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#51 05-08-2015 00:42:15

yrad
admin

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

matou a écrit :

J'ai coutume de dire que le cinéma français des années 80 nous a donné de bonnes comédies mais que depuis quelques temps, ils se divise en trois catégories:
- les films de "bourgeois", faits d'interrogations qui n'en sont pas (enfin pas pour l'écrasante majorité de la population), de maniérisme pseudo auteurisant. Le "Regardons notre si beau nombril".
- les films de genre (SF,Polar), héritiers des films US. Techniquement souvent à la hauteur, mais trop souvent rempli de personnages clichés et faits sans réelle ambition sur le fond. On peut y inclure les films d'europa corp.
- les comédies produite par la télé, pour son film "familial" du dimanche soir.

Il y a des exceptions dans la production, mais en France, on a abandonné l'iconoclasme, l'irrévérence, la noirceur jamais pessimiste, la douce folie populaire.
Notre cinéma s'est embourgeoisé, il devenu conformiste.
Mais c'est l'art en France qui suit cette pente. Un résultat systémique à mon sens.
Pour dominer un peuple, il faut savoir lui "imposer" un imaginaire.

Est-ce les sentiments que tu as? Et d'autres aussi peut-être.

Oui, Matou, ton analyse correspond assez bien à mes sentiments… même si je l'aurais peut-être formulé autrement...

J'ajouterais qu'il y en France une pseudo-élite intellectuelle qui règne en maître sur le monde de la culture et des médias (auquel est indexé le cinéma français par voie de subvention). Et cette intelligentsia bride ou manipule la créativité artistique française. A tel point que même lorsque celle-ci donne l'impression d'être parfois transgressive, elle ne fait que servir d'une façon ou d'une autre la doxa dominante (à la façon des régimes totalitaires qui fabriquent et contrôlent leurs propres mouvements d'opposition).


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#52 05-08-2015 00:43:07

yrad
admin

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

DrAg0r a écrit :

C'est vrai, et j'ai tendance à ne pas considérer l'uchronie comme de la SF, mais comme un genre à part entière.
(…)
En effet, j'estime que la philosophie et l'exploration de concepts ne doivent pas être réservées à la seule SF. Par contre je ne connais malheureusement pas les auteurs que tu cite (ma culture SF littéraire laisse vraiment à désirer, mais je me soigne) donc je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin sur ce terrain là.
(…)
Effectivement, si l'on suit ma définition (qu'elle soit "stricte" ou même "étendue"), The Man from Earth n'est pas de la SF, et... À y réfléchir, je ne considère pas ce film comme étant de la SF. J'avoue l'avoir mis là plus ou moins par erreur, m'étant laissé influencé par sa présence dans d'autre tops, je l'ai considéré comme SF sans y réfléchir.
(…)
Encore que comme pour The Man From Earth, j'ai du mal à considérer l'Effet Papillon comme un film de science-fiction.

Réponse dans ce nouveau topic dédié aux définitions... wink


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#53 05-08-2015 20:49:27

Bones
membre

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

Merci à tous pour vos tops, ça me donne envie de découvrir plein de films !

J'ajouterai juste Wall-E, qui n'a je crois pas été cité. Pour moi l'un des meilleurs Pixar, même si je note de 8/10 au minimum tous les Pixar jusqu'à Toy Story 3 compris mdr Et gros +1 pour The Man from Earth, que j'ai encore fait découvrir récemment à un couple d'amis pas trop branché SF. J'adore ce film (merci d'ailleurs, je l'ai découvert ici), j'émets juste un bémol qui descend sa note à 9.5/10 :

Spoiler

la découverte que l'un des personnages est le fils de John Oldman me dérange. Cela prouve que John ne mène pas ses amis en bateau, j'aurai préféré que le doute subsiste.

Sinon, HS, mais par rapport au débat sur le cinéma et les séries français :

- quid d'Alexandre Astier et de Kaamelott ? J'ai adoré du début à la fin alors qu'on m'a presque forcé à découvrir cette série (format court, humour français, M6, j'y allais vraiment à reculon). Son Astérix, bien qu'imparfait, est aussi pour moi la meilleure adaptation du gaulois.

- je suis preneur (en MP si c'est vraiment trop HS) de films français à découvrir. Je suis vraiment inculte sur ce sujet ! Et je précise que le noir blanc et le muet ne me font pas peur. Je vais déjà j'empresser de voir les deux titres cités par yrad.

Dernière modification par Bones (05-08-2015 22:02:39)


I signed aboard this ship to practice medicine, not to have my atoms scattered back and forth across space by this gadget !
Dr. Leonard H. McCoy, Space Seed

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#54 05-08-2015 21:45:25

matou
modérateur

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

Bones, pour des films français et pour parler d'Astier, viens avec nous ici.

En ligne

#55 10-08-2015 10:26:59

DrAg0r
Dra'ghoH

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

J'ai profité du week-end pour visionner quelques films du top d'Yrad...

yrad a écrit :

#4 – K-PAX de Iain Softley (2001) : un autre magnifique exemple de SF cérébrale et intimiste qui – sans tambour vulgaire ni trompette hollywoodienne – s'invite imperceptiblement dans le subconscient du spectateur pour le transformer de l'intérieur. Une expérience digne d'Olaf Stapledon (pionnier de la SF philosophique), et qui flirte avec les romans expérimentaux des frères Strougatski.

Effectivement, sans tambour vulgaire, ni trompette hollywoodienne. Intimiste aussi oui je suis d'accord... Après "cérébrale" je trouve ça un brin exagéré, je n'ai pas eu l'impression que l'on transformait mon inconscient de l'intérieur...
La fin du film est assez unique, il n'y a pas de réelle conclusion, mais ce n'est pas une fin ouverte pour autant... Disons que c'est la plus fermée des fins ouvertes que j'ai pu voir...
En tout cas j'ai beaucoup aimé.

yrad a écrit :

#7 – Her de Spike Jonze (2013) : surclassant l'intéressant Transcendence (Transcendance) de Wally Pfister (2014) et le sympathique Chappie de Neill Blomkamp (2015), Her est la plus dérangeante anticipation humaniste de la problématique des I.A. en prise directe avec l'essor du Deep Learning, assortie d'une étude au scalpel de l'auto-emprisonnement individualiste et de la fuite éperdue dans la virtualité. Bref, le remède souverain à l'insupportable mièvrerie spielbergienne de A.I. (2001).

Je n'ai pas vu Transcendence, ni A.I. donc je ne pourrais pas trop comparer. Je n'ai pas aimé Chappie, donc il n'y avait pas grand chose à "surclasser" pour moi...
Her est un excellent film, un de mes préférés parmi ceux que j'ai découvert ce week-end. Il arrive à parler de sentiments avec une grande pudeur, sans voyeurisme. C'est assez rare pour être apprécié ! Et effectivement, il parle d'IA de manière intelligente, sans jugement ni alarmisme.
Un film honnête, qui laisse le spectateur tirer ses propres conclusions. Ça aussi c'est d'une rareté appréciable.
Le seul truc avec ce film, c'est l'omniprésence de la commande vocale... Alors qu'en 2013 on savait très bien que c'est un moyen très peu efficace de communiquer avec les machines... Ce qui fait qu'il paraît déjà très daté aujourd'hui. La plupart des gens ont un smartphone qui gère assez bien la commande vocale, pourtant à part pour raconter des idioties et rigoler des réponses, Personne ne l'utilise.
Mais une fois que l'on a accepté ce parti pris du film (c'est quand même plus pratique, cinématographiquement parlant), on se laisse emporter.
Je vais me répéter, mais ça fait énormément de bien de voir un film honnête, intelligent, et dénué de jugements hâtifs.

yrad a écrit :

#17 – I Origins de Mike Cahill (2014) : premier film vraiment structuré et cohérent sur le thème karmique de la réincarnation/métempsychose… hélas sous-représenté dans les productions audiovisuelles (qui se souvient de l'étonnant Audrey Rose de Robert Wise (1977) ?). Nettement moins ambitieux que Cloud Atlas des Wachowski (2012), il n'en est que plus authentique (car bien moins cuistre).

