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#101 13-06-2018 18:06:49

Prelogic
Legaliste

Re : Solo: A Star Wars Story

Buckaroo a écrit :

Donc en parlant de "bouillie numérique " , je ne vise pas la prelogie , mais le cinoche actuel: Marvel , DC , Transformers , Fast N'Furious ..Des produits qui ne mise que  sur leur effets numérique soporifique à force d'être répétitif , à faire le kéké sans paire de baloches, à nous donner la nausée à force de tournoyer dans le vide.

Je suis soulagé d'être d'accord avec toi. Parce que figure toi que j'en ai soupé des mêmes commentaires sur la prélogie, qui n'a rien à avoir fondamentalement avec les films que tu cites à juste titre pour leurs effets racoleurs. Lucas a fait ce que personne d'autre n'avait fait avant lui, et probablement après lui sauf peut-être des gens comme Peter Jackson et James Cameron. Il a repoussé les limites dans le but strictement assumé de se débarrasser des entraves technologiques qui l’empêchaient de raconter son histoire. Quand je lis encore aujourd'hui que Lucas s'est abandonné à la technologie, je m'étouffe : qu'est ce qui a changé fondamentalement entre les années 2000 et les années 70', mis à part l'évolution naturelle des procédés d'animation ? Probablement que les fans voulaient justement que Star Wars reste "daté" dans les années 70, et ne suive pas les évolutions technologiques. Dans ce cas, Lucas aurait répondu à des films de commande, qui auraient sans doute eu le visage d'un Solo ou d'un Force Awakens. Avec une valeur ajoutée amoindrie.

Que le résultat "Tout-CGI" plaise ou ne plaise pas, c'est un autre problème. Moi ce que j'aime juger, c'est l'intention de départ. Cela me paraît plus honnête que d'estimer après-coup que Lucas a fait exprès de ruiner la magie de l'enfance de toute une génération. Et il me paraît clair qu'entre les intentions d'un Lucas sur un Star Wars et d'un Michael Bay sur un Transformers, il y a un gouffre. Bien sûr, c'est toujours ILM aux manettes et le résultat est remarquable, mais la note d'intention n'est pas la même. Je me rappelle encore très bien l'état de sidération dans lequel j'étais face au teaser de La Menace Fantôme à la fin du mois d'octobre 1998 - je m'en rappelle encore puis cela a été un véritable traumatisme pour moi, cette vision subjective de la course de modules entre les reliefs rocheux.

Comme toujours, le problème ce n'est pas la technologie mais l'usage que l'on en fait. Si on considère dès le départ que le problème est fondamentalement "dans" la technologie, on se tire une balle dans le pied. Personne aujourd'hui (pas même les puristes, c'est sans doute ça le comble) ne souhaite revenir à l'époque du Stop Motion. Et pourtant, je garde un souvenir ému de cette époque, ça ne m'empêche d'être très critique avec ces procédés de communication très hypocrites de Rian Johnson ou de JJ Abrams qui nous expliquent avec leur diplôme de sociologue qu'il faut absolument sauver les nouvelles générations du tout-numérique qui les enferment dans une réalité alternative - alors que ce sont eux qui restent enfermés dans une conception idéalisée de leur propre enfance.

Buckaroo a écrit :

George Lucas avait lui aussi une mise en scène old school

Noooon c'est faux boudiou ! no Ne pas confondre "univers usiné et usagé pour les besoins de la cause" et "marketing retro" ! Ce sont deux choses tout à fait différentes ! A moins bien sur que tu ne fasses références aux sources d'inspiration de Lucas avec Flash Gordon ou les téléfilms du dimanche après midi qu'il regardait en famille quand il avait 5 ans. Là effectivement, on peut dire que le 1er Star Wars est probablement le film le plus kitsch, mais l'était-il réellement à l'époque ? - D'ailleurs, le principal intéressé ne s'en cache même pas. Mais ce n'est pas réellement un problème pour moi : si je ne devais garder qu'un seul film de la saga, ce serait bien celui-ci, car c'est celui qui est à l'origine d'un véritable bouleversement. Ce que je reproche précisément à un film comme The Force Awakens, c'est de ne pas poursuivre cette "tradition" et de refuser en quelque sorte son époque au profit d'une vision passéiste. La Menace Fantôme était véritablement un film de gosses des années 2000. Il fallait avoir le courage de poursuivre dans ce sens et ne pas vouloir faire du "marketing retro" l'alpha et l'oméga des productions Star Wars.

Buckaroo a écrit :

Par contre j'avoue toujours  avoir un dédain poli pour tout les produits dérivés Star Wars [...] Seul les Clones Wars de Genddy Tartakosky trouve grâce à mes yeux

Je n'ai rien à redire à cela. Tout n'est pas excellent dans les produits dérivés, et j'ai également une préférence pour les dessins animés de Tartakovsky, même si j'aurais tendance à être moins dur avec Clone Wars. Ce que je j'apprécie davantage dans les produits dérivés se trouve plutôt dans une sorte de "potentiel" : parfois, il est exploité, parfois non. Parfois (très souvent), il y a des déchets, parfois il y a des choses intéressantes qui se produisent. A une certaine époque en arrière, l'Univers Étendu pouvait être considéré comme un terrain de jeu expérimental pour les artistes, en dehors de la juridiction de Lucas. Il y avait une forme de compromis, de même qu'une forme de respect mutuel. Tu avais encore la possibilité d'ignorer purement et simplement des contenus qui n'avaient de toute façon pas d'influence directe sur ta perception et ta réception des films, qui eux étaient maintenus dans une forme de légitimité supérieure. Ce qui nous amène à la considération ci-dessous :

Buckaroo a écrit :

les SW Story sont sur la selette. Je ne sais pas si je dois les prendre pour des œuvres cinématographique ou des  produits dérivés.

Je vais t'aider à y voir plus clair : depuis le rachat de Lucasfilm et le formatage de l'Univers Etendu devenu Legends, tout est canon. A partir de maintenant, si tu regardes un film de l'ère Disney, tu prends le risque de ne pas tout comprendre si tu n'as pas vu le précédent qu'on essaye du coup de te vendre aux forceps - ça ne vous rappelle pas une autre stratégie du coup ? Bien sûr, tout n'est pas encore aussi compliqué pour le moment, mais on essaye déjà de nous vendre, d'après ce que je comprends des retours sur Solo, des suites ainsi que des liens trafiqués avec la série Rebels. Dès 2012, l'ancien directeur financier de Disney, Jay Rasulo, expliquait "vouloir appliquer la méthode Marvel" à Star Wars. On est plus du tout dans la même logique, et je peux d'ailleurs comprendre la colère des fans de l'Univers Etendu sur ce point : quand on prive les gens d'un espace de liberté, au profit de contenus jugés moins bons, ceux-ci se rebiffent et ils ont bien raison.

Buckaroo a écrit :

Star Wars ? George Lucas a déjà tout dit & tout fait..

George Lucas a dit ce qu'il avait à dire sur sa saga, à savoir : le récit de l’ascension, de la chute puis de la rédemption d'Anakin Skywalker, Elu de la Force. L'univers de Star Wars, lui regorge de potentialités, de drames et de récits épiques que l'Univers Étendu, par ses caractéristiques fondamentales, a contribué à dévoiler mais sans forcément pousser plus loin l'audace. Dans tous les cas, il y a mieux à faire que de revisiter la légende "Han Solo" dans un environnement "Western", dans le seul et unique de "retrouver le style de la trilogie classique" - oui, parce que c'est bien de cela dont on parle.

Buckaroo a écrit :

Il est temps de passer le relais aux prelogistes

Il est surtout temps de passer le relais à la nouvelle génération, sans la prendre en otage d'un débat puérile et malsain, savamment entretenu par Disney au moyen d'une communication réactionnaire et populiste. Ne penses-tu pas ? Moi c'est surtout la question de l'héritage qui m'inquiète : que souhaitons-nous léguer à nos enfants et aux plus jeunes : des polémiques intestines ou une invitation au voyage ?

Buckaroo a écrit :

Les SW Story ? A bien y réfléchir comme ça , je les vois comme une tentative de concilier Trilogie & Prelogie

Où ça ? Rogue-One et Solo sont des films prisonniers de préjugés et de préconçus qu'ils ont tous les deux du mal à dépasser. Rogue One est à ce titre probablement ma plus grande frustration, car il y avait un potentiel narratif énorme, au delà d'un seul film isolé. Je me suis déjà étendu sur le sujet, je n'y reviendrai pas.

Buckaroo a écrit :

La fameuse génération perdue ! lol ... Pas si perdue que ça puisse que l'occasion des 20 ans de  SW en 1997 , Lucas avait sortit les fameuses et controversées Edition Speciale en salles.

Certes. Mais ça, c'était avant que Disney ramène ses gros sabots et ne fasse l'inverse de Lucas, avec des films doudous et du retro-marketing. Depuis 2012, c'est bien simple : la génération 80's est purement et simplement snobée, sauf bien sûr en cas de complicité avec une logique démago'. JJ Abrams et Rian Johnson ne font que parler de "leur génération", mais ne comprennent pas les enfants d'aujourd'hui. Quand Lucas et Spielberg disposaient d'une plus grande sensibilité à ce sujet.

Dernière modification par Prelogic (13-06-2018 18:27:54)


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« En général, je ne réfléchis pas en termes d’hommage. Quand tu démarres un projet, tu essayes d’imaginer quelque chose de différent, tu ne tentes pas de reproduire le passé » - Phil Tippett.
« La contre-culture ne viendra pas d’une institution d’État, ni d’une major hollywoodienne. Elle n'appartient à personne. » - Rafik Djoumi.

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#102 29-09-2018 10:45:46

dl500
TOS Forever

Re : Solo: A Star Wars Story

Vu hier soir…en HD.

Que dire qui n'a pas déjà été dit?
Ce n'est pas la purge annoncée. C'est juste un film inutile. Démythifier ainsi un personnage iconique en nous présentant sa jeunesse n'a aucun intérêt.
Surtout que tout ce qui est dit dans la trilogie classique sur lui est entièrement montré sur une période très courte et sur les 2 heures du film (rencontre de Chewie, rencontre de Lando, prise du Faucon, raid de Kesseil…)
Les acteurs sont transparents. J'avais lu que celui qui joue Lando était excellent et volait la vedette au héros. C'est une blague? Et qu'est ce qui est arrivé à Thandie Newton? L'enlaidir plus c'était impossible! J'ai eu du mal à la reconnaitre, moi qui ai la mâchoire qui tombe dès qu'elle apparait à l'écran normalement.
En plus je me suis ennuyé. Ok, il y a de l'action. Et? Encore une fois c'est tout. Bordel, Kasdan fait un travail pourri sur les Disney Wars. Heureusement qu'il est censé être un gardien du temple. (et les séquences clin d'œil à la trilogie classique, encore une fois, stop!, le coup des scènes miroirs. Soyez créatif, innovant!) . L'histoire est vide, le méchant transparent (sérieux? on aurait tout autant pu être dans un marvel). Les séquences d'actions sont chouettes mais pas originales, c'est encore du déjà vu. Le raid de Keissel: c'était ça alors?
Poursuite en "voiture", poursuite sur un train, poursuite en vaisseau spatial, duel au pistolet, scène de guerre: tout ça en 2h, avec l'ensemble de la mythologie de Solo dedans. Bravo, j'appelle ça du Fast food cinoche.

Et alors le droïde de service, là ça commence à bien faire. Ridicule. Il y avait un message? On a un problème à Hollywood avec la condition féminine? Et alors la révélation du gang de fin. On est bien dans un Disney.

Très très déçu.
Heureusement, ce n'est pas moi qui ai acheté ce Blu-ray.
(franchement , les couleurs délavées dans un "SW", c'est pas terrible).
3/10.

Dernière modification par dl500 (29-09-2018 10:47:38)


L'être humain a deux vies. La seconde commence quand il se rend compte qu'il n'en n'a qu'une...

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#103 29-09-2018 14:16:23

matou
modérateur

Re : Solo: A Star Wars Story

Inutile car sans propos.
On voyage, il y a de l’agitation. Mais sans propos, pas de personnages de possible. Or le film veut absolument et avec gravité, nous servir des simplismes en guise de propos ou de relations entre les protagonistes.
C’est cependant le film le plus agréable des SW post 2015.

La dernière scène est drôle et elle est clairement faite par les réalisateur initiaux. Elle montre clairement qu’ils avaient une meilleure vision d’ensemble.

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#104 12-10-2018 13:22:11

Oberon
membre

Re : Solo: A Star Wars Story

Bon, et bien voilà, je l'ai vu. Et si ce film est loin d'être aussi mauvais que ne le furent les épisodes 7 et 8, il reste parfaitement dispensable, voir même absurde par moments.
Le début, passé les premières minutes, est un enchaînement de poncifs et de clichés sans grand intérêt, le tout au service d'une narration et d'une mise en scène confuse qui peine à établir une trame, probablement car trame, il n'y a pas. En effet, les 3 premiers quart-d'heures se résumant à réunir l'équipe (tout en en tuant la moitié), les enjeux sont pour le moins en arrière plan.
Vient ensuite l'introduction de l'antagoniste, interprété ici par un Paul Bettany clairement plus soucieux de payer ses impôts que d'incarner quoi que ce soit. Difficile, cependant, de blâmer l'acteur, vu que son rôle a du être écrit sur un post-it par un stagiaire en pleine pause-café tant celui-ci est mal écrit et dénué du moindre intérêt.
Et c'est curieusement au moment où j'avais renoncé à trouver du plaisir que, curieusement, ce film m'en a donné.
Car oui, le raid de Kessel est objectivement une réussite. Ron Howard profite de ces 40mn où la production a du le lâcher un peu pour nous rappeler son talent, et il le fait bien. Solo apparaît véritablement comme un pilote d'exception, l'action est crédible et menée tambour-battant, et les péripéties, qu'elles concernent les droïdes, wookies, ou monstres galactiques sont assez bien dosées pour entretenir l'excitation sans provoquer la saturation. À la fin de cette séquence, et alors qu'il ne restait que 25mn de film, je me suis surpris à me dire: "c'était pas si mal, finalement..."
Erreur fatale.
Les 20 dernières minutes sont idiotes, incohérentes, prévisibles à l'excès (Solo ne peut pas mourir, donc le menacer de mort 3 fois...), et parfaitement inutiles!  Le personnage de Kira (Emilia Clarke) atteint une dimension grand-guignolesque tant son "plan" est abscon (se débarrasser de son patron car c'est un fou dangereux, soit, mais pour le remplacer par un Sith, faut pas être une flèche!).
Bilan, toute la fin du film est un sabordage comme j'en ai rarement vu, et mon cerveau protestait devant la stupidité et l'absurdité de ce dont il était témoin.
C'est donc globalement un film médiocre, doté d'une première partie sans réel intérêt, une seconde assez réussie, et un final à oublier d'urgence!
En résumé, un film qui ne fera pas date et qui ne sauvera pas la franchise de l'abîme dans lequel elle a sombré...


"No beast so fierce but know some touch of pity. But i know none, and therefore am no beast."
Richard 3

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#105 17-10-2018 09:49:26

Prelogic
Legaliste

Re : Solo: A Star Wars Story

Je me suis donc lancé dans le visionnage de Solo, à reculons et sans grand intérêt.

Ce qui dit Matou est intéressant concernant la vision d’ensemble des Miller : je pense effectivement qu’ils assumaient pleinement le côté « budy movie » dès le départ du projet, et qu’ils souhaitaient donc inscrire leur film dans le registre de la comédie, quitte à faire effectivement plusieurs films derrière sur la même tonalité. Il y avait matière à faire quelque chose dans un style « Arme Fatale », avec beaucoup d’humour et des répliques cultes. Alden Ehrenreich aurait dû avoir son moment « Je suis trop jeune pour ces conneries ». C'était, là, à mon sens, le seul intérêt de ce film : faire une comédie familiale avec des moments de tension mais dans un registre très entertainment.

Au lieu de ça, on nous sert un film très formaté, et très sérieux dans sa façon d’être décomplexé. De telle sorte que je n’arrive à ranger ce film dans aucune catégorie particulière. Sinon dans la catégorie « trilo-fétichisme » nouvellement créée pour les besoins de la nouvelle direction artistique en rupture totale. La photographie de ce film est encore une fois déprimante, et impose à la rétine un spectacle consternant. Il n’y a plus rien de cette invitation à l’aventure naïve et désintéressée, qui cherchait même dans les pires moments à réveiller l’enfant endormi en chacun de nous. La couleur a disparu de l’univers de Star Wars, tout comme le logo de Lucasfilm qui a perdu de sa superbe. Il y a même quelques moments de gène entre les acteurs, qui se regardent et se jaugent sans savoir quoi dire pour meubler. Est-ce qu’il ne manque pas un petit peu de l’esprit des films de capes et d’épée chers à Lucas ? C’est fort possible, mais cela n'explique pas tout.

Même si j’en veux énormément à Kasdan pour ses positions hypocrites vis-à-vis de Lucas, je n’oublie pas qu’il a été l’artisan du succès de l’Empire contre-attaque et des Aventuriers de l’Arche perdue, deux films qui figurent aisément dans mon top 20. Le voir se complaire dans un exercice de style d’une telle faiblesse m’étonne. Je trouvais déjà sa proposition pour Le Reveil de la Force très hypocrite et opportuniste dans sa façon de se réapproprier l’univers mis en place par Lucas, mais je n’imaginais pas que sa vision du personnage de Han Solo était à ce point anorexique. Pour moi, il est désormais clair que Lawrence Kasdan doit tout à Lucas, et que son manque d’humilité est un handicap, pour lui mais aussi pour l’univers de Star Wars en général – quand on pense qu’il ne supportait pas les facéties des Miller...

Solo ne propose pas grand-chose, en dehors d’une compilation assez prévisible de moments à caser à tout prix : la rencontre avec Chewie, l’explication bonus sur les dés, le pistolaser de Han, la partie de Sabbac, le raid sur Kessel, tout est là. Sauf la rencontre avec Jabba le Hutt qui était manifestement prévue pour une suite. Difficile de ne pas évoquer ces points de passage obligés, mais on aurait peut-être pu le faire autrement, avec un peu plus de légèreté.

Plus surprenant encore : le spectre du Marvel Cinematic Universe semble planer sur ce film. Dès lors que le personnage de Rio entre en scène (dont la voix française est celle de Bradley Cooper qui double également le raton laveur Rocket dans les Gardiens de la Galaxie), on se rend compte de la grandiose supercherie qu’on nous sert depuis le départ : un hors la loi, missionné pour récupérer un trésor, décide de le garder pour lui et se retrouve avec des mercenaires aux fesses. Il est donc obligé de s’enfuir et trouvera sur sa route une équipe de choc composée notamment d’une tueuse black séduisante et d’une créature marrante faisant office de co-pilote. En chemin, il trouvera des causes humanistes plus importantes à défendre que le seul profit, tout en jouant un tour au Grand Méchant qui souhaitait récupérer le trésor. Mais c’était sans compter le rebondissement final, qui nous explique que la véritable Menace se terre quelque part ailleurs dans la Galaxie, dans une scène crypto-bonus du plus bel effet.

N’en jetez plus : on pouvait reprocher bien des choses au personnage de Star Lord dans les Gardiens de la Galaxie (comme par exemple, être un avatar paresseux d’Indiana Jones), mais on est étonné que la société Kasdan & fils préfère finalement la copie à l’original. Kasdan a-t-il si peu d'intérêt pour son propre travail ? A moins bien sûr que le duo de scénaristes n’ait eu rien d’autre à proposer qu’une vision artistique et culturelle formatée. Impressionnant, quand on connait le mépris du père Kasdan vis-à-vis de la prélogie qui jouait tout de même sur un autre terrain. Mais cette « marvelisation » de l’univers de Star Wars ne date pas de Solo : on sait depuis les premiers jours du rachat de Lucasfilm par Walt-Disney que cette entreprise était souhaitée. L’ancien directeur financier de Disney Jay Rasulo évoquait déjà la possibilité d’amalgamer littéralement les productions Lucasfilm et Marvel, que ce soit pour le petit comme pour le grand écran. Alors, que s'est-il vraiment passé ?

Problème d’écriture, problème de format (une série télé n’aurait-elle pas été plus intéressante ?), conflits idéologiques et artistiques, Solo ne fonctionne pas vraiment et n’entre à aucun moment en résonnance avec l’univers de Lucas.

On reprochait à la prélogie d’être en décalage avec la trilogie classique sur un point strictement conceptuel : ici c’est la même chose. La sophistication du spectacle et la complexité d’une mise en scène très élaborée et soutenue par un budget confortable ne permet pas à ce film d’entrer en relation avec son auguste modèle de 1977. La même question se posait d’ailleurs déjà pour Rogue One. Face à ce constat, la prélogie était une véritable proposition de cinéma, avec une mise en scène à base d’écho et le respect intuitif d’un certain nombre de règles.

Dernier point et pas des moindres : depuis Rogue One, Lucasfilm semble vouloir donner une amorce de conscience aux droïdes. Pour K2SO, c’était déjà assez inédit voire déstabilisant, sans qu’on comprenne véritablement pourquoi. Pour L3, on a carrément droit à un profil militant pour l’égalité des droits ! Je trouve que c’est un sujet passionnant, voire central dans Star Wars. Mais pourquoi ce droïde, et pourquoi pour ce film ? Pourquoi personne ne trouve ça extraordinaire qu’un simple co-pilote mécanique puisse avoir à ce point une telle sensibilité humaine complexe ? Est-ce un défaut d’usine ? Un bidouillage de Lando ? Une évolution naturelle ? On ne le saura jamais : c’est pourtant, à mon sens, un postulat de départ qui vaut carrément la peine qu’on développe toute une saga sur la question, à l’intérieur même de l’univers Star Wars. D’ailleurs, Lucas avait posé les jalons avec une vieille série animée sur 6PO et R2D2, et plus tard avec certaines questions existentielles posées dans la série TCW, mais jamais semble-t-il à ce stade de questionnement.

Terminons sur une note positive : Alden Ehrenreich est sympathique et son duo avec Donald Glover est intéressant, et décroche un sourire. Il y avait des choses à faire, c’est certain. Un buddy-movie ? Oui. Un concept produit louchant sur les meilleurs moments du MCU ? Non. En d’autres termes, l’exécution demeure passable, car encore une fois l’ombre du service marketing est encore trop présente. Il faut en finir avec les thérapies de groupe trilo-fétichistes et accepter l'idée que seul un travail d'écriture sérieux justifie qu'on injecte de millions de dollars dans un projet de cette envergure.

Dernière modification par Prelogic (17-10-2018 11:17:48)


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« En général, je ne réfléchis pas en termes d’hommage. Quand tu démarres un projet, tu essayes d’imaginer quelque chose de différent, tu ne tentes pas de reproduire le passé » - Phil Tippett.
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#106 18-10-2018 00:29:04

scorpius
Nowhere Man

Re : Solo: A Star Wars Story

C'était pas forcément si naze que ça mais très frustrant. Frustrant au niveau de son casting et particulièrement d'uin recast absolument catastrophique qui à lui seul retire une grande partie de l'intéret éventuel du film et tout aussi frustrant quand au fait que le film n'avait pas forcément besoin d'avoir un scénario très travaillé ou un propos plus ou moins complexe (pour reprendre l'expression de Matou). Tout ce qu'il avait besoin pour être un minimum satisfaisant c'était de proposer une aventure spatiale fun et exotique à la Cobra. Hors si le film est parfois fun (et après le marasme de The Last jedi, c'est déjà pas mal) il n'est jamais exotique. Du coup suivre cette aventure dans des environnements tous plus pauvres les uns que les autres c'est pas facile (mais bon youpi, il y a pas trop de CGI et c'est bien la seule chose qui compte). 

Dès que le film a une idée à peu près sympa elle va ainsi être annulée par un design raté. C'est le cas par exemple du droide de Lando qui aurait pu être une sorte d'Armanoide vraiment cool mais qui souffre d'un design et d'une caractérisation totalement hors-sujet. Seul point vraiment positif du film, le personnage de Qi'Ra qui justement a quelque chose d'une "Cobra Girl" Bon là aussi le traitement visuel de son personnage manque d'exotisme et de sensualité (d'autant plus - là encore -  frustrant qu'Emilia Clarke n'est pas farouche) mais son coté femme fatale, son ambivalence, sa volonté de ne pas juste survivre mais carrément s'imposer dans un monde "d'homme" en fait de loin le meilleur personnge féminin du Star Wars de Disney.

C'est clairement un coup d'épée dans l'eau ce film, poutant ça reste, ouais, le meilleur Star Wars de Disney, quelque part c'est très très déprimant...


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#107 18-10-2018 12:50:11

matou
modérateur

Re : Solo: A Star Wars Story

Pour nous mettre d’accord oui le film est plus frustrant que décevant. Il n’avait pas besoin d’un propos  plus ou moins fort pour être distrayant. Mais il n’y arrive pas. Alors qu’il aurait pu être avant tout distrayant puis marquant par un propos.

Déprimant oui c’est le terme...

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#108 18-10-2018 15:58:44

scorpius
Nowhere Man

Re : Solo: A Star Wars Story

À la base on était d'accord en fait. Mon message était sûrement pas clair. Il est évidemment toujours préférable d'avoir un sujet fort et quelque chose à raconter. Mais ce que je voulais mettre en avant, c'est que vu le sujet du film qui tout de même à l'échelle de la saga est assez anecdotique, ils avaient presque un boulevard pour juste proposer un film d'aventure sympa/pas prise de tête et dépaysant. Vu qu'à la base la jeunesse d'Han Solo, j'en ai un peu rien à faire, ça m'aurait suffit mais même une proposition aussi simple l'équipe de Kennedy est incapable de la tenir... Pas étonnant que la postlogie soit aussi foireuse...


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#109 19-10-2018 11:26:10

Prelogic
Legaliste

Re : Solo: A Star Wars Story

scorpius a écrit :

le sujet du film qui tout de même à l'échelle de la saga est assez anecdotique

Quel est le sujet du film exactement, par rapport à la saga ? Et peut-on dire qu’il est anecdotique par rapport à quel type de public ? N’oublions pas quelles sont les préoccupations de Disney à l’heure actuelle : contenter la base trilo-fétichiste clairement définie et fédérée autour de la détestation Lucas et de la prélogie. De ce côté-là, le contrat semble être rempli : une photographie pseudo-dark, des concepts artistiques jouant la carte du minimalisme (des vaisseaux cubiques sans identité, le recyclage intégrale des chasseurs et croiseurs de l’Empire / Alliance Rebelle), sans oublier la déclinaison de la marque « Han Solo », qui reste l’argument de vente principal.

Pour essayer de comprendre ce qui nous pose un problème, je vous partage quelques extraits du livre de John Truby « L’anatomie du scénario », que je suis en train de dévorer :

1 - « Il existe un autre obstacle à la maitrise de la narration, qui est lié au processus d’écriture. Comme beaucoup d’auteurs ont une vision mécanique de ce qu’est une fiction, ils s’appuient sur un procédé mécanique pour écrire. C’est particulièrement vrai des scénaristes qu’une idée erronée de ce qui rend un scénario vendable conduit à écrire des scripts qui ne sont ni populaires ni bons. Ces scénaristes se fondent en général sur une idée qui n’est qu’une légère variante de l’histoire d’un film qu’ils ont vu six mois auparavant. Ils appliquent cette idée à un genre, tel que « policier », « film d’amour » ou « film d’action », et remplissent les cases de personnages et rebondissements selon les codes de ce genre. Résultat : l’histoire est extrêmement générique, mécanique, dénuée d’originalité. »

2 – « La prémisse (c’est-à-dire l’art de présenter l’ensemble du récit condensé en une seule phrase) offre une bonne illustration des dangers de l’ignorance. La plupart des scénaristes savent l’importance qu’accorde Hollywood aux prémisses « high-concept » (ou la capacité de créer une histoire universelle, pouvant être comprise et appréciée par le plus grand nombre). Ce qu’ils ignorent, c’est que l’argument marketing ne leur dira jamais ce que l’histoire organique requiert. »

Pour moi, tous les problèmes des productions Disney les plus récentes viennent de là :

1 – Les scénaristes cherchent à faire rentrer dans leur histoire des moments de cinéma qui les ont marqué, ou des idées qui viennent d’ailleurs – c’est de cette façon, par exemple, que JJ Abrams et Lawrence Kasdan ont réfléchi le script du Reveil de la Force, et je cite : « Lawrence et moi avons d’abord établi la liste de toutes les choses qui nous semblaient intéressantes, que nous avions envie de voir, et qui nous paraissaient importantes ». Pour Solo, on peut se dire que les productions Marvel les plus récentes ont fortement influencé le processus d’écriture.

2 – Le fétichisme pour la trilogie classique (qui est devenu très naturellement un argument marketing), continue de faire des ravages. Et c’est très précisément ce que John Truby dénonce ici : l’argument marketing ne pourra jamais se substituer à un nécessaire travail d’écriture « organique », permettant de réfléchir à toutes les ramifications possibles d’une idée sans tomber dans la facilité.

Donc oui, Solo pouvait prétendre à être un film d’aventure sympa, dans la veine des Goonies, du Flic de Beverly Hills, de l’Arme Fatale ou de Golden Child. L’ennui, c’est ce que ce film n’est ni follement amusant, ni indispensable dans la proposition qu’il développe. Quant on sait les perspectives induites par le bestiaire gesticulant de la cour de Jabba the Hutt, avec ses couleurs et sa fantaisie comique / grotesque, on en ressort davantage perplexe...

Dernière modification par Prelogic (19-10-2018 14:08:12)


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#110 19-10-2018 23:43:04

matou
modérateur

Re : Solo: A Star Wars Story

scorpius a écrit :

À la base on était d'accord en fait. Mon message était sûrement pas clair. Il est évidemment toujours préférable d'avoir un sujet fort et quelque chose à raconter. Mais ce que je voulais mettre en avant, c'est que vu le sujet du film qui tout de même à l'échelle de la saga est assez anecdotique, ils avaient presque un boulevard pour juste proposer un film d'aventure sympa/pas prise de tête et dépaysant. Vu qu'à la base la jeunesse d'Han Solo, j'en ai un peu rien à faire, ça m'aurait suffit mais même une proposition aussi simple l'équipe de Kennedy est incapable de la tenir... Pas étonnant que la postlogie soit aussi foireuse...

Ton message était parfait et très juste.

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