreciousnico
Who ?

See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Dans un lointain futur dystopique, l’ensemble de l’humanité a depuis longtemps perdu le sens de la vue et les sociétés humaines ont dû trouver des moyens pour s’organiser et survivre. Cet équilibre est bouleversé lorsque deux jumeaux naissent avec la capacité de voir.

Tel est le postulat de départ de cette série créé (et écrite) par Steven Knight (Spartacus) et dont les trois premier épisodes sont réalisés par Francis Lawrence, responsable des trois derniers films Hunger Games.

Au niveau du casting c’est Jason Momoa qui porte la série, accompagné de la toujours excellente Alfre Woodard.

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#2 25-02-2020 12:43:51

mypreciousnico
Who ?

Re : See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Saison 1 (8 épisodes)

##SPOILERS !!!##

“Those with eyes to see must follow me”

Si elle ne tient pas complètement les promesses de son concept de départ, See possède des atouts indéniables à commencer par une forme léchée et élégante qui n'est pas sans rappeler, parfois, celle du film La Route de John Hillcoat. On retrouve d’ailleurs un rapport d’image en 2.1, c’est à dire le compromis entre un format d’image cinéma (2.35) et le format plein écran (1.77) habituel des séries TV. Un format de plus en plus utilisé dans les productions télévisuelles actuelles. On le retrouvera en effet dans des œuvres telles que The Witcher, House of Cards, Stranger Things ou les saisons récentes de Doctor Who. Le signe probablement d’un rapprochement de plus en plus intime entre la TV et le cinéma.

Sur la forme c’est donc une éclatante réussite : c’est beau, les paysages naturels sont superbement filmés, mis en valeur par une mise en scène ample, un regard contemplatif, un rythme lent et une photographie aux couleurs limitées très esthétisante.
L’immersion dans ce lointain futur post apocalyptique est totale. La nature a repris ses droits, tout est sauvage, on sentirait presque la bruyère, l’humidité du sol des sous-bois aux frondaisons épaisses, le vent des plateaux rocheux, le clapotis de l’eau dans les torrents, le craquement des feux... Parfois, on apercevra quelques reliquats des anciennes civilisations qui rouillent, dévorés par la mousse et les racines (l’œuvre des dieux pour les humains aveugles de ce futur en ruine).

Quant à la musique de Bear McCreary (Battlestar Galactica), elle est aussi posée que la série qu’elle illustre, avec des accents tribaux et le très occasionnel emballement épique. On mentionnera également un générique très réussi, qui donne le ton dès le premier épisode : des traits de lumière dans la nuit et une musique minimaliste, comme l’illustration d’un système d’écholocalisation qui permet de « voir » avec ses oreilles. Superbe.

Mais c’est surtout par sa mise en scène d’une société bâtie par et pour des aveugles que la série démontre toute sa pertinence, au point d’ailleurs d’en oublier de traiter une intrigue vraiment ambitieuse sur le long terme.

Car, ce monde âpre et violent est rendu encore plus dangereux du fait qu’il est constamment plongé dans les ténèbres, avec à la clé quelques scènes tétanisantes lorsque des adversaires sont littéralement à quelques mètres les uns des autres sans se voir dans un silence de cathédrale. C’est alors une guerre des nerfs qui s'engage, car le premier qui bougera ou qui respirera trop fort dévoilera sa position. Dans ce monde d’aveugles, le son est primordial : il est bien difficile de mentir, car l’augmentation du rythme cardiaque s’étendra dans le souffle, dans un débit de parole plus précipité qu'à l’ordinaire…
Toute une mythologie inédite se dévoile sous nos yeux : que ce soit dans la manière de bouger ou d’occuper l’espace (personne ne se regarde, on tend l’oreille vers son interlocuteur), dans la manière de lire (un système de braille, fait de nœuds plus ou moins gros noués sur des ficelles), dans les équipements de protection (les soldats portent des casques qui recouvrent l’intégralité du visage), dans les méthodes pour se reconnaître avec certitude en l’absence de la vue (la famille royale possède des clochettes emblématiques) ou pour s’interpeller (le « chet-chet » qui remplace la main levée, les claquement de doigts…), l’hyper-sensibilité des sens restants, la possibilité de se rendre invisible en recouvrant le corps de boue et en évoluant sans aucun son (Bow Lion le « fantôme » des Alkeny)…autant de détails qui contribuent à la pesanteur et au réalisme d’un univers extrêmement étrange et qui met le spectateur en situation « d’être aveugle » ou du moins le fait réfléchir à ce que cela peut signifier.
Plus encore, la série nous permettra de nous émerveiller à nouveau devant la beauté de la capacité à voir, notamment en rendant incongrue une peinture exposée sur un mur dans un monde où, fatalement, l’art pictural s’est perdu.

“I know what a gun is. Its a weapon of choice for men with no balls”

Car, dans ce contexte, qui compose un monde forcément plus petit et plus limité, les voyants qui commencent à réapparaître possèdent nécessairement un « pouvoir » qui pourrait bien faire d’eux les nouveaux dieux tout puissants d’un monde condamné à la nuit : certains pièges, dressés par et pour des aveugles sont évidents à déjouer pour quelqu’un qui vois (une grosse ficelle jaune fluo tendue à hauteur d’homme au milieu d’un passage que l’aveugle ne détectera pas en sondant le sol avec un bâton), ou la possibilité de tuer à distance en utilisant un arc...
C'est ce que semble avoir compris le très séduisant Jerlamarel, mutant accidentel rongé par un sacré complexe divin alors qu’il parcourt le monde en disséminant ici et là une descendance douée de la vue avec pour ambition d’être le père d’une génération d’humains supérieurs… D’ailleurs sa fille Haniwa témoignera à plusieurs reprise d’un profond mépris envers les humains normaux et donc diminués, dont le monde est infiniment petit comparé au sien.

Pourtant, la série nous montrera périodiquement que les voyants ne sont pas toujours adaptés à une vie conçue pour les aveugles (qui “verront” aussi bien à la nuit tombée). L’avantage représenté par la vision s’estompe et devient même un handicap dans les situations ou la lumière vient à manquer. Un avantage décisif lors du combat final entre Baba Voss et Jerlamarel, trop confiant dans son pouvoir.

Car, la véritable question qui sous-tend toute la série c'est finalement de savoir si ce n'est pas la vue, davantage que (ou en combinaison avec) le pouce préhenseur, qui aurait permis à l’humain de maîtriser et conquérir son univers. En filigrane, Steven Knight livre une critique à peine voilée du pillage intensif de la terre, l’humain utilisant sa capacité à voir pour les mauvaises raison et se retrouvant condamné à la nuit pour la peine. Jerlamarel étant clairement un illuminé atteint de la folie des grandeurs, prêt à répéter les erreurs de ses ancêtres.
On reprochera à ce sous-texte un manque flagrant de subtilité : tout cela s'inscrit dans des obsessions contemporaines bien logiques qui gagneraient à ne pas être exposées à la truelle dans les derniers épisodes. A vrai dire, c’est inquiétant pour la seconde saison, car l’élément le plus pertinent de la série c'est sa peinture d’une société aveugle, or Steven Knight ne pourra plus se baser uniquement sur ça, sous peine de fortement se répéter.

En termes de casting, c'est un sans-faute, à commencer par un Jason Momoa absolument monstrueux tant sa présence physique à l’écran est écrasante. Il affiche une animalité, une souplesse presque féline, qu’il affichait déjà dans le Conan de Marcus Nispel ou en tant que Ronan Dex dans Stargate Atlantis.
On voit bien (haha) pourtant que le personnage est poussé dans ses derniers retranchement, qu’il est déjà vieux et usé pour un monde si âpre (la fin de la saison tease qu’il est probablement blessé plus ou moins gravement), lui qui élève ses enfants en sachant qu’il n’est qu’un gardien avant de le rendre à leur véritable père dont ils sont les héritiers.