Je comprends que l'on puisse apprécier la tentative de rationalisation de la réincarnation. En ça d'ailleurs le film est bien plus proche de Jupiter Ascending que de de Cloud Atlas. Reste que je n'ai pas du tout aimé l’excès de sentimentalisme qui déborde littéralement de l'écran...

yrad a écrit :

#19 – The Day The Earth Stood Still (Le jour où la Terre s'arrêta) de Scott Derrickson (2008) : un remake qui réussit à rendre universel et intemporel le propos obsolète du film de Robert Wise (1951). Le vrai visage de l'écologisme.

Je l'ai pour ma part trouvé très inférieur à la version d'origine... Mais ce film possède un intérêt particulier, dans le sens où il est très symptomatique de l'évolution du cinéma d'un siècle à l'autre, ou plutôt de ce que le cinéma reflète de l'évolution de nos sociétés occidentales. Voir les deux films l'un après l'autre est particulièrement révélateur.
Individualisme, jugements hâtifs, simplisme des idées, mise en avant des idéologies déistes (ici chrétiennes), culpabilisation et infantilisation du peuple, perte de foi dans les élites, supériorité de l'émotionnel sur le rationnel...
Son visionnage est donc pertinent dans une perspective historique et sociale mais à prendre avec beaucoup de recul. Mais à part ça... Je ne regarde pas de la science-fiction pour retrouver ce que je pourrais voir dans les actualités... Mais pour élargir mes horizons de pensée... En cela le film échoue lamentablement là où la version de Robert Wise appelait à une vraie réflexion... (Par exemple : Une paix imposée de force peut elle vraiment être qualifiée de paix ?).

yrad a écrit :

#20 – Europa Report de Sebastián Cordero (2013) : quand l'astronautique devient la téléréalité de demain. Une hard SF sans concession qui agace intelligemment le spectateur d'aujourd'hui.

Une merveille ! Clairement mon préféré de mes découvertes de ce week-end ! Un film qui respecte ses parti-pris, tant visuels que narratifs ou scénaristiques. Preuve que réalisme n'est pas synonyme de crasse et de "sombritude" (lol). Une idéologie très "UFP" développé sur la fin, ce qui en fait probablement le film le plus trekkien du siècle après Nemesis.
Encore plus que "Her" il arrive à faire de l'émotion sans exagération, sans grandiloquence inutile ou voyeurisme vulgaire.
Et... Sans grande pompe, sans symbolique simpliste, simplement par sa "façon d'être", Europa Report est un film incroyablement féministe ! Simplement dans son traitement des personnages, entièrement dénués de stéréotypes. Que ce soit par leur caractérisation, ou par le regard que leur porte la caméra ou le scénario. Il s'agit d'humains, d'individus, d'astronautes, de scientifiques avant tout.
J'ai un seul petit reproche à faire, que je mets en spoiler, et que je déconseille vraiment de lire à ceux qui n'ont pas vu le film (Merci au passage de faire attention en "quotant" à ne pas révéler icelui).

Spoiler

L'Alien à la fin, qui ressemble trop aux sentinelles de Matrix, et plus généralement au cliché de "l'alien poulpe", au vu de ce qui était développé dans le film, j'aurais préféré quelque chose de beaucoup plus étrange, beaucoup moins "terrestre"... Mais je comprends très bien l'incroyable difficulté de réussir ce genre de choses...

Toutefois ce n'est rien en regard des innombrables autres qualités du film.

yrad a écrit :

#28 – The Fourth Kind (Phénomènes paranormaux) d'Olatunde Osunsanmi (2009) : le plus convaincant des représentants de ce genre minimaliste – mais viral (et en vogue) – du documenteur d'épouvante. Un bluff intelligent et prégnant parce qu'Olatunde Osunsanmi connait quasiment aussi bien que Chris Carter (The X Files & Millennium) les légendes urbaines qui hantent les milieux ufologiques… On pourrait presque y croire, et d'ailleurs pas mal de spectateurs y ont cru (du moins avant de se renseigner)...

Assez amusant en effet, à noter que le film fricote également avec le genre de l'exorcisme du point de vue de la mise en scène. On remplace les rituels par l'hypnose, mais le principe reste similaire, quoique rationalisé.


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#56 10-08-2015 22:31:43

yrad
admin

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

DrAg0r a écrit :

J'ai profité du week-end pour visionner quelques films du top d'Yrad...

Excellente initiative, DrAg0r, et feedback intéressant (que je rejoins sur nombre de points). Ton enthousiasme pour Europa Report, Her, et même K-PAX fait vraiment plaisir. ok

Je répondrai donc juste aux passages avec lesquels je suis (plus ou moins) en désaccord…

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

#4 – K-PAX de Iain Softley (2001)

Après "cérébrale" je trouve ça un brin exagéré, je n'ai pas eu l'impression que l'on transformait mon inconscient de l'intérieur...

"Cérébrale"… parce que tout se passe uniquement dans la tête du personnage (Prot), et par extension dans celle des spectateurs.
Et la "transformation de l'intérieur" tient au fait que sans la moindre preuve matérielle, sans le moindre gage concret, sans la moindre techno emblématique de la SF, K-PAX réussit pourtant à installer une vraie conviction dans l'esprit du spectateur… relevant presque de l'acte de foi. Or parvenir à faire vivre aux plus sceptiques et aux plus agnostiques (dont je fais partie) l'expérience de la foi (ne fut-ce que le temps d'un film), c'est en effet un bel exemple de "transformation de l'intérieur". wink

DrAg0r a écrit :

La fin du film est assez unique, il n'y a pas de réelle conclusion, mais ce n'est pas une fin ouverte pour autant... Disons que c'est la plus fermée des fins ouvertes que j'ai pu voir...

Preuve que la "transformation" (celle de l'acte de foi) a bien eu lieu dans la tête (la subjectivité) du spectateur, car - objectivement et rationnellement - la fin de K-PAX demeure pourtant à 100% ouverte. En effet, au terme du film, absolument rien ne prouve que cette histoire est vraie et que l'esprit de Prot a vraiment quitté la Terre, puisque ce processus fut exclusivement psychique/immatériel et n'est pas démontrable par les sciences humaines (le corps de Robert Porter n'ayant quant à lui pas bougé).
Le 27 juillet, il n'est pas impossible que Prot / Robert Porter ait été victime d'un AVC ou alors qu'il se soit mis à simuler la catatonie. Si ça se trouve, Robert Porter est "juste" un humain ultra-intelligent, ayant développé des théories innovantes à la pointe de l'astrophysique (parfois le lot des self-made-men marginaux), mais souffrant d'une telle mythomanie qu'elle a engendré une schizophrène aiguë. Prot serait alors la matérialisation de la double personnalité de Robert Porter... Et c'est en croyant lui-même intimement à son histoire super-cohérente de "visite" extraterrestre qu'il aurait réussi, non seulement à convaincre tout le monde par la seule force du témoignage (sans preuve aucune), mais également à assigner son physique et son mental à son "scénario" (c'est ainsi que les schizophrénies extrêmes réussissent à s'apparenter à des cas de "possessions").

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

#7 – Her de Spike Jonze (2013)

Le seul truc avec ce film, c'est l'omniprésence de la commande vocale... Alors qu'en 2013 on savait très bien que c'est un moyen très peu efficace de communiquer avec les machines... Ce qui fait qu'il paraît déjà très daté aujourd'hui. La plupart des gens ont un smartphone qui gère assez bien la commande vocale, pourtant à part pour raconter des idioties et rigoler des réponses, Personne ne l'utilise.

Au contraire, la commande vocale demeure le meilleur moyen de communiquer avec les machines, du moins dans le cadre d'une émulation des interactions sociales. Puisque la voix reste le mode de communication le plus naturel, le plus viscéral, et le plus charnel entre humains… et donc entre humains et IA (conçues par et pour l'homme). C'est bien pour ça que l'interfaçage vocal se partage (avec l'IND) la part du lion en recherche IHM contemporaine, et qu'il demeure au centre des SF d'anticipation les plus crédibles (de 2001 à Star Trek).
Mais l'usage de la voix à des fins d'anthropomorphisme, de sociabilité naturelle, et de convivialité n'interdit en rien l'usage en parallèle d'autres interfaces informatiquement/techniquement plus performantes (comme le montre aussi bien Her que Star Trek).

Quant aux commandes vocales des smartphones, je m'en sers tout de même pas mal, à l'instar d'une partie de mon entourage (c'est super pratique dans certains contextes, par exemple au volant).
Mais le public s'en servirait bien davantage s'il s'agissait de vraie IA résidente (comme dans Her), et pas seulement d'une collection de réponses préenregistrées téléchargeables (quand bien même parfois humoristiques).

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

#17 – I Origins de Mike Cahill (2014)

Je comprends que l'on puisse apprécier la tentative de rationalisation de la réincarnation. En ça d'ailleurs le film est bien plus proche de Jupiter Ascending que de de Cloud Atlas.

Pas vraiment. Car si ces trois films matérialisent la réincarnation par un fil d'Ariane plus ou moins tangible, dans les deux films des Wachowski, ledit fil est carrément un câble grossier : dans Jupiter Ascending, il s'agit du génome ; et dans Cloud Atlas c'est carrément le corps physique qui se retrouve intact vies après vies (via des interprètes communs). Alors que dans I Origins, le fil d'Ariane est beaucoup plus ténu (à savoir l'iris de l'œil, réputé être le miroir de l'âme), et sa pertinence n'est de toute façon pas supposée prouvée dans le film.
En outre, Jupiter Ascending n'offre aucune réflexion philosophique sur la question (la "réincarnation" y est surtout un gimmick au service d'une intrigue dynastique de palais), et Cloud Atlas institutionnalise de façon totalitaire la réincarnation (à la façon d'une révélation établie et incontestable).
Tandis qu'à l'inverse, I Origins réunit dans un même film les plus intéressants questionnements métaphysiques sans pour autant se laisser aller à asséner une quelconque réponse définitive. Le meilleur des deux mondes en somme.

DrAg0r a écrit :

Reste que je n'ai pas du tout aimé l’excès de sentimentalisme qui déborde littéralement de l'écran...

A croire que nous n'avons pas vu le même film... vu comment j'ai horreur du sentimentalisme ! tongue
Pour ma part, j'ai justement été frappé par l'extraordinaire pudeur (presque bermanienne !) de I Origins, qui aborde avec une imperturbable distanciation des sujets qui se prêtaient pourtant aux pires manipulations émotionnelles spielberguiennes. Néanmoins, pour être à la hauteur de son propos, il appartenait tout de même à ce long métrage de restituer les pics émotionnels intenses par lesquels sont passés les personnages, de la mort ultra-gore de Sofi... aux éventuelles "retrouvailles" (?) par-delà les vies. Et comment ne pas être frappé par la maturité de la relation entre Karen et Ian, littéralement un amour rationnel, aux antipodes de ce que Hollywood tente habituellement de nous vendre.
Tout au plus, le seul et unique reproche que je pourrais adresser à I Origins (parce qu'il n'existe pas de film parfait), ce sont ses deux minutes musicales finales qui n'étaient pas nécessaires (et qui flirtent avec le mélo). Le film aurait conservé son ton général assez froid - ou plus exactement neutre - s'il s'était achevé brutalement par la découverte du trauma de Salomina...
Mais si l'on fait abstraction de cette possible micro-fausse note (?) finale, I Origins est un film indépendant qui sort vraiment du lot. Il offre - dans le sillage de la série The X Files - un fascinant parcours introspectif balloté entre les pôles du scepticisme et de la foi, porté par des dialogues (scientifiques & philosophiques) très solides et une absence totale de dogmatisme. Somme toute, l'antithèse de The Tree Of Life de Terrence Malick (2011).

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

#19 – The Day The Earth Stood Still (Le jour où la Terre s'arrêta) de Scott Derrickson (2008)

Je l'ai pour ma part trouvé très inférieur à la version d'origine... Mais ce film possède un intérêt particulier, dans le sens où il est très symptomatique de l'évolution du cinéma d'un siècle à l'autre, ou plutôt de ce que le cinéma reflète de l'évolution de nos sociétés occidentales. Voir les deux films l'un après l'autre est particulièrement révélateur.

Je ne nie pas les qualités de forme du film de Robert Wise (1951) : mise en scène et ambiance dignes du grand Alfred Hitchcock (que j'adore), et tout premier alien positif (ou presque) de la SF audiovisuelle (le Klaatu interprété par Michael Rennie étant l'une des sources d'inspiration du Spock imaginé par Roddenberry).
Mais alors le propos de fond y est à pisser de rire ! Comme si une vaste civilisation extraterrestre technologiquement hyper-avancée pouvait se considérer menacée dans sa sécurité par la découverte de la fission nucléaire par les Terriens, alors que ceux-ci n'ont pas dépassé le stade des voyages orbitaux (et que leur seul horizon d'exploration spatial se limite à la Lune). ko
La dialectique nombriliste du premier The Day The Earth Stood Still est surtout le témoignage de la monstrueuse arrogance étatsunienne du début des années 50, pour qui la seule possession de la Bombe A (puis H) était supposée conférer à la Terre une importance géopolitique de portée galactique ! C'était encore plus vaniteux que le scientisme julesvernien, et ça fait juste pitié avec plus d'un demi-siècle de recul. damn

DrAg0r a écrit :

Individualisme, jugements hâtifs, simplisme des idées, mise en avant des idéologies déistes (ici chrétiennes), culpabilisation et infantilisation du peuple, perte de foi dans les élites, supériorité de l'émotionnel sur le rationnel...

Au contraire, la version de Scott Derrickson prend le contrepied des idéologies déistes et tout particulièrement de la théologie chrétienne. Car dans le judéo-christianisme, la Création est dédiée à l'Homme. Pourvu que l'humain respecte quelques commandements (essentiellement vénérer son créateur et plus ou moins respecter les autres humains), la Terre et la nature lui sont littéralement offertes en pâture (c'est particulièrement flagrant dans le Livre de la Genèse). Et c'est de cette proposition que résultent – entre autres – le géocentrisme que l'église catholique a tant sacralisé au Moyen-Age… et le peu de cas que les monothéismes "du Livre" font de la condition animale.
Alors que le The Day The Earth Stood Still de 2008 est porté par l'idéologie la plus opposée qui soit au judéo-islamo-christianisme, à savoir l'écologisme le plus radical. Une vision où non seulement l'univers n'a pas été créé pour l'homme, où en outre l'homme n'a aucune place centrale dans l'univers, mais où carrément l'homme est jugé très secondaire – voire dispensable – par rapport au règne de la nature. Et suivant cette logique, à partir du moment où des extraterrestres ultra-écolos estiment que l'humanité est devenue une vraie plaie pour l'écosystème Terre, ils n'ont aucun scrupule à la faire disparaître. C'est ça la proposition du film et toute son audace. Et cette démonstration de relativisme à l'échelle de l'univers rime avec un vrai nihilisme à l'échelle de l'humanité.

Alors évidemment, pour éviter une fin apocalyptique sans appel (du genre Melancholia), le film de Derrickson s'est ensuite débrouillé pour commuer la sanction génocidaire implacable... en rendant le "bourreau" Klaatu vulnérable aux émotions humaines (mais selon un mécanisme d'incarnation qui n'est pas sans rappeler ST TOS 02x21 By Any Other Name et ST VOY 05x04 In The Flesh – en somme rien que du classique trekkien… et non pas chrétien ou alors seulement dans la version de Nikos Kazantzakis / Martin Scorsese).
Néanmoins, les "leçons écologistes" délivrées à la fin du remake de Scott Derrickson, tout enracinées qu'elles soient dans l'actualité des nombreux sommets sur l'environnement, sont appelées à demeurer très longtemps valides et possèdent une vraie dimension systémique envers l'industrialisation et l'exploitation no limit d'une planète par une espèce dominante. Alors que la durée de validité des piètres "leçons de morale" de l'original de 1951 ne dépassait guère les premières années de guerre froide USA/CCCP.
Dans une certaine mesure, The Day The Earth Stood Still millésimé 2008 s'inscrit dans la même philosophie que Star Trek IV The Voyage Home : une petite (ou une grande) leçon d'humilité et de relativisme… dans un univers où la Terre se révèle finalement ne pas être la propriété exclusive de l'humanité.

DrAg0r a écrit :

Son visionnage est donc pertinent dans une perspective historique et sociale mais à prendre avec beaucoup de recul. Mais à part ça... Je ne regarde pas de la science-fiction pour retrouver ce que je pourrais voir dans les actualités... Mais pour élargir mes horizons de pensée...

Mais justement, le film de Derrickson parvient à rendre largement intemporelle l'actualité de son époque alors que le film de Wise en est totalement prisonnier.
La version de 1951 dénonçait à la base l'étroitesse d'esprit parano qui sévissait aux USA durant l'administration Truman (et en ce sens il est le prolongement direct de l'actualité de son époque). Hélas, il a eu l'immaturité de lui opposer un paradigme d'arrogance qui ne réussissait pas davantage à dépasser la doxa de son époque (une humanité post-WW2 capable d'inquiéter des aliens rolleyes).
C'était littéralement la vanité étatsunienne qui répondait à l'actu étasunienne. lol

DrAg0r a écrit :

En cela le film échoue lamentablement là où la version de Robert Wise appelait à une vraie réflexion... (Par exemple : Une paix imposée de force peut elle vraiment être qualifiée de paix ?).

"Une paix imposée de force peut-elle vraiment être qualifiée de paix ?" est davantage une réflexion que le spectateur d'aujourd'hui projette dans ce film qu'une réflexion contenue dans le film lui-même (plutôt pauvre sur ce plan).
Et pour ma part, je n'ai guère besoin du film obsolète de Wise pour y réfléchir. L'Histoire de l'humanité et la bonne SF y suffisent pleinement...
La paix ne postule pas forcément une profession de foi, c'est d'abord un état de fait par-delà son mode d'obtention. Il existe dans toutes les sociétés des groupes, des obédiences, des intérêts belliqueux, mais l'objectif des structures matures ou humanistes est justement de réussir à contenir ou transcender ce prolongement violent de la politique… Et si la paix représente vraiment une finalité et un idéal, elle ne vise pas à obtenir une unanimité d'adhésions individuelles, mais à empêcher les guerres par presque n'importe quel moyen, via des engagements, des persuasions, des négociations, des équilibres, des pressions... Le blocage imposé par les Organians à la fin de ST TOS 01x27 Errand Of Mercy ne réduit en rien la réalité et la valeur de la paix ainsi obtenue entre l'UFP et le KE.


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#57 12-08-2015 10:19:11

DrAg0r
Dra'ghoH

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

yrad a écrit :

"Cérébrale"… parce que tout se passe uniquement dans la tête du personnage (Prot), et par extension dans celle des spectateurs.
Et la "transformation de l'intérieur" tient au fait que sans la moindre preuve matérielle, sans le moindre gage concret, sans la moindre techno emblématique de la SF, K-PAX réussit pourtant à installer une vraie conviction dans l'esprit du spectateur… relevant presque de l'acte de foi. Or parvenir à faire vivre aux plus sceptiques et aux plus agnostiques (dont je fais partie) l'expérience de la foi (ne fut-ce que le temps d'un film), c'est en effet un bel exemple de "transformation de l'intérieur". wink

Je n'avais pas compris ta phrase dans se sens là en effet.

yrad a écrit :

Preuve que la "transformation" (celle de l'acte de foi) a bien eu lieu dans la tête (la subjectivité) du spectateur, car - objectivement et rationnellement - la fin de K-PAX demeure pourtant à 100% ouverte. En effet, au terme du film, absolument rien ne prouve que cette histoire est vraie et que l'esprit de Prot a vraiment quitté la Terre, puisque ce processus fut exclusivement psychique/immatériel et n'est pas démontrable par les sciences humaines (le corps de Robert Porter n'ayant quant à lui pas bougé).
Le 27 juillet, il n'est pas impossible que Prot / Robert Porter ait été victime d'un AVC ou alors qu'il se soit mis à simuler la catatonie. Si ça se trouve, Robert Porter est "juste" un humain ultra-intelligent, ayant développé des théories innovantes à la pointe de l'astrophysique (parfois le lot des self-made-men marginaux), mais souffrant d'une telle mythomanie qu'elle a engendré une schizophrène aiguë. Prot serait alors la matérialisation de la double personnalité de Robert Porter... Et c'est en croyant lui-même intimement à son histoire super-cohérente de "visite" extraterrestre qu'il aurait réussi, non seulement à convaincre tout le monde par la seule force du témoignage (sans preuve aucune), mais également à assigner son physique et son mental à son "scénario" (c'est ainsi que les schizophrénies extrêmes réussissent à s'apparenter à des cas de "possessions").

C'est à l'envers que j'ai vu les choses, d'où l'aspect "fermé" de cette fin ouverte. En effet la seconde option semble être de loin la plus probable. S'il était capable de transporter Bess physiquement, il aurait dû également être capable de transporter son propre corps.
L'hypothèse du transport "mental" reste vaguement possible et l'on doit sûrement pouvoir argumenter longuement pour la soutenir, mais l'ouverture laissée reste extrêmement restreinte.

yrad a écrit :

Au contraire, la commande vocale demeure le meilleur moyen de communiquer avec les machines, du moins dans le cadre d'une émulation des interactions sociales. Puisque la voix reste le mode de communication le plus naturel, le plus viscéral, et le plus charnel entre humains… et donc entre humains et IA (conçues par et pour l'homme).

Dans le cadre d'une émulation sociale oui, mais pas pour accéder à des fonctionnalités. Or au début du film, c'est l'usage qui en est fait.

yrad a écrit :

C'est bien pour ça que l'interfaçage vocal se partage (avec l'IND) la part du lion en recherche IHM contemporaine, et qu'il demeure au centre des SF d'anticipation les plus crédibles (de 2001 à Star Trek).
Mais l'usage de la voix à des fins d'anthropomorphisme, de sociabilité naturelle, et de convivialité n'interdit en rien l'usage en parallèle d'autres interfaces informatiquement/techniquement plus performantes (comme le montre aussi bien Her que Star Trek).

Her le montre assez peu justement. Les fonctions tactiles des smartphones sont très très peu utilisées. Contrairement à Star Trek justement (tablettes et terminaux).

yrad a écrit :

Quant aux commandes vocales des smartphones, je m'en sers tout de même pas mal, à l'instar d'une partie de mon entourage (c'est super pratique dans certains contextes, par exemple au volant).

C'est peut être une question de milieu social. Que ce soit dans mon entourage proche ou lointain, ou dans les lieux public, c'est un usage que je ne constate pas, en dehors de vaines tentatives de frimes, ou d'usage à des fins ludiques. (Les premières se transformant souvent en les secondes, face au manque d'efficience du procédé).

yrad a écrit :

Mais le public s'en servirait bien davantage s'il s'agissait de vraie IA résidente (comme dans Her), et pas seulement d'une collection de réponses préenregistrées téléchargeables (quand bien même parfois humoristiques).

Possible, c'est de toute façon de l'extrapolation et ce n'est pas cette partie là que je reprochais à Her.

yrad a écrit :

Pas vraiment. Car si ces trois films matérialisent la réincarnation par un fil d'Ariane plus ou moins tangible, dans les deux films des Wachowski, ledit fil est carrément un câble grossier : dans Jupiter Ascending, il s'agit du génome ; et dans Cloud Atlas c'est carrément le corps physique qui se retrouve intact vies après vies (via des interprètes communs). Alors que dans I Origins, le fil d'Ariane est beaucoup plus ténu (à savoir l'iris de l'œil, réputé être le miroir de l'âme), et sa pertinence n'est de toute façon pas supposée prouvée dans le film.
En outre, Jupiter Ascending n'offre aucune réflexion philosophique sur la question (la "réincarnation" y est surtout un gimmick au service d'une intrigue dynastique de palais), et Cloud Atlas institutionnalise de façon totalitaire la réincarnation (à la façon d'une révélation établie et incontestable).

Ce n'était pas mon propos, simplement que Cloud Atlas ne tente pas de rationaliser la métempsychose, même de façon simpliste. Ce que fait tout de même Jupiter Ascending (quand bien même ce ne serait qu'un gimmick). Ce n'est de toute façon pas là l'intérêt que peuvent présenter ces deux films à mes yeux.
Je tentais simplement de pousser et de préciser la comparaison.

yrad a écrit :

Tandis qu'à l'inverse, I Origins réunit dans un même film les plus intéressants questionnements métaphysiques sans pour autant se laisser aller à asséner une quelconque réponse définitive. Le meilleur des deux mondes en somme.

Je ne suis pas d'accord, même si le film s'ancre dans le réalisme, et s'entoure d'un semblant de démarche scientifique rationaliste, la scène de la fin est sans équivoque concernant la réponse donnée par le film (à la fois par sa force symbolique et dramaturgique, que par ses implications concrètes).
Quand au fameux "test" supposé démystifier légèrement le concept, il est réalisé avec une absence totale de rigueur. La caméra et le jeu d'acteur ne faisant rien pour le cacher d'ailleurs : L’état d’excitation du couple, et l’état de stress de la gamine sont parfaitement soulignés. (Un truc pareil ça devrait se faire en double aveugle).
Pour moi, que ce soit en terme scénaristique, ou dramaturgique, le film donne sa réponse.

yrad a écrit :

A croire que nous n'avons pas vu le même film... vu comment j'ai horreur du sentimentalisme ! tongue

Oui, c'est exactement ce que je me suis dis en faisant le constat lors du visionnage.

yrad a écrit :

Pour ma part, j'ai justement été frappé par l'extraordinaire pudeur (presque bermanienne !) de I Origins, qui aborde avec une imperturbable distanciation des sujets qui se prêtaient pourtant aux pires manipulations émotionnelles spielberguiennes.

N'ayant pas vu A.I. je n'ai pas eu de point de comparaison.

yrad a écrit :

Néanmoins, pour être à la hauteur de son propos, il appartenait tout de même à ce long métrage de restituer les pics émotionnels intenses par lesquels sont passés les personnages, de la mort ultra-gore de Sofi... aux éventuelles "retrouvailles" (?) par-delà les vies.

Je comprends, mais le film reste beaucoup trop centré sur les histoires d'amour de Ian à mon goût...

yrad a écrit :

Et comment ne pas être frappé par la maturité de la relation entre Karen et Ian, littéralement un amour rationnel, aux antipodes de ce que Hollywood tente habituellement de nous vendre.

Effectivement c'est appréciable, mais c'est très peu mis en avant.

yrad a écrit :

I Origins est un film indépendant qui sort vraiment du lot.

Oui, même si je n'ai pas accroché; je dois le reconnaitre.

yrad a écrit :

Mais alors le propos de fond y est à pisser de rire ! Comme si une vaste civilisation extraterrestre technologiquement hyper-avancée pouvait se considérer menacée dans sa sécurité par la découverte de la fission nucléaire par les Terriens, alors que ceux-ci n'ont pas dépassé le stade des voyages orbitaux (et que leur seul horizon d'exploration spatial se limite à la Lune). ko
La dialectique nombriliste du premier The Day The Earth Stood Still est surtout le témoignage de la monstrueuse arrogance étatsunienne du début des années 50, pour qui la seule possession de la Bombe A (puis H) était supposée conférer à la Terre une importance géopolitique de portée galactique ! C'était encore plus vaniteux que le scientisme julesvernien, et ça fait juste pitié avec plus d'un demi-siècle de recul. damn

Pour moi ce n'est qu'un point de départ et ce n'est pas là que se situe le propos du film.
La maitrise de l'arme nucléaire est très peu évoquée, contrairement à l'aspect belliqueux de l'humanité. D'autre part la venue de Klaatu est moins motivée par une crainte immédiate, que par la volonté d'offrir à l'humanité une Pax Romana qu'elle soit consentie ou forcée.
Au reste, rien n’empêche de penser qu'ils s'y prennent longtemps en avance, quand leur supériorité est encore écrasante, de manière à faciliter les choses pour tout le monde.

yrad a écrit :

Au contraire, la version de Scott Derrickson prend le contrepied des idéologies déistes et tout particulièrement de la théologie chrétienne. Car dans le judéo-christianisme, la Création est dédiée à l'Homme. Pourvu que l'humain respecte quelques commandements (essentiellement vénérer son créateur et plus ou moins respecter les autres humains), la Terre et la nature lui sont littéralement offertes en pâture (c'est particulièrement flagrant dans le Livre de la Genèse). Et c'est de cette proposition que résultent – entre autres – le géocentrisme que l'église catholique a tant sacralisé au Moyen-Age… et le peu de cas que les monothéismes "du Livre" font de la condition animale.
Alors que le The Day The Earth Stood Still de 2008 est porté par l'idéologie la plus opposée qui soit au judéo-islamo-christianisme, à savoir l'écologisme le plus radical. Une vision où non seulement l'univers n'a pas été créé pour l'homme, où en outre l'homme n'a aucune place centrale dans l'univers, mais où carrément l'homme est jugé très secondaire – voire dispensable – par rapport au règne de la nature. Et suivant cette logique, à partir du moment où des extraterrestres ultra-écolos estiment que l'humanité est devenue une vraie plaie pour l'écosystème Terre, ils n'ont aucun scrupule à la faire disparaître. C'est ça la proposition du film et toute son audace. Et cette démonstration de relativisme à l'échelle de l'univers rime avec un vrai nihilisme à l'échelle de l'humanité.

C'est effectivement un aspect qu'il est possible de voir dans le film. Reste l'omniprésence à la fois dans la réalisation que dans les dialogues de la symbolique chrétienne. De la deuxième naissance christique de néo-klaatu à l'obsession de l'apocalypse, du jugement dernier, du déluge, et littéralement de l'arche de Noé...
La relativisation de l'importance de l'homme face à la "nature" reste très secondaire, et est même annihilée par la fin (comme tu le reconnais toi même dans la suite de ton post). Et cette dernière est selon moi bien plus due à la récupération marketing de la thématique écologique du moment, qu'à une réelle volonté de relativisme. Là où l'on s'amuse à culpabiliser les moutons impuissants et inorganisés, plutôt que de pointer l'absence totale de prise de responsabilité réelle de ceux qui ont le réel pouvoir de changer.

yrad a écrit :

La version de 1951 dénonçait à la base l'étroitesse d'esprit parano qui sévissait aux USA durant l'administration Truman

Alors c'était peut être le but initial, mais ce n'est pas ce que j'ai vu dans le film. D'ailleurs le remake de 2008 montre bien plus un pouvoir politique paranoïaque complétement fermé d'esprit que le film d'origine, où l'administration tente de se montrer de bonne volonté, mais ne peut que se résigner face à son incapacité à communiquer avec les autres états.
C'est ce que pointe le film selon moi, l'énorme problème de communication du pouvoir politique. Klaatu se tourne ensuite vers les scientifiques, dont le rationalisme et l'ouverture nécessaire à leur profession en fait bien mieux, selon lui, les représentants du genre humain. (À tord ou à raison).

yrad a écrit :

"Une paix imposée de force peut-elle vraiment être qualifiée de paix ?" est davantage une réflexion que le spectateur d'aujourd'hui projette dans ce film qu'une réflexion contenue dans le film lui-même (plutôt pauvre sur ce plan).
Et pour ma part, je n'ai guère besoin du film obsolète de Wise pour y réfléchir. L'Histoire de l'humanité et la bonne SF y suffisent pleinement...

Bien entendu, je n'ai donné ceci qu'en exemple, le film de Robert Wise en ouvre un paquet pour peu que l'on s'y penche un peu. Mais c'est pourtant la question que vont devoir se poser les scientifiques représentants la Terre à la fin du film. Qui reste au passage, ouvert justement. Là où le remake de 2008 ne fait qu'apporter des réponses tellement pré-construites qu'elles en deviennent des leçons de morale. (Les humains, vous êtes méchants avec votre environnement, mais c'est pas grave parce que vous serez sauvés par le pouvoir de l'amour).


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Hors ligne

#58 13-08-2015 09:46:27

yrad
admin

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

DrAg0r a écrit :

C'est à l'envers que j'ai vu les choses, d'où l'aspect "fermé" de cette fin ouverte. En effet la seconde option semble être de loin la plus probable. S'il était capable de transporter Bess physiquement, il aurait dû également être capable de transporter son propre corps.
L'hypothèse du transport "mental" reste vaguement possible et l'on doit sûrement pouvoir argumenter longuement pour la soutenir, mais l'ouverture laissée reste extrêmement restreinte.

Tu es l'un des seuls que je connaisse à avoir plutôt penché du côté de cette interprétation. D'après ce que j'ai pu voir, même les plus sceptiques continuent généralement à croire à l'histoire de Prot en dépit du fait que son corps physique soit resté sur Terre. C'est le fameux "I Want To Believe" de l'agent Fox Mulder. lol
Réaction intéressante de ta part. wink

DrAg0r a écrit :

Dans le cadre d'une émulation sociale oui, mais pas pour accéder à des fonctionnalités. Or au début du film, c'est l'usage qui en est fait.
(…)
Her le montre assez peu justement. Les fonctions tactiles des smartphones sont très très peu utilisées. Contrairement à Star Trek justement (tablettes et terminaux).

Her le montre en effet peu (mais tout de même un minimum), car ce n'est pas le propos de ce film (au contraire d'une série TV comme ST qui explore durablement toutes les facettes de son univers d'anticipation).
L'objectif de Her était uniquement d'étudier les IA lorsque - grâce à une parfaite émulation voire compréhension de la psyché humaine - elles réussissent à nouer des relations intimes avec les humains au moyen de l'interface de communication la plus naturelle pour eux.

DrAg0r a écrit :

C'est peut être une question de milieu social. Que ce soit dans mon entourage proche ou lointain, ou dans les lieux public, c'est un usage que je ne constate pas, en dehors de vaines tentatives de frimes, ou d'usage à des fins ludiques. (Les premières se transformant souvent en les secondes, face au manque d'efficience du procédé).

Tu pointes le problème dans ta parenthèse : c'est bien le manque d'efficience de cette interface qui limite son usage, et non le paradigme de l'interface en lui-même.
C'est pour ça qu'il ne faut pas conclure dès à présent que les interfaces vocales sont sans avenir. Les principaux acteurs de la partie ne consacreraient pas sinon de tels budgets à améliorer sans cesse Siri, Google Now, Cortana, etc…
Après, il restera probablement toujours des contextes où le tactile (voire un jour la "télépathie" de l'IND ?) sera préféré au vocal pour des questions de discrétion (comme dans les lieux publics).
Mais au jour d'aujourd'hui, je constate que les usagers qui se servent le plus volontiers des interfaces vocales (en dépit de toutes leurs limitations actuelles) sont plutôt ceux qui ne s'y connaissent pas trop en informatique ou alors qui ne veulent pas se prendre la tête (une vision "très Apple" du terminal).
En tant que geek assumé, je pourrais donc faire figure d'exception... Si ce n'est que je me suis toujours imposé de tester à fond toutes les fonctionnalités des matériels, et j'ai finalement découvert que les interfaces vocales – même en l'état – pouvaient rendre bien des services lorsque les mains sont prises ou dans le cadre d'activités multitâches. Comme pour beaucoup de choses, c'est une question d'habitude, de pli à prendre.

DrAg0r a écrit :

Ce n'était pas mon propos, simplement que Cloud Atlas ne tente pas de rationaliser la métempsychose, même de façon simpliste.

En effet, puisque Cloud Atlas n'a jamais même considéré l'étape de la rationalisation et/ou de la recherche scientifique… Il s'est directement projeté au stade de la vérité admise et incontestable, assénée sans appel par l'omniscience de la mise en scène (et de l'auteur).
Cloud Atlas des Wachowski (2012) est envers l'existence de la réincarnation ce que The Ten Commandments (Les dix commandements) de Cecil B. DeMille (1956) est envers l'existence de dieu.

DrAg0r a écrit :

Je ne suis pas d'accord, même si le film s'ancre dans le réalisme, et s'entoure d'un semblant de démarche scientifique rationaliste, la scène de la fin est sans équivoque concernant la réponse donnée par le film (à la fois par sa force symbolique et dramaturgique, que par ses implications concrètes).
Quand au fameux "test" supposé démystifier légèrement le concept, il est réalisé avec une absence totale de rigueur. La caméra et le jeu d'acteur ne faisant rien pour le cacher d'ailleurs : L’état d’excitation du couple, et l’état de stress de la gamine sont parfaitement soulignés. (Un truc pareil ça devrait se faire en double aveugle).
Pour moi, que ce soit en terme scénaristique, ou dramaturgique, le film donne sa réponse.

Bien entendu que Ian et Karen sont "excités" (sans perdre toutefois leur belle équanimité), non seulement parce qu'il s'agit de leur terrain de recherche perso (dans lequel ils ont investis sans compter leurs fonds privés), mais également parce que cela touche potentiellement à l'ontologie de Sofi dont Ian n'est jamais parvenu à se détacher émotionnellement (raison pour laquelle il est parti en Inde à contrecœur).
Et c'est justement toute l'honnêteté intellectuelle du film de n'avoir pas cherché à dissimuler l'implication personnelle des personnages, au demeurant extrêmement représentatifs de cette frange de chercheurs universitaires passionnés et pour qui certains objectifs prédéterminés sont le moteur même de leur vocation (j'en connais plein dans ce cas et ils sont l'honneur d'une profession qui n'est heureusement pas composée uniquement de "machines" indifférentes).
Pour autant, cela n'induit aucun manque de rigueur dans la méthodologie rationnelle ni d'orientation insidieuse des résultats (si facile pourtant pour les statisticiens sans scrupules)… comme le confirme justement l'issue négative (attestée formellement par Karen) du test sur Salomina - les stats randomisées de référence se substituant au double aveugle. Aucune raison de douter qu'en cas d'issue positive, d'autres tests plus approfondis aurait été réalisés dans un contexte dépersonnalisé et en présence d'autres scientifiques.

Et si la scène de fin est effectivement sans équivoque… elle ne l'est que sur le terrain du ressenti personnel de Ian. Le trauma de Salomina a directement interpellé le trauma de Ian, et c'est par ce type de connexions que se matérialisent justement les convictions intimes, les actes de foi, tout ce que la science ne saurait objectivement confirmer.
Mais rationnellement, la scène finale ne change pas grand chose à l'issue négative de l'étude. Car le trauma de Salomina – aussi parlant qu'il soit pour Ian (étant donné ce qu'il a vécu) - n'est rien de plus qu'une entrée parmi tant d'autres, insuffisante pour changer la donne.
La conclusion de I Origins baigne au fond dans la même ambivalence ironique que celle de l'immense film de SF Contact de Carl Sagan / Robert Zemeckis (1997) : le libre-penseur pyrrhoniste Ian se retrouve finalement dans la situation de la croyante puérile Sofi (qu'il méprisait tant intellectuellement). Mais de la perspective des sciences, de la "vérité objective", de la reconnaissance officielle, rien de tout ça n'est valide.
Ian a trouvé sa réponse certes… mais pas le film, ni le spectateur. C'est une fin à peu près aussi ouverte que celle de K-PAX.

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

Pour ma part, j'ai justement été frappé par l'extraordinaire pudeur (presque bermanienne !) de I Origins, qui aborde avec une imperturbable distanciation des sujets qui se prêtaient pourtant aux pires manipulations émotionnelles spielberguiennes.

N'ayant pas vu A.I. je n'ai pas eu de point de comparaison.

Je n'opposais pas I Origins à A.I. mais à l'ensemble du cinéma grand-public de Spielberg (le pénible CEOTTK en tête), et par extension à une grande partie du cinéma mainstream hollywoodien... qui me sort par les yeux par son sentimentalisme (justement) et ses manipulations émotionnelles en tous genres. Une bonne partie de mon Top 30 (dont I Origins) prend le contrepied de cette tendance étouffante et offre de vraies bouffées d'air frais.

DrAg0r a écrit :

Effectivement c'est appréciable, mais c'est très peu mis en avant.

C'est tout de même très perceptible durant les deux derniers tiers du film. Ce n'est certes pas l'objet principal de I Origins, mais vu que Karen et Ian sont tout de même les deux protagonistes principaux du film, et qu'ils réussissent à développer une vraie relation intellectuelle et heuristique d'égal à égal… tout en étant mariés, cela confère au contexte un belle singularité psychologique.

DrAg0r a écrit :

mais le film reste beaucoup trop centré sur les histoires d'amour de Ian à mon goût...

Le film ne porte son attention que sur une seule histoire d'amour, celle de Ian et de Sofi. Mais elle a été traitée au pas de course et sans aucune complaisance (jamais le film ne s'est vraiment attardé dessus ni ne s'est contemplé le nombril au contraire de la plupart des comédies sentimentales). L'histoire entre Ian et Sofi était en outre indispensable pour enraciner l'implication personnelle dans les recherches scientifiques résultantes.
En revanche, "l'histoire d'amour" entre Ian et Karen n'en est pas une au sens conventionnel. Elle représente même la parfaite antithèse de la première, puisqu'elle réussit à rationaliser l'attachement affectif jusqu'à le dépasser (dans le cadre du propos du film)…

DrAg0r a écrit :
yrad a écrit :

Mais alors le propos de fond y est à pisser de rire ! Comme si une vaste civilisation extraterrestre technologiquement hyper-avancée pouvait se considérer menacée dans sa sécurité par la découverte de la fission nucléaire par les Terriens, alors que ceux-ci n'ont pas dépassé le stade des voyages orbitaux (et que leur seul horizon d'exploration spatial se limite à la Lune). ko
La dialectique nombriliste du premier The Day The Earth Stood Still est surtout le témoignage de la monstrueuse arrogance étatsunienne du début des années 50, pour qui la seule possession de la Bombe A (puis H) était supposée conférer à la Terre une importance géopolitique de portée galactique ! C'était encore plus vaniteux que le scientisme julesvernien, et ça fait juste pitié avec plus d'un demi-siècle de recul. damn

Pour moi ce n'est qu'un point de départ et ce n'est pas là que se situe le propos du film.

Même si l'on considère que le propos du film est situé en aval, le progrès technologique humain résultant de la WW2 et préoccupant les aliens constitue au minimum l'hypothèse de départ, l'argument et le contexte sur lesquels est bâti le propos... expliquant notamment l'arrivée de Klaatu à ce moment-là de l'Histoire humaine et non avant.

DrAg0r a écrit :

La maitrise de l'arme nucléaire est très peu évoquée, contrairement à l'aspect belliqueux de l'humanité. D'autre part la venue de Klaatu est moins motivée par une crainte immédiate, que par la volonté d'offrir à l'humanité une Pax Romana qu'elle soit consentie ou forcée.

Il ne faut pas forcément mesurer l'importance d'un élément par le nombre ou la fréquence d'évocations dans un film. Il suffit d'une réplique bien sentie dans une scène clef pour établir clairement le fond ou la causalité première.
Or dans The Day The Earth Stood Still de 1951, l'une des lignes de dialogue les plus déterminantes se rencontre durant les échanges de Klaatu avec le professeur Jacob Barnhardt (l'humain supposé être le plus mature et ouvert du film) : « You planet has discovered a rudimentary kind of atomic energy. We also know that you're experimenting with rockets. (…) So long as you were limited to fighting among yourselves with your primitive tanks and aricrafts, we were unconcerned. But soon one of your nations will apply atomic energy to spaceships. That will create a threat to the peace and security of other planets. That, of course, we cannot tolerate. (…) I came here to warn you that by threatening danger, your planet faces danger, very grave danger. (…) My mission here is not to solve your petty squabbles. It concerns the existence of every last creature on Earth. (…) I merely tell you that the future of your planet is at stake. (…) I'm afraid there is no alternative. In such a case, the planet Earth would have to be… eliminated. (…) I assure you, such power exists. »
C'est donc bien la découverte de l'énergie nucléaire combinée à l'envoi dans la stratosphère de quelques fusées V2 par la réputée belliqueuse humanité qui inquiète la galaxie… au point de mettre dans la balance son extermination.
Et il est bien question ici de crainte relativement immédiate, puisque Klaatu annonce que bientôt l'une des nations terrienne emploiera l'énergie atomique pour ses vaisseaux spatiaux…

DrAg0r a écrit :

Au reste, rien n’empêche de penser qu'ils s'y prennent longtemps en avance, quand leur supériorité est encore écrasante, de manière à faciliter les choses pour tout le monde.

Certes, s'y prendre longtemps à l'avance pourrait être une hypothèse recevable pour crédibiliser un peu l'argument du film.
Toutefois, ce n'est pas quelque chose que Klaatu dit explicitement ou suggère. Son long discours final respire même plutôt le court terme et l'imminence.
En outre, une véritable anticipation technologique sur le long terme devrait être tout autant assortie d'une anticipation morale et philosophique. Lorsque les humains auront vraiment la capacité de voyager loin dans l'espace (et on savait bien en 1951 que ce ne serait pas pour demain), leur sociologie et leur géopolitique aura de forte chance d'avoir aussi considérablement changé. Mais le film n'envisage aucune forme d'évolution future… autrement qu'imposée par une coercition extérieure. Et ça, c'est la marque même de l'administration Truman et de son aréopage de conseillers.

En revanche, le film de 2008 embarque une puissante réflexion systémique sur l'évolution des espèces sensients que le film de 1951 n'effleure même pas. On trouve dans l'opus de Derrickson de nombreuses notions au cœur de la SF littéraire : tous les fondements épistémologiques de la Prime Directive (une premier contact avec une civilisation plus avancée ne permet pas à une civilisation moins avancée de survivre en tant que telle), la violence innée de l'évolution qui conduisent toutes les espèces sensient à divers points d'autodestruction durant leur histoire (l'homos sapiens ne diffère donc pas fondamentalement des autres), "l'expérience du précipice" qui conduit à des bouleversements fondamentaux (l'unité constructive qui nait de la cause commune), l'extrême rareté dans l'univers de planètes capables d’accueillir le vie (l'antithèse du postulat d'abondance qui préside à ST)…

DrAg0r a écrit :

Reste l'omniprésence à la fois dans la réalisation que dans les dialogues de la symbolique chrétienne. De la deuxième naissance christique de néo-klaatu à l'obsession de l'apocalypse, du jugement dernier, du déluge, et littéralement de l'arche de Noé...

La symbolique appartient davantage au champ de la forme, au même titre que les clichés. Alors que la doctrine ou l'idéologie relèvent du fond.
Alors certes, on peut trouver un peu de symbolique chrétienne dans le film de Derrickson… mais en même temps la symbolique chrétienne (sacrifice de soi pour les autres, résurrection ou retour en gloire, rameau d'olivier, spectre de l'apocalypse…) est aussi omniprésente que le monomythe dans les films imaginaires US, car la doxa US demeure foncièrement chrétienne.

Question symbolique chrétienne au sujet de Klaatu, le premier film fait d'ailleurs plutôt pire. Car en 1951, Klaatu meurt et "ressuscite", puis révèle finalement avoir sacrifié son espérance de vie (puisque sa "résurrection" n'en est pas vraiment une) pour délivrer sans violence ni vengeance son message à l'humanité. Tandis qu'en 2008, la seconde (?) naissance de néo-Klaatu dans un corps humain évoque moins Jésus-Christ (dont la naissance humaine était supposé être la première puisqu'il est réputé être dieu et incréé selon la doctrine chrétienne) qu'un concept de pure SF où des aliens se composent un nouveau corps à la mesure d'un environnement différent (on trouve d'ailleurs ça dans ST avec des épisodes comme ST TOS 02x21 By Any Other Name et ST TNG 02x01 The Child).

Mais ce qui démarque vraiment The Day The Earth Stood Still de 2008 par rapport aux productions US mainstream, c'est qu'il est sur le fond – par son idéologie écologiste – très anti-chrétien, ou plus exactement très a-chrétien.
Quant aux notions judéo-chrétiennes de "jugement dernier", du "déluge", "d'arche de Noé", ce film les détourne avec malice et sans ménagement. En effet, dans le judéo-christianisme, le "jugement dernier" (eschatologie individuelle) se traduit par la manifestation du jugement de Dieu sur les actes et les pensée individuelles de chaque personne, en aucun cas par le châtiment collectif global et indivisible d'une civilisation ou d'une espèce.
Quant au "déluge" de la Bible, il ne visait pas à faire disparaître les humains en tant qu'espèce (ou création) mais à sanctionner ceux (en l'occurrence la très très grande majorité) qui s'étaient totalement détournés des "commandements de Dieu" – commandements qui ne portaient en outre pas sur le respect de la nature ou de l'écosystème.
"L'arche de Noé", enfin, n'avait pas seulement pour fonction de préserver la diversité de la création de dieu, elle devait aussi sauver la vie individuelle des rares humains demeurés pieux, qualifiés de "justes" (la seule famille de Noé dans le Bible, un peu plus de monde dans le Talmud). Le projet de Klaatu lui était strictement écologiste (on sauve l'ADN des espèces animales, mais on ne se préoccupe absolument pas des destins humains individuels).

En fait, le seul des deux films qui fait explicitement la promotion de la doctrine chrétienne, c'est le premier de 1951, lorsque Klaatu évoque explicitement – et au moyen d'une terminologie ultra-judéo-chrétienne – "the Almighty Spirit" (c’est-à-dire en français "le Tout-Puissant") comme seul capable de vraiment ressusciter les morts (sic). Alléluia. mdr

DrAg0r a écrit :

La relativisation de l'importance de l'homme face à la "nature" reste très secondaire, et est même annihilée par la fin (comme tu le reconnais toi même dans la suite de ton post).

La relativisation n'est pas secondaire puisque c'est le propos même du film…. qui vise à donner une leçon d'humilité au nombrilisme humