#676 03-04-2018 21:10:29

yrad
admin

Re : Star Trek: Deep Space Nine

Oberon a écrit :

Mazette! Visiblement, je t'inspire (tu m'en vois d'ailleurs honoré) une réponse des plus prolixes!
Charge à moi de m'en montrer digne, à présent...

J'ai lu plusieurs fois ta réponse, tant la qualité de ton argumentation est saisissante.  Et si je suis à même de m'accorder avec toi sur de nombreux points, j'ai encore certaines réserves, parfois prononcées, sur quelques uns de tes propos.
Ce qui suit sera ma conclusion à cet excellent échange, car en ce qui me concerne, dans l'ensemble, je nous penses sur une convergence d'opinions qui ne nécessite pas, il me semble, de débattre à l'infini, aussi grisant cela soit-il. J'ai apprécié DS9, nous partageons d'ailleurs un goût commun pour ses qualités, et nous pouvons nous en tenir à une raisonnable divergence concernant ses défauts.

Oberon a écrit :

Ceci étant dit, terminons notre partie de ping-pong...

Oberon a écrit :

Voilà, je crois que j'ai épuisé mon argumentaire, et je te remercie de m'avoir poussé, de part la qualité exceptionnelle de tes posts, à fourbir mes armes comme jamais. Je dois avouer que te répondre a été, en plus d'un exercice très vivifiant, une petite leçon d'humilité, car le chemin qui me sépare d'une puissance d'argumentation comme la tienne est considérable...

Cher Oberon, je suis à la fois touché et gêné par une pareille salve de compliments… oops

Mais je te retourne bien évidemment la politesse : la qualité de tes argumentations est d’autant plus étonnante que tu viens à peine (semble-t-il) de découvrir Star Trek ! Bravo donc. bowing

Oui, nos convergences sur DS9 l’emportent sur nos divergences. Mais aussi mineures que soient ces dernières, elles demeurent le carburant des débats sur ce forum. wink

Malgré tout, inutile en effet de prolonger ces joutes artificiellement (surtout que l’exercice peut devenir fort chronophage…). Et puisque ton précédent post exprimait une volonté de conclure, je vais tenter de restreindre autant que possible mon champ de réponses (mais probablement sans y parvenir mdr).

Oberon a écrit :

Qui plus est, savoir que tu as défendu ENT contre son bashing totalement injustifié (ENT est sans conteste ma série de ST favorite) me donne plutôt envie d'aller te prêter main-forte sur les topic concernés ! Autant que ma prose, dont tu sembles apprécié la qualité, soit ton allié dans ce juste combat...

Je suis heureux de la place d’honneur que tu accordes à ENT et j’accepte volontiers ce "renfort" bienvenu de ta part. thanks

Cependant, même si la cause reste aussi juste aujourd’hui qu’hier, la situation a pas mal changé depuis ces "temps héroïques" où je devais batailler seul contre tous… Nombreux sont désormais les forumeurs qui ont revu ENT à la hausse voire même qui la préfèrent aux autres séries ST. Mes longues "plaidoiries" passées ont possiblement contribué à rendre justice et à réhabiliter la série prequelle ici et ailleurs, mais c’est surtout que celle-ci fait partie des vraies œuvres qui - contrairement aux produits de consommation - grandissent avec le temps.
À l’instar de TOS, ENT n’était manifestement pas appelée à être plébiscitée dès sa première diffusion, mais seulement par la postérité. Ce qui est artistiquement valorisant, mais commercialement catastrophique dans un système ultra-libéral ne jurant que par l’immédiateté.

Oberon a écrit :

Comme disait souvent mon père, comparaison n'est pas raison. (…)

Bien évidemment, et il n’était pas question pour moi de faire une analogie ISO avec les "monstres sacrés" du cinéma français. Mon objectif était simplement d’approximer certains parallèles pour éclairer le ressenti par l’exemple. C’est bien pour ça que j’avais assorti cette "comparaison" de la locution latine "ceteris paribus sic stantibus".
Finalement, lesdits parallèles ont contribué à mieux circonscrire le cœur de notre divergence sur Brooks/Sisko comme en témoigne ton excellente réponse. Dès lors, ce débat précis est en quelque sorte clos. wink

Oberon a écrit :

Alors là, tu m'as surpris. Vanter le mérite de Bajor à être ce bloc indissociable de la religion, en arguant que cela aurait rendu ce peuple trop humain de faire autrement, alors là même que l'un des plus grand mérite de DS9 aura été la nuance et le relief donné aux aliens, j'avoue que c'est osé. Culotté, même...
Mais pardonne moi, je ne suis absolument pas d'accord ce point. Cardassia, avec ce personnage magnifique et creusé qu'est Garak, est passé du stade de "planète de chefs de guerre tortionnaires", à un peuple fort de ses contradictions internes, cherchant quelle place est véritablement la leur, et donc quelle société il convient de bâtir et de défendre pour y parvenir, sans pour autant sacrifier leur identité.
Cette transition est tout simplement prodigieuse. DS9 a réussi à me faire aimer les Cardassiens (certains du moins...), leur passion, leur finesse, leur élégance, et même leur éloquence pourtant souvent indigeste!
A l'inverse, Bajor a débuté avec un capital sympathie considérable, de part son statut de victime et ce qu'avait donné Michelle Forbes dans STNG. J'avais soif de découvrir les facettes de ce peuple. L'ennui, c'est que justement, des facettes, ils en ont pas beaucoup...
Ils sont même dans un registre assez fermé, à l'image de Kira qui, et c'est toi qui le mentionne, a réussi le tour de force de ne pas évoluer d'un iota en 7 saisons !
Là encore, c'est prodigieux, mais pas dans le même sens...
Qui plus est, tu affirmes qu'introduire du doute et de l'agnosticisme aurait par trop anthropomorphisé les Bajorans. Oui et non. En faire des thuriféraires de la religion, incapable de prendre de la distance sur cette question pourtant épineuse qu'est la foi, question anthropomorphisation, ça se place là!
Et c'est justement là que le bas blesse : d'un côté, DS9 nous dépeindra la Fédération, Cardassia et les Klingons, comme autant de peuples et de cultures qui ont montré leurs limites, leurs failles, et comment les surmonter.
A l'inverse, Bajor ne montre rien de tout cela, pour la simple raison que les Bajorans finissent toujours par être d'accord entre eux. Même Vedek Bareil mourra en servant Kaï Winn, qui était pourtant une ennemi féroce par le passé.

Mon intention, Oberon, n’était ni de faire de la provoc’, ni de te "surprendre" (un qualificatif qui – je suppose – n’est pas un compliment dans ce contexte mdr).
Simplement, je m’efforce de ne pas réduire le très large spectre de la question religieuse à l’étroite fenêtre que nous inflige l’actualité de ces dernières années (consistant à opposer la modération au fondamentalisme), ni même plus généralement aux paradigmes occidentaux de ces derniers siècles (consistant notamment à opposer l’athéisme au déisme).