Il est intéressant que See soit une série qui ne comporte pas vraiment de personnage principal, mais plutôt une kyrielle de héros et d’antihéros, sans qu’ils soient tous complètement lumineux ou complètement pourris. À ce titre, l’arc de Tamacti Jun (excellent Christian Camargo), soldat dévot qui a sacrifié l’essentiel de sa vie, plus de 20 ans, à la poursuite d’une chimère, est passionnant. Le moment où il se rend compte qu’il a gâché sa vie est puissant en émotions.

Enfin, il faut noter que ce genre de série (production câble ou SVOD pour adultes) on s’attend à ce que ce soit ouvertement putassier, avec son quota de scènes de culs gratuites. Mais étonnamment, il n’en est rien. Pas un seul nichon à relever dans toute la série, aucune scène de viol ou d’orgie….rien, nada. Un parti pris tellement inattendu qu’il est vraiment rafraîchissant du coup.

En bref : une première saison de bonne facture dont il faut saluer la forme irréprochable, le rythme contemplatif et la peinture d’une société conçue par et pour des non-voyants dans un univers post apocalyptique où la bruyère et la végétation le disputent à la rouille et le béton lépreux. Hélas, l’intrigue principale peine à remplir des épisodes d’une heure et le sous-texte écolo est très grossièrement brossé. À voir en saison deux si ces points seront améliorés. L'interprétation, en revanche, est sans failles.

7/10

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#3 25-02-2020 23:22:04

mbuna
I don't know you

Re : See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Bon ben voilà. Elle me faisait de l'oeil, mais j'avais la sensation que c'était probablement un traquenard et qu'une énième déception m'attendrait.

Je commence ce soir. Ce sera de ta faute !

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#4 26-02-2020 00:29:25

mypreciousnico
Who ?

Re : See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Arf, j'espère que tu va aimer mdr

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#5 10-03-2020 18:20:57

mbuna
I don't know you

Re : See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Bon, vu les 5 premiers épisodes. OK sur la réalisation, le rythme, la mise en scène, la direction d'acteurs (mention spéciale à Jason Momoa et Sylvia Hoeks).
En revanche, j'ai l'impression que l'idée commence déjà à s'essouffler... et je trouve que cet univers fonctionne bien mieux dans une optique fantasy que SF apocalyptique. Presque fantasy médiévale.

Ainsi, la quête vers le père qui a essaimé de partout mdr commence sérieusement à me faire peur, j'espère que sa résolution va directement être liée à la problématique voyant/non voyant en relevant le pitch de base. Car celui-ci s'est épuisé bien vite.

Donc pour l'instant content de l'expérience, mais une petite et sourde crispation arrive, avec la peur que le sujet si original ne devienne qu'une accroche pour développer une série banale style CW, avec un coeur de cible resséré ado.

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#6 10-03-2020 21:02:03

mypreciousnico
Who ?

Re : See : Science-fiction post-apocalyptique avec Jason Momoa

Ouais je suis assez d'accord avec ta remarque. Ce qui est kiffant dans cette première saison c’est le traitement du pitch à base de "monde conçu par et pour des aveugles" et ce que ça implique à tout les niveaux, y compris avec le retours, forcément source de chamboulements, de la vue chez certains "élus". La vrai risque , il est pour la saison 2, parce qu’il va falloir songer à nous raconter autre chose.
Pour le reste, nous en parlerons plus tard

mbuna a écrit :

(...)que le sujet si original ne devienne qu'une accroche pour développer une série banale style CW, avec un coeur de cible resséré ado.

Ça ne m'a pas fait cet effet, si ça peut te rassurer smile

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