Les taxonomies européennes ont offert des clefs d’analyse rationnelles du phénomène religieux… mais comme souvent en pareil cas, le prescriptif a imperceptiblement pris le pas sur le descriptif au profit d’une instrumentalisation dialectique et politique ne rendant pas forcément compte de la diversité des possibles.
C’est ainsi que l’athéisme s’est érigé en "remède" ultime contre la croyance religieuse, alors qu’il revient bien souvent à remplacer un système de croyance (croire fermement en une ou des divinité(s)) par un autre système de croyance (croire tout aussi fermement en l’inexistence de divinité(s)).
Pis, l’athéisme n’est même pas philosophiquement antithétique de la religion dans la mesure où il existe d’authentiques religions athées, de l’antique stoïcisme qui ne voyait aucune incompatibilité entre le culte des dieux du Panthéon et l’inexistence de la vie après la mort, au bouddhisme aujourd’hui qui impose divers rituels d’efficience spirituelle sans aucune considération pour la survie individuelle de l’âme.
Ce sont les philosophes occidentaux "modernes" (Pascal, Spinoza, Kant, Marx, Proudhon, Teilhard de Chardin, Onfray…) qui ont eu pour point commun d’indexer la chose religieuse sur un intéressement strictement autocentré du fidèle (et/ou sur une manipulation des clercs), consistant à s’inventer des dieux pour exorciser la peur du néant après la mort.
Mais c’est là un procès en téléologie (et accessoirement en théologie) fort réducteur. Non seulement parce que toutes les combinaisons de croyances sont possibles (il est par exemple possible de croire en l’existence de créateur(s) tout en croyant au néant après la mort, ou à l’inverse de croire en l’au-delà sans croire en dieu(x)…), mais également parce que la religion possède de nombreuses fonctions sociales (voire évolutionnistes) autres que la propitiation individuelle ou l’aliénation collective.
En outre, pour compliquer encore l’équation, bien des spiritualités, des croyances, ou des espérances métaphysiques peuvent s’exprimer hors de tout cadre religieux (i.e. structuré, ritualisé, et collectif), tandis que bien des doctrines sociales et politiques dépourvues de tout volet spirituel peuvent vérifier toutes les caractéristiques psychosociologiques de la "religion".

Considérer l’athéisme comme la conclusion – ou du moins une alternative – logique et inéluctable de la démystification religieuse, c’est prétendre universaliser le seul système de pensée occidental de la dernière paire de siècles. Alors déjà que ce schéma serait relativement impérialiste à l’échelle de la seule humanité, il le serait bien davantage encore à l’échelle des nombreuses espèces de la galaxie et de leur infinie diversité de systèmes de pensées/cosmogonies.

Or justement la "religion des Prophets" (dominante parmi les Bajorans mais pas pour autant systématique) n’est en aucun cas une transposition des religions dominantes dans l’Occident contemporain, c’est-à-dire des monothéismes dits "du Livre" (abrahamiques).
Si l’on tient tout de même à se risquer à un parallèle, la croyance dominante bajorane est essentiellement un culte polythéiste (ou hénothéiste) de type païen, qui ne se traduit donc pas aucune forme de prosélytisme (puisque les "divinités" ne sont pas pensées comme universelles) et qui n’implique pas forcément une espérance égocentrée de survivance des âmes (à aucun moment, DS9 ne dévoile un quelconque volet sotériologique).
En revanche, là où la "religion des Prophets" se démarque des précédents de l’Histoire humaine connue (donc de transpositions paupérisantes en essence), c’est qu’elle ne repose pas sur un concept abstrait et objectivement invérifiable ni sur une personnification primitive de forces naturelles ; non, elle repose sur une réalité physique et tangible : les Prophets existent, ils possèdent bel et bien une forme d’omniscience et d’omnipotence du fait de leur plan d’existence méta-temporel, et ils ont disséminé (volontairement ou non) des orbes qui offrent autant d’expériences métaphysiques mesurables, de nature à bouleverser subjectivement des existences entières, et parfois même capables d’altérer la timeline donc la réalité objective (ST DS9 04x17 Accession, DS9 05x06 Trials And Tribble-ations, DS9 06x17 Wrongs Darker Than Death Or Night).
De plus, et c’est là un point essentiel, les Prophets ne vérifient même pas forcément le statut de "divinité" (selon la définition terrienne) dans la cosmogonie bajorane, puisque cette dernière se contente d’entériner un rapport de hiérarchie (en termes de connaissances et de moyens) et non de conférer aux Prophets la qualité de créateurs de l’univers ni de sauveurs des âmes.

Subséquemment, tenter de plaquer sur le paradigme religieux bajoran les systèmes de démystification des 18ème, 19ème, et 20ème siècles occidentaux terriens serait particulièrement impropre.
Car la localisation physique du "temple des Prophets" (le wormhole) et la découverte de leur "nature alien" (par Sisko dans le pilote) ne change en essence rien aux fondements sur lesquels repose la religion dominante bajorane. Au contraire, Starfleet aura finalement contribué à confirmer l’existence physique des Prophets (contrairement au Dieu judéo-islamo-chrétien créateur de l’univers), mais sans pour autant réussir à déconstruire la foi que les Bajorans plaçaient en elles – une foi impliquant que ces entités protègent les Bajorans sur le temps long et président à leur eschatologie collective en tant que civilisation (à l’instar des situations rencontrées dans les épisodes TAS 04x17 Bem et TNG 01x09 Justice), mais sans pour autant présumer d’une quelconque sotériologie individuelle (survivance ou non des âmes).

In fine, rien n’est venu formellement démystifier dans DS9 l’objet de la "foi bajorane", puisqu’icelle ne porte pas sur un débat d’existence (les Prophets existent bien), ni sur un débat de clairvoyance voire d’omniscience (les Prophets possèdent bel et bien une vue d’ensemble sur toute la timeline et peuvent l’altérer), ni sur un débat sotériologique (aucune quête de "placement" dans l'au-delà), mais uniquement sur un débat d’intention et finalement de confiance : est-ce que les Prophets cherchent vraiment la vassalisation des Bajorans et/ou est-ce que les Prophets protègent vraiment les Bajorans (à la façon de sujets de "condition inférieure") ? Ce sont finalement là les seules vraies convictions autour desquelles s’articule la "foi bajorane" (aux antipodes donc des fois monothéistes terriennes), mais que DS9 n’aura pas été en mesure d’invalider, essentiellement parce que les Prophets se sont avérés plutôt des alliés… même si leur logique et leur morale n’ont jamais cessé de représenter des défis à l’entendement (à l’instar des Vorlons de Babylon 5 ou des Quintans du Fiasco de Stanislas Lem). Néanmoins, certains Bajorans ont initié une remise en question de cette confiance en se tournant vers d’autres "voies" (Starfleet) ou vers d’autres "maîtres" (les Pah-wraiths) – ce qui est une marque de réalisme sociologique (à l’échelle de l'évolution bajorane).

Dans l’épistémologie du paganisme, la religion est essentiellement une vassalité féodale à un pouvoir matériel ou immatériel supérieur (mais pas forcément transcendant ni omnipotent ni infaillible pour autant), et rien dans DS9 ni même dans le Trekverse n’est venu contredire de tels ordres évolutionnistes naturels ou artificiels, d’Appolon (TOS) à Q (TNG/VOY).

Dès lors, toute la dialectique typiquement humanocentrée et "contemporano-centrée" de "l’athéisme libérateur" est foncièrement sans objet dans le cas de la foi dominante bajorane. Et si DS9 avait mis en scène des débats "athéisme vs. déisme", elle aurait trahi les spécificités non humaines de la cosmogonie bajorane en américanisant les entendements comme le font 99% des œuvres de SF concurrentes.
Je ne saurais donc être davantage reconnaissant au vrai Star Trek d’avoir réussi à mettre en scène de pareilles configurations où les clefs de transpositions contemporaines sont inapplicables, à l’instar du chef d’œuvre aussi génial que "politiquement incorrect" ENT 02x22 Cogenitor.
Et j’écris cela avec d’autant plus de sérénité que je suis personnellement agnostique (≠ athée) - l’agnosticisme étant philosophiquement probablement plus antinomique de la foi que ne l’est l’athéisme (mais il s’agit-là d’un autre débat).

Oberon a écrit :

Winn a d'ailleurs fini par être une déception. Lorsqu'elle est apparue, j'ai vraiment cru qu'on allait nous montrer que les Bajorans n'étaient pas tous des saints, et que l'ambition ainsi que le pouvoir pouvait les corrompre aussi bien qu'un Cardassien. Que nenni ! Malgré une impeccable Louise Flectcher, toujours aussi parfaite pour susciter la haine du spectateur depuis « Vol au-dessus d'un nid de coucous », son personnage va rapidement devenir indispensable et aimé de Bajor, en dépit de son potentiel de garce absolue esquissé lors de sa première apparition. Au final, elle se contentera d'être comme tous les Bajorans croisés dans la série : arrogante jusqu'à l'exaspération et résolument du « bon » côté.
Un gâchis considérable quand je pense aux possibilités offertes par son personnage...

Cette description est largement inexacte. Et j’en déduis d’ailleurs que tu n’as pas encore terminé le visionnage de DS9 (ni même probablement atteint le milieu de la saison 7). wink

En réalité, dès la première saison de DS9, Winn a été pensée par les showrunners comme un personnage bajoran négatif (destinée notamment à faire regretter aux spectateurs son antithèse Opaka). Mais du fait que la série a été enracinée dans un perpétuel réalisme politique et stratégique, celle-ci a veillé dans ses six premières saisons à ne jamais transformer Winn en une "méchante" comicsienne ou manichéenne. Cette dernière s’est retrouvée périodiquement impliquée dans des menées immorales et/ou illégales (terrorisme dans DS9 01x20 In The Hands Of Prophets, coup d’état dans DS9 02x03 The Siege, etc.), mais avec la résilience des meilleurs politiciens (la religion étant d’abord de la politique sur Bajor), Winn a toujours su rebondir, et elle aura incarné cette forme de nuisance avec laquelle il faut perpétuellement composer dans un cadre réaliste (à l’image de tous ces chefs d’état contemporains manipulateurs voire criminels mais avec lesquels l’intérêt du plus grand nombre commande de devoir traiter diplomatiquement).

Finalement, et c’est là une possible faiblesse de DS9 (selon les points de vue), la septième saison aura pris le parti de clarifier les rapports de force (quitte pour cela à les "manichéiser") : Dukat sortira de l’ambivalence qu’il avait cultivé dans les six premières saisons en assumant pleinement ses inextinguibles pulsions sadiques, et Winn exprimera sa profonde jalousie de n’avoir jamais été adoubée par les Prophets en se mettant au service de leur ennemis, les Pah-Wraiths. Ce que la série y perdra alors en nuance de gris, elle le gagnera en écart-type… notamment à propos des Bajorans qui confirmeront alors ne pas être davantage à l’abri des dérives individuelles que n’importe quelle autre espèce du Trekverse.

De toute façon, depuis ses tous premiers épisodes, DS9 n’a jamais manqué de mettre en scène des Bajorans du "mauvais" côté ("mauvais" par rapports aux héros principaux, à l’UFP, et à l’angle adopté par la série) :
- Tahna Los dans DS9 01x04 Past Prologue (voilà un Bajoran qui se moquait totalement des Prophets, il était carrément prêt à faire sauter leur "temple céleste" sans le moindre état d’âme),
- Neela dans DS9 01x20 In The Hands Of the Prophets (se comportant en gros comme les terroristes islamistes contemporains),
- Jaro Essa dans DS9 02x02 The Circle (facho et putschiste, mais finalement marionnette inconsciente des Cardassiens),
- le Vedek Porta dans DS9 04x17 Accession (tellement dévot envers la prétendue volonté des Prophets qu’il commet des crimes en toute bonne foi et avec la plus grande "innocence"),
- le Vedek Fala et tous les cultistes des Pah-wraiths dans DS9 07x09 Covenant (transposant les sectes suicidaires du type Ordre du Temple solaire),
- la Kai Winn Adami dans DS9 07x25+07x26 What You Leave Behind (personnage négatif depuis la première saison de la série, et finissant par s’abandonner aux forces destructrices du Kosst Amojan dans la saison 7),
- et tous les collaborateurs bajorans durant l’occupation cardassienne, de gré ou de force, pour de "bonnes" ou de mauvaises raisons, allant de Meru la mère de Kira Nerys (dans DS9 06x17 Wrongs Darker Than Death Or Night) jusqu’à la Kai Opaka elle-même flirtant avec une forme de crypto-pétainisme (dans DS9 02x24 The Collaborator), en passant par tous les "kapos" bajorans, sans oublier divers crimes commis parfois par les héros eux-mêmes durant l’occupation (DS9 02x08 Second Sight, DS9 05x08 Things Past…).

Le reste de ST n’est pas en reste avec par exemple le dangereux Vedek fanatique Teero Anaydis dans VOY 07x04 Repression, ou encore ces inquiétants Bajorans – violents ennemis de l’UFP – dans plusieurs timelines alternatives de TNG 07x10 Parallels.
Sans compter tous les Bajorans ayant rejoint le Maquis (à l’exemple de Ro Laren dans TNG 07x24 Preemptive Strike), un Maquis dont ST – légitimiste jusqu’au bout contrairement à la plupart des SF concurrentes – s’est toujours refusée à en faire le "bon" coté.

Si l’on fait le bilan arithmétique ou plutôt statistique, les Bajorans auront eu dans leurs rangs davantage de dissidents et de francs-tireurs – par rapport à la norme de leur société – que les Klingons, les Romuliens, et les Ferengis (du moins à l'écran). Entre ceux qui ont rejoint Starfleet, ceux qui ont grossi les rangs du Maquis, ceux qui se sont exilés, ceux qui se sont comportés en terroristes même après l’occupation cardassienne, ceux qui ont évolué vers le fanatisme religieux, ceux qui se sont enfermés dans la haine et la rancœur, ceux qui ont fomenté des coups d’état, ceux qui ont comploté contre l’UFP, ceux qui ont activement collaboré avec les Cardassiens, ceux qui furent leurs "idiots utiles" ensuite, ceux qui se sont ralliés au Pah-wraiths… la variance bajorane fut en fait considérable.
Et ladite variance ne fut pas moindre au seul motif que jamais un seul Bajoran n’a "pensé l’athéisme" au sens anthropo-contemporain-centriste – ce qui aurait été largement sans objet voire incohérent dans leur cas comme montré plus haut. C’est à cette condition qu’une vraie diversité alien se construit sans pour autant tendre inéluctablement – par mimétisme ou par idéologie – vers une anthropie forte rimant avec entropie.

Oberon a écrit :
yrad a écrit :

Et finalement, le même principe fut appliqué aux Klingons (s’est-il trouvé un seul Klingon qui ait remis en question le paradigme du guerrier ?), aux Cardassiens (pas un seul Cardassien n’a jamais questionné son amour indéfectible de la famille et de la patrie), et a fortiori aux Romuliens et au Dominion.

Pardonne moi, mais c'est tout simplement faux.
ENT Saison 2 épisode 19: l'avocat Klingon d'Archer explique comment, après le coup d’état social de la classe guerrière, il a assisté impuissant à ce qu'il estime être une régression socio-culturelle très dommageable pour l'Empire.
DS9 Saison 5 épisode 19: Un haut-dignitaire de Cardassia renie sa patrie (ou du moins ce qu'elle est devenue) et confie des informations secret-défense à Kira Nerys, une Bajoranne, et ce uniquement parce qu'elle lui rappelle sa fille.
STNG Saison 3 épisode 10: Un général transfuge Romulien trahit sa hiérarchie et l'empire tout entier pour empêcher son peuple d'entrer en guerre avec la Fédération, estimant que les Romuliens sont en train de se perdre et qu'il lui impossible, moralement, de soutenir cela.
Odo choisit de tourner le dos à sa propre espèce, après une vie passé à les chercher, car leur politique de domination galactique est pour lui inacceptable.
Et même chez les Jem'hadar, un peuple génétiquement développé pour en faire des super-soldats dociles, on trouvera des dissidents, comme ceux qui arrêtent volontairement la blanche pour récupérer un semblant de libre-arbitre.

Faux ?! Pardonne-moi également, mais ce n’est pas le cas ! tongue
Car les prétendus "contre-exemples" que tu cites (dans et hors DS9) introduisent seulement de nécessaires nuances contextuelles au sein de paradigmes socio-culturels que – de ce fait – elles entérinent implicitement.

Dans DS9 05x19 Ties Of Blood And Water, l’ex-légat cardassien Tekeny Ghemor fait le choix – sur son lit de mort – de privilégier sa famille (car il considère bel et bien Kira comme sa fille adoptive et l’ultime famille qui lui reste depuis l’épreuve de DS9 03x05 Second Skin) à ce qu’est devenue sa patrie. Mais Ghemor vérifie toutes les caractéristiques du dissident envers le régime politique de sa planète, réduit à devoir s’exiler parmi les Mathenites, puis à partager des informations stratégiques avec les victimes passées de Cardassia (Bajor) et avec la seule puissance (l’UFP) qu’il estime être en mesure à terme de restaurer l’intégrité d’une patrie dans laquelle il ne se reconnait plus.
La dissidence politique – assortie ou non de culpabilité collective ou individuelle – n’est pas en soi l’expression du désamour de sa patrie (ni du rejet de la notion de patriotisme), même si le légalisme d’un régime ou d’un pouvoir politique à instant t n’hésite pas à confondre cela avec de la trahison. Les traitres d’hier peuvent devenir les héros de demain ; et finalement, Ghemor n’a pas agi différemment d’Aamin Marritza (dans TNG 01x19 Duet) ou de Garak après la mort (dans DS9 05x14 In Purgatory’s Shadow) de son mentor et père Enabran Tain.

Dans TNG 03x10 The Defector, le cas de l’amiral romulien Alidar Jarok ne se démarque pas fondamentalement de ceux des Cardassiens Ghemor et Garak, et plus généralement de toutes ces vagues de dissidents et de transfuges à travers l’Histoire qui ne passaient pas "à l’ennemi" par lâcheté, par intérêt personnel, ou par reniement, mais parce qu’ils étaient convaincus à ce moment-là de rentre service à leur propre pays, voire de le sauver, quitte à sacrifier pour cela leur avenir personnel et même leur vie.
Et ce serait faire insulte à l’intégrité et à la sincérité d’Alidar Jarok d‘interpréter son geste dans TNG 03x10 The Defector comme une trahison de la romulanité, quand bien même la postérité romulienne n’en retiendrait rien d’autre.

Quant à Odo, il fait le choix affectif (et moral) de tourner le dos à son espèce du fait de la politique criminelle de celle-ci envers les solides. Il se comporte donc tel un dissident politique en exil. Néanmoins, le Great Link exercera sur lui une attraction irrésistible tout au long de DS9. Et il "suffira" que l’UFP et le Dominion signent un traité de paix dans DS9 07x25+07x26 What You Leave Behind pour qu’Odo rejoigne aussitôt – sans demander son reste – sa communauté fusionnelle, preuve que ni l’amour (conquis de haute lutte) de Kira ni "l’UFP way of life" n’auront suffi à lui faire faire un choix définitif différent des autres métamorphes rencontrés dans la série.
À la limite, seul Laas (DS9 07x14 Chimera) se démarquera, quoique pas tant que ça puisque son objectif sera de créer un nouveau Great Link avec les cent métamorphes abandonnés dans la galaxie…

Le cas des Jem'Hadar ne peut en revanche pas être logé à une semblable enseigne, car il ne s’agit pas à proprement parler d’une culture et d’une civilisation ayant atteint par elle-même un point d’équilibre stable. Les Jem'Hadar sont nés esclaves, ils ont même été génétiquement conçu par le Dominion dans ce seul but. Or si l’on intègre les réflexions d’Alexis de Tocqueville, l’esclave cherchera fatalement tôt ou tard à s’affranchir de sa condition dès lors qu’il sera exposé à (ou qu’il aura fait l’expérience) de conditions alternatives à la seule qu’il était supposé connaître. Il s’agit d’un tropisme quasi-évolutionnisme que même la dépendance tactique à la Ketracel-white n’aura pas réussi à totalement endiguer…

Enfin, en citant ENT 02x19 Judgment, Oberon, tu as convoqué un exemple particulièrement éloigné du cadre structurel, géographique, et surtout temporel des Klingons de DS9 : 217 ans avant le début de la série DS9, 141 ans avant les Khitomer Accords, une décennie avant la fondation de l’UFP, longtemps avant le Klingon Augment Virus (et sa transformation de la société klingonne)...
Malgré tout, en dépit de cette passionnante rétro-révélation (voire retcon) d’ENT quant à l’existence passée dans l’Histoire klingonne d’une classe guerrière parmi d’autres (ou peut-être d’une caste guerrière au sens des Minbaris de Babylon 5 ?), l’avocat Kolos ne dénonce pas en soi le droit naturel (i.e. l’organisation traditionnelle) de la société Klingonne ni la légitimité du paradigme guerrier… mais seulement la progressive montée en puissance de ce dernier et le déséquilibre inique qui en découle.
Naturellement, Kolos se soumettait – comme tous ses compatriotes klingons – à cette "régression", et il aura fallu l’exemplarité d’Archer pour donner à l’avocat le courage de faire face… quitte pour cela à partager le sort de son client. Et lorsqu’il lui sera proposé de se faire la belle comme Archer, Kolos déclinera, préférant tel Socrate "endurer en juste une condamnation injuste" au nom de l’ordre établi.
Au demeurant, ENT 02x19 Judgment est un épisode que j’adore, et je n’aurais pas pu davantage le défendre (ce post-là et les précédents).

Oberon a écrit :

Par contre, je voudrais savoir quand les Bajorans ont commis des erreurs ou des crimes au nom de la religion (pourtant un grand classique historique)? Jamais. Les Bajorans sont toujours montré comme ayant le beau rôle. Pas de traître, pas de dissidents, que des héros ou des victimes. Il y a indéniablement « deux poids, deux mesures », et Bajor étant le seul peuple qui se définisse par sa religion, cela pose forcément la question de l'objectivité (et du favoritisme) chez l'auteur.
Lorsque l'on connait RDM (dont je ne discute aucunement le talent, soyons très clair là-dessus !) et ses opinions déistes, je trouve difficile de ne pas voir dans ce choix narratif une forme déguisée de prosélytisme...

Eh bien, comme les autres espèces extraterrestres auxquels ST a accordé l’honneur d’un focus, les Bajorans ont eux aussi commis des crimes au nom de ce qui est réputé (à tort ou à raison) les définir (la religion). Je citerais comme exemple (quitte à être partiellement redondant par rapport à ma liste précédente) :
- Neela dans DS9 01x20 In the Hands Of The Prophets (le meurtre de l’enseigne Aquino, une bombe dans l’école de DS9, et le projet d’assassinat du Vedek Bareil Antos),
- le Vedek Porta dans DS9 04x17 Accession (le meurtre gratuit d’Imutta au nom des Prophets ayant rétabli l’innéisme des d’jarra),
- la Kai Winn Adami elle-même, qui était prête à fomenter un crime dans DS9 01x20 In The Hands Of The Prophets et bien davantage de crimes au nom des Pah-wraiths à la fin de la saison 7 (mais comme bien souvent dans le monde réel, les crimes religieux sont des prétextes qui dissimulent des objectifs plus politiques et/ou des psychopathologies mentales) ;
- le Vedek Teero Anaydis dans VOY 07x04 Repression violant le consentement d’une partie de l’équipage de l’USS Voyager et conduisant à une mutinerie (et à un putsch).

En prenant du recul, il n’y en fait pas vraiment deux poids deux mesure, hormis :
- d’avoir fait des Bajorans d’emblée des alliés putatifs voire des membres potentiels de l’UFP (contrairement aux Vulcains, aux Andorians, et aux Klingons pour qui ce fut plus long, et a fortiori aux Romuliens, aux Cardassiens, et aux Dominion qui sont restés quant à eux le plus souvent des adversaires – mais rien ne dit en internaliste que leurs relations n’évolueront pas de façon trekkienne dans les siècles suivants) ;
- d’avoir joué à fond la carte victimaire au sujet des Bajorans (et c’est peut-être là le seul défaut – mineur malgré tout – de traitement les concernant que je pourrais reconnaître à DS9, mais il s’agit probablement d’une hypersensibilité personnelle, car j’avoue être allergique aux "stratégies de victimisations" dès lors qu’elles sont politiquement instrumentalisées).

En ce qui concerne Ronald D Moore, il souffre sur ce forum de la "mauvaise réputation" d’être de droite (voire d’extrême-droite) et qui plus est d’être croyant ! Bien que ces caractéristiques-là ne soient pas en soi infamantes ni incompatibles avec le talent d’auteur, elles ne sont en fait pas vraiment avérées. En effet, jamais RDM n’a publiquement revendiqué un quelconque déisme ni encore moins fait la promo d’une religion spécifique (et il y aurait quelque chose de totalitaire à vouloir absolument sonder les cœurs et les esprits pour s’en assurer).
Quant à sa sensibilité politique, elle serait plutôt proche du libertarianisme (qui n’a pas vraiment d’équivalent dans l’Hexagone quoique que certains y voient – à tort ou à raison – une forme "d’anarchisme de droite"). En réalité, le libertarianisme consiste le plus souvent à critiquer et contester le système au nom de l’individualisme mais sans pour autant proposer d’alternative collective et constructive – ce qui ne postule donc pas forcément de coloration politique. D’autant plus que les clivages "gauche" vs. "droite" deviennent de plus en plus illusoires et trompeurs aujourd’hui…

RDM n’en demeure pas moins suffisamment professionnel (notamment dans l’écriture des antagonismes et des divergences) pour être capable d’accorder dans ses scenarii une visibilité et une expressivité crédible à des sensibilités qui ne sont pas les siennes (BSG 2003 en a témoigné par exemple avec le personnage de Tom Zarek). En outre, je ne peux pas croire que quinze ans d’amitié fusionnelle avec Brannon Braga – un athée revendiqué – n’aient pas laissé une profonde emprunte sur lui.

Pour ma part, je soupçonne surtout Ronald D Moore de se laisser emporter par son goût naturel pour le storytelling, pour l’emphase, pour l’émotion, et davantage encore pour les dialogues (au demeurant excellents), au point de négliger parfois les résultantes philosophiques et épistémologiques de ses partis pris d’écriture. Non par idéologie et encore moins par prosélytisme, mais simplement par onanisme. En somme, un créatif brillant mais un MdJ laissant parfois à désirer…

Brannon Braga – avec qui je me sens intellectuellement davantage en phase – est plutôt dans la dynamique inverse : il ne néglige jamais les résultantes philosophiques et épistémologiques, quitte à brider sa narration de façon frustrante. En contrepartie de quoi, il s’accorde périodiquement quelques délires dionysiaques (du genre TNG 07x14 Sub Rosa, TNG 07x19 Genesis, VOY 02x12 Threshold, ou ENT 03x03 Extinction) mais qui sont finalement sans conséquences aussi bien sur le terrain internaliste qu’idéologique.

Oberon a écrit :

Justement, mon cher, c'était l'occasion rêvée de donner une hauteur bienvenue à un amiral de Starfleet, surtout après que ces derniers aient eu tendance à briller par leur médiocrité dans STNG...
De montrer que, la politique ayant évolué avec les siècles, si certains gambits sont toujours (car éternels) d'actualité, ils ne revêtent plus la même forme, cela nous aurait donné une amirauté mature, forte, et prête à s'adapter aux circonstances avec principes, mais lucidité. C'est d'ailleurs en partie la raison d'être de la section 31.
Au lieu de cela, l'amiral est présenté dans tout l'épisode comme dépassé par Sisko. C'est l'amiral qui suit le capitaine (encore!), sans que cela choque personne... Son acceptation (ou plutôt sa résignation) face au coup d'éclat de Sisko est amené de façon à accentuer encore davantage la supériorité de ce dernier sur l'amiral.
C'est ce que j'entends par "l'arrogante certitude de la foi". Comme tu l'as dit, personne n'a jamais expérimenté un phénomène de prescience comparable à celui que vit Sisko dans cet épisode. Comment ne pas éprouver du doute? De l'incrédulité? La crainte de s'être fait manipulé par une entité malveillante?
Non. Comme d'habitude, super-Sisko est sur de lui, sans même fléchir ou s'interroger un seul instant sur ce qu'il expérimente. C'est comme là fois où il s'est fait mordre par un black mamba : après 3 jours de souffrances épouvantables, le mamba est mort ! Désolé de la Chuck-Norrissade, j'ai pas pu m’empêcher...
Donc navré, mais je persiste et signe, il y a une dimension d'artifices dans cet épisode, assorti d'un grand manque de rigueur. Et comme par hasard, cela touche à la foi...

Il m’est difficile de répliquer autrement que par une reformulation de mon développement précédent (ma réponse au troisième quote du post précédent). oops

DS9 05x10 Rapture possède uniquement l’apparence d’une "expérience mystique" (ressenti de celui qui est resté à l’extérieur, sur le pas de la porte, face à une expérience mentale non partagée).
Mais de la perspective du héros de l’épisode (Sisko), rien de tout cela ne relève de l’acte de foi religieux. Pour lui, c’était la réalité, vécue pleinement et sans qu’il ne subsiste un quelconque doute, exactement comme lorsque l’agent spatio-temporel Daniels conduisit Archer dans le futur assister à son propre discours lors de la fondation de l’UFP en 2161.
Archer avait eu de légitimes doutes sur Daniels et ses intentions durant la saison 1 d’ENT, mais ceux-ci s’étaient dissipés durant la saison 3. De même, Sisko pouvait légitimement questionner les visions méta-temporelles émanant des orbes (ou des Prophets) durant la saison 1 de DS9… mais plus durant la saison 5. Ou alors cela signifierait que la série ferait du surplace et que les expériences vécues n’auraient pas fait évoluer d’un iota les personnages (ni les héros ni leur hiérarchie militaire), à l’instar de l’imperfectible Dana Scully dans les saisons avancées de The X Files

Si DS9 05x10 Rapture avait opté pour une construction traditionnelle – permettant au spectateur de partager en live l’expérience subjective méta-temporelle ou multi-dimensionnelle du héros (comme dans TNG 06x15 Tapestry, comme dans TNG 07x25+07x26 All Good Things, comme dans VOY 02x02 Non Sequitur, ou encore comme dans le chef d’œuvre Contact de Carl Sagan) –, nul spectateur n’aurait songé à participer lui-même au débat "raison versus foi", avec en conclusion la désagréable impression que la foi aurait gagné la partie.
Mais loin d’un manque de rigueur ou d’un quelconque artifice, Rapture témoigne d’un vrai parti pris stylistique d’auteur : montrer ce que ST avait déjà mis en scène de nombreuses fois (des expériences comme celle de Sisko dans Rapture sont presque le lot quotidien des explorateurs de Starfleet), mais cette fois en adoptant un point de vue extérieur. Avec toutes les implications que cela peut avoir en termes d’incommunicabilité et de superposition d’interprétation, mais également en retour d’ouverture d’esprit d’une société – et d’une hiérarchie militaire – supposée dealer en permanence avec ce genre de situations larger than life.

Oui, c’est frustrant pour le spectateur d’être exclu, et c’est dérangeant de se retrouver à convoquer malgré soi toute la sémiotique contemporaine des illuminations mystiques.
Mais c’est pourtant une expérience sociologique essentielle – qui méritait d’être mise en scène au moins une fois sous cette forme durant les quarante années de vrai ST – tant elle constitue un litmus anti-contemporain de maturité sociétale et d’ouverture d’esprit de Starfleet. Les religions sotériologiques n’existent peut-être plus dans l’humanité trekkienne (du moins au sein de la sphère publique), mais les perpétuels Didymus dogmatiques et incrédules non plus.

Quant aux amiraux de Starfleet (aussi bien dans TNG que dans chacune des vrais séries ST y compris TOS), le qualificatif "médiocre" est excessif. Par exemple, Alynna Nechayev est aussi crédible que légitime, derrière son style de "garce"…
Mais il y a néanmoins une vraie constante (et donc un parti pris d’auteurs) dans le Trekverse : les vraies responsabilités – et pouvoirs décisionnels – sont prioritairement entre les mains des capitaines de vaisseaux, et par extension des hommes de terrain… et non des bureaucrates et des politiciens. Cela ne signifie pas pour autant que l’amirauté n’aurait qu’un pouvoir symbolique – non, les amiraux savent définir les grandes lignes de conduite, se faire obéir pour l’essentiel, et sanctionner si nécessaire (cela reste un garde-fou). Néanmoins, il est évident que les amiraux sont statistiquement effacés devant les capitaines, tels des gérontes-dispensateurs-de-morale (ou de realpolitik) face à des champions et des héros. Même les cas posés par TNG 04x21 The Drumhead, TNG 07x13 The Pegasus, et DS9 04x12 Paradise Lost - en dépit du fait qu’il s’agissait de déviances ponctuelles (présentées en externaliste et vécues en internaliste comme telles) - ne font que confirmer la prévalence effective des officiers de terrain, puisque ce sont finalement toujours des capitaines qui neutralisent légalement les amiraux abusant de leur pouvoir.
Et sauf faute très grave impliquant des trahisons ou des morts, Starfleet Command s’incline de facto devant ses officiers de terrain (sélectionnés en amont de la plus rigoureuse des façons). Les amiraux suivent en effet les capitaines, et cela ne choque personne car c’est juste un signe de lucidité : chacun connait sa place et sa responsabilité, la fonction prime sur le grade, et si les officiers généraux conduisent une politique générale, l’initiative des décisions appartient à ceux qui la vive in situ - parfois même par des canaux larger than life.
Ce pli avait été assumé en internaliste dès la série prequelle ENT, où l’amiral Maxwell Forrest fut – dans 90% des cas – une sympathique carpette devant le capitaine Jonathan Archer, par certains côtés (liés à la chronologie et au manque d’expériences larger than life) davantage encore que l’amiral Charlie Whatley devant Sisko.
Il ne s’agit donc pas de primauté de la foi dans DS9 05x10 Rapture, mais de cohérence envers une systémique sociétale.
Et j’ose considérer cette systémique comme un marqueur tant d’idéalisme que de vitalité, car c’est à ce prix que Starfleet (et par extension l’UFP) ne verse pas dans la décadence - la décadence d’une technocratie déconnectée du réel - soit le syndrome emblématique de la phase terminale des empires s’effondrant sous leur propre poids.

Oberon a écrit :

Mais encore une fois, était-il nécessaire de forcer autant le trait ? De tourner Worf en dérision aussi souvent ? De lui faire faire un caprice sur la cérémonie de son mariage avec Dax, alors qu'il la retrouve en temps de guerre, après plusieurs semaines de séparation (un exemple parmi cent) ? Je ne le pense pas.

C’est probablement là une perception très subjective, car pour ma part, je n’ai jamais ressenti de dérision, du moins pas au point d’en rire ni de décrédibiliser le personnage de Worf.
Certes, il y a une part de décalage dans l’écriture de Worf, et ce depuis la première saison de TNG.
Pour autant, dans la mesure où ST est une œuvre qui se prend toujours au sérieux (ce n’est ni The Orville ni Red Dwarf), et dans la mesure où son postulat est l’IDIC (une infinie diversité de comportements et de combinaisons), le spectateur est supposé accepter tous les particularismes sans s’en gausser (au contraire de ce qu’il ferait probablement dans le monde contemporain où la normativité est bien plus grande).
Bien entendu, cela n’interdit pas périodiquement un certain comique de situation (par exemple autour de Spock, de Data, de Worf, etc.), mais cela ne conduit jamais à généraliser un moment d’humour à un personnage ou à une espèce. Certes, il y a bien eu TNG 01x07 The Last Outpost qui pourrait représenter un faux pas (?) de caractérisation (même si l’épisode avait de réelles qualités), mais ST s’est ensuite employé à crédibiliser les Ferengis – TNG en les rendant inquiétants, DS9 en les humanisant.

Oberon a écrit :

Et pour ce qui est du traitement d'Alexander, et par ricochet de la psychologie de Worf, c'est là-aussi, au mieux, incohérent. A la fin de STNG, le lien qui uni Worf à son fils n'a jamais été aussi fort. Il a accepté, depuis sa confrontation à l'Alexander du futur, que son fils ne serait pas un guerrier, mais sans le désavouer pour autant. Il est clair, à ce moment-là, que Worf accompagnera son fils, quelque soit la route qu'il choisisse. J'avais trouvé ce final entre eux assez superbe, surtout après tout ce que ce fils et ce père avait pu traverser comme tourments, drames, et épreuves.
Dans DS9, Worf abandonne son fils, sans la moindre explication, ce que ne manquera de le lui renvoyer au visage Alexander lors de retrouvailles par ailleurs totalement fortuites. Où est la continuité ? Et où est le respect des personnages concernés et de leur histoire commune ?
Il n'y en a tout simplement pas, car RDM a décidé, au mépris de la continuité des personnages, de s'approprier Worf pour en faire SON Worf. Et ça n'est pas, je trouve, respectueux de STNG ni des fans de Worf, dont j'ai la faiblesse de faire partie.

Faire évoluer un personnage, ou une relation entre plusieurs personnages vers une direction inattendue et/ou dans un sens frustrant (par exemple en ne donnant pas aux spectateurs ce qu’ils attendaient et/ou en le concrétisant pas une promesse implicite décalquée des conventions hollywoodiennes), ce n’est pas en soi de l’incohérence. C’est au mieux une audace d’auteur, au pire le désert du réel.
À l’exemple de la relation intime de T’Pol et de Tucker, qui promettait tant (depuis ENT 03x15 Harbinger à ENT 04x21 Terra Prime en passant par ENT 04x03 Home et ENT 04x17 Bound)… et qui finalement ne mènera nulle part (ENT 04x22 These Are The Voyages…).
De même, TNG 07x21 Firstborn avait scellé un pacte implicite entre Worf et Alexander… notamment pour que le futur tragique – dont l’épisode avait donné un aperçu – ne se réalise pas. Mais la vie étant de ce qu’elle est, les bonnes intentions exprimées en toute sincérité à un instant t se heurtent souvent ensuite à la pesanteur du réel. Dans ST Generations, l’Enterprise D a été détruit (un choc psychologique), Worf a possiblement été ensuite transbahuté d’affectations en affectations temporaires, et il est alors compréhensible qu’il ait peut-être préféré confier (de nouveau) la garde de son fils à ses parents Helena et Sergey Rozhenko. À moins que ce ne soit un souhait d’Alexander qui aimait en outre beaucoup ses grands-parents. Toujours est-il qu’il s’agit d’événements hors-champ sur lesquels on ne peut que supputer, mais l’absence d’infos explicites n'implique pas en soi une rupture de continuité (le postulat de l'internalisme étant que l'univers existe par-delà les représentations partielles voire partielles que les séries en donnent).
Puis lorsque Sisko a sollicité Worf sur la station DS9 en début de saison 4, s’est alors déployée une période de tension ouverte voire de guerre avec l’Empire Klingon, ce qui n’appelait pas en soi la présence d’Alexander sur DS9 (le reflexe surprotecteur d’un père). Mais finalement, les événements eux-mêmes se chargeront de dispenser une leçon d’ironie à Worf lorsqu’il apparaîtra que c’est Alexander qui – dans son coin – aura décidé de rejoindre la flotte de l’Empire (dans DS9 06x03 Sons and Daughters), suggérant que l’inclination de Worf à "humaniser" son fils se sera heurté à l’appel du génome. Preuve que les scénaristes n’ont absolument pas oublié Alexander sur la durée…
Certes, au début de la saison 4, ne pas faire accompagner Worf de son fils participait de l’effet et du contraste (pour son entrée en scène choc dans DS9, il fallait narrativement que le seul Klingon de Starfleet se retrouve seul, frappé de déréliction, et tiraillé entre plusieurs loyautés…). Mais l’internalisme ne fut pas pour autant sacrifié à l’effet puisqu’Alexander est reparu dans la saison 6, littéralement métamorphosé, et prenant un chemin qui déconstruira la tragédie de TNG 07x21 Firstborn. Cette séparation entre Worf et Alexander au seuil de son adolescence était peut-être même une phase nécessaire pour que ce dernier ne suive pas la voie de son alter-ego dans la timeline précédente.

Quant à RDM, il ne s’est pas "approprié" Worf dans DS9… mais dès la troisième saison de TNG (lorsqu’il a été embauché dans le staff de ST) ! Il était donc fondé à poursuivre dans DS9 ce qu’il faisait déjà avec succès dans TNG
Dès le début de sa carrière de scénariste, RDM s’est trouvé une grande affinité narrative avec les Klingons, et il a signé – notamment grâce à son talent de dialoguiste et son sens de la réplique – certains des meilleurs opus klingons de ST, aussi bien dans TNG que dans DS9. Par exemple, toute la tragédie personnelle de Worf entamée dans la saison 3 de TNG et conclue dans la saison 7 de DS9 (bouc émissaire des intrigues de palais, plusieurs fois déchu puis réhabilité…), c’est à RDM qu’on la doit.
Pour autant, d’autres auteurs ont également apporté des contributions essentielles à la "klingonité", avant, parallèlement, ou après RDM. Je citerai notamment en exemple ces épisodes klingons référentiels quoique non mooriens : ENT 02x19 Judgment, ENT 04x15 Affliction, ENT 04x16 Divergence TOS 01x27 Errand Of Mercy, TOS 03x11 Day Of The Dove, TNG 02x20 A Matter Of Honor, TNG 02x20 The Emissary, et VOY 07x14 Prophecy.
RDM avait l’art de conférer aux problématiques klingonnes un souffle épique et shakespearien, et c’est ainsi qu’il a su séduire la majorité des trekkers, car il savait parler à la geekitude qui se lovait en eux. Mais sur le terrain de la vraisemblance sociologique, des Brannon Braga, Michael Sussman, Manny Coto, David A Goodman, Judith & Garfield Reeves-Stevens, ou Richard Manning… ont été meilleurs, même si les trekkers ne s’en sont pas toujours rendu compte, du fait que le réalisme brut est bien moins "bandant". mdr

Oberon a écrit :

Mais au même titre que tu défends Bajor, permets mois de prendre un instant pour défendre les Ferengi.
A la fin de STNG, cette race est bonne à mettre à la poubelle. Ce peuple, qui n'impressionne jamais, mais qui est montré plusieurs fois comme un dangereux adversaire pour Picard, n'a aucune crédibilité. Ils sont bouffons, cupides jusqu'à la bêtise, et personne n'arrive à comprendre comment ce peuple a réussit à découvrir la distorsion. Et comme si cela ne suffisait pas, l'un des nemesis de picard est un Ferengi, décrit comme un fou vengeur (à cause de la mort de son fils). Cela aurait pu poser un antagoniste de qualité, sauf que non, c'est tout le contraire: ce personnage n'a ni nuances, ni principes, ni substrat culturel qui le définisse (il sera renié par les siens d'ailleurs...). C'est une caricature ambulante: "t'as tué mon fils, je vais te tuer aussi". Quand je dis que STNG a laissé les Ferengis dans le caniveau de sa narration, je pèse mes mots...  Heureusement qu'on a eu les Borgs et les Romuliens pour remonter drastiquement le niveau ensuite, parce qu'en saison 1, entre la flaque de goudron qui tue Tasha et les Ferengis qui se battent avec des fouets électriques, question antagonistes, ça cassait pas des briques...
Dans DS9, les Ferengis ont enfin une identité véritable. Quark et Rom sont  d'ailleurs pensés pour marquer les nombreuses différences entre le Ferengi "pur" (encore qu'il y ai beaucoup plus fondamentaliste que Quark dans DS9) et celui que tu dépeins comme trop anthropomorphisé. De cette mosaïque d'attitudes et de positions, c'est toute la complexité d'un peuple autrefois bien trop simple (voir simpliste) qui a pu être développé. Et Nog, le produit de ces deux mondes, deviendra un membre émérite de Starfleet, sans jamais oublier d'où il vient.
Personnellement, je trouve que ce tour de force est admirable, tant sur la narration que sur un nombre conséquent de dialogues, dont certains me sont apparus comme parmi les plus savoureux de la série.

Paradoxalement, la "médiocrité" (relative) de représentation des Ferengis dans TNG participe à la fois de la dynamique trekkienne et de la crédibilisation par voie de complexification. Car ton bilan diachronique du "cas ferengi" a mis le doigt sur une systémique de représentation, commune à l’Histoire de l’humanité et au Trekverse.
Lorsque des humains rencontrent pour la première fois une communauté étrangère (sur la Terre dans le passé, ou dans la galaxie trekkienne future), grande est la tentation de la réduire collectivement à des amalgames simplificateurs, de l’enfermer dans des idées reçues, et de la caricaturer à la part la plus sémiotique (ou doctrinaire) de l’altérité. Mais avec le temps (c’est-à-dire d’une série ST à l’autre en suivant la flèche du temps internaliste), au gré des rencontres, et par des expériences de vie commune (par exemple dans un même vaisseau ou sur une station spatiale nodale)… le simplisme fait progressivement place à la complexité, et bien des a priori ne survivent pas au réel.
Ainsi, dans ENT, les Vulcains étaient perçus comme des colonisateurs rigides et souvent honnis. Dans TOS, ils seront des partenaires fiables quoiqu’en contrepoint. Et dans TNG, c’est à peine si l’on distinguera les Terriens des Vulcains…
Dans ENT et TOS, les Klingons seront des ennemis, voire des méchants monodimensionnels formatés par plusieurs siècles d’adversité non-stop. Mais à la faveur d’un rapprochement géostratégique, dans TNG et DS9, les Klingons révèleront leur infinité de nuances de gris, au point de renvoyer à la riche dramaturgie shakespearienne.

De même, dans ENT puis TNG, les Ferengis apparaissaient comme des caricatures ambulantes, combinant la vénalité décomplexée et la piraterie capitaliste. Rien de plus naturellement trekkien que DS9, à force de contacts quotidiens, ait finalement apporté des nuances à cette représentation… quand bien même cette fois l’observateur aurait "quantiquement" influencé l’expérience, puisque les Ferengis se sont partiellement anthropomorphisés au passage (ce qui n’est pas forcément une bonne chose en terme de préservation de complexité et au sens de la Prime Directive, mais qui n’en est pas moins réaliste dans le cadre d’un brassage culturel comme celui de DS9 en particulier et de l’UFP en général).

Finalement, les traitements ferengis et bajorans obéissent à la même dynamique par-delà les goûts/sensibilités de chaque spectateur…
Lorsqu'on ne connait guère une communauté d'étrangers, leurs ressortissants semblent tous se ressembler. Et ce faible écart-type apparent continuera à persister subjectivement si l'on s'obstine à les juger par rapport à soi. Mais dès lors qu'on prend le temps de les comprendre de l’intérieur (empathie), de les accepter comme ils sont, et finalement qu'on les juge par rapport à eux-mêmes… des empires de nuances et de différenciations surgissent…
Et c'est bien là que réside l’audace de DS9 : la série réussit à diviser les spectateurs selon qu'ils considèrent les Bajorans / les Ferengis par rapport à eux-mêmes (et alors ceux-ci deviennent complexes et diversifiés au sein de leur propre paradigme) ou selon qu’ils les pensent à l’aune de l’humanité (et alors les Bajorans / les Ferengis apparaissent comme des occasions manquées voire des "ratés" à la limite du supportable).
Soit la plus belle mise en abyme possible de ce qu’il advient dans le monde réel face à des étrangers dont les comportements et les valeurs paraissent insultantes aux yeux de l’observateur.
C’est un exemple où la division des réactions des téléspectateurs serait un gage, non pas d’échec, mais de réussite qualitative – car homothétique du réel.
Je serais presque tenté d’en dire autant sur l’interprétation d’Avery Brooks, mais je ne voudrais pas relancer ce débat-là… tongue

Oberon a écrit :

A très vite sur un autre topic ! Tu es tellement actif que ça ne devrait pas être long...

Oh, pas si actif que ça malheureusement, faute de disponibilités IRL. Si les IND (interfaces neuronales directes) existaient déjà (et n’étaient pas juste des fantasmes SF), je mettrais en ligne des dizaines voire des centaines de textes chaque jour…
Mais il y a un tel écart temporel entre ce que je "rédige" mentalement dans ma tête… et la concrétisation au clavier… que, finalement, ma participation s’avère très irrégulière (pas mal de "pavés" à mon actif certes, mais aussi parfois de longs mois sans poster). oops


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#677 03-04-2018 21:15:21

yrad
admin

Re : Star Trek: Deep Space Nine

Restant sur ma lancée, je vais également répondre un peu à l'ami Mbuna... mdr

mbuna a écrit :

Ce pilote (génial et effectivement le meilleur des ST aussi pour moi) donne de suite la ligne et évite l'hypocrisie : les habitants du vortex sont présentés et démystifiés dès le début. Ils sont vénérés par les bajorans sur des malentendus en ce qui les concerne, puisque présentés comme étant incapables de comprendre les notions de temps et de causalité (les fameuses règles du jeu). Ils ne peuvent donc pas être à l'initiative d'une stratégie (qui nécessite par nature de comprendre ce concept) de l'adoration dont ils font l'objet.
Sisko va devoir leur apprendre cette notion de temps linéaire, en trouvant un protocole de communication, par la parabole de la balle de Baseball. Bref, du grand ST (découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations, etc etc), comprendre, démystifier, accepter.
Et c'est réellement un échange. Car le temps est-il si linéaire pour nous ? En renvoyant Sisko à la mort de sa femme, les prophètes lui montrent bien que même pour lui, humain, le temps s'est en quelque sorte arrêté là.

Dans le pilote de DS9, les Prophets ne semblent pas connaître le "temps linéaire" en effet (en tout cas d’après le peu qu’ils laissent entrevoir de leur nature).
Pour autant, ils connaissent parfaitement Bajor. Et dans la mesure où ils "enseignent" à Sisko autant – si ce n’est davantage – que Sisko ne leur "enseigne" (principe d'un véritable échange), notamment quant au caractère illusoire de la linéarité de l’existence humanoïde, il n’est pas possible d’exclure l'existence – dès le pilote – d’une stratégie méta-temporelle des Prophets (une réalité où "l’avant" ne se distingue pas forcément de "l’après"), aussi bien dans leur relation avec Sisko que dans leur relation avec Bajor (et avec les Pah-wraiths).

Davantage qu’une démystification à proprement parler (du style TOS 02x04 Who Mourns For Adonais ?), DS9 01x01+01x02 Emissary flirte surtout avec l’exceptionnel VOY 05x14 The Fight en mettant en scène une rencontre entre deux entendements à la limite du compatible et de l’intelligible - soit l'ambition (et le sel) des meilleures SF littéraires.

mbuna a écrit :

J'ai traversé tout DS9 avec cette "ligne de conduite" et cette répartition des rôles. C'est vers la fin que cela se gâte pour moi, lorsque cette répartition des rôles est explosée (mais bon, je me tais, je ne relance pas le sujet...).

Si cette répartition des rôles est "explosée" à partir d’un certain point (sixième ou septième saison), c’est peut-être parce que le spectateur s’est mépris dès l’origine sur la nature ou l’objectif des Prophets (d’une perspective internaliste bien entendu)…
Ou mieux (en évitant de convoquer le ban et l’arrière-ban de la duplicité triviale et des twists creux), parce que la timeline a été réécrite par les Prophets dans la plus pure tradition SF de VOY et ENT, soit à partir de DS9 06x06 Sacrifice Of Angels (ou de DS9 07x01 Image In The Sand) comme je l’envisageais là, soit carrément dès DS9 01x01+01x02 Emissary ! Car si Sisko apprend bel et bien aux aliens du wormhole la notion d’existence causale et temporelle dans le pilote, tandis que ceux-ci existent par essence hors du temps... alors cela implique logiquement que c’est tout l'avenir & le passé - en corrélation avec les Prophets - que Sisko redéfinit alors potentiellement sans en avoir conscience (car rien ne suggère que les aliens du wormhole s'imposeraient une quelconque Prime Directive, a fortiori envers un concept qu'ils viendraient juste de découvrir au travers de Sisko).
DS9 est délibérément restée floue ou ambiguë sur cette possible rétroactivité des relations de cause à effet (du fait du peu d’intelligibilité des Prophets), mais elle lui a néanmoins laissé en creux une place royale, s’accordant dès lors un vertige de SF temporelle au moins équivalent à ceux de VOY 04x08+04x09 Year Of Hell et ENT 01x26+02x01 Shockwave, quoique sans être ici verbalisée scientifiquement (comme il en est souvent dans les hard-SF de type Arthur C Clarke ou Stanislas Lem qui aiment à confronter des formes de vie très éloignées sur l’échelle de l’évolution et/ou de l’entendement).

Ironiquement, dans le pilote Emissary, Sisko croyait (naïvement ?) apprendre aux entités du wormhole la notion de temps-causalité qui "emprisonne" l’existence humanoïde dans une apparente linéarité. Peut-être la leur a-t-il réellement apprise d'ailleurs, mais alors au-delà de toute espérance... Puisque ce sont finalement les entités du wormhole - et l'ensemble de DS9 - qui auront fait une démonstration "so Sci-Fi" de non-linéarité du réel.


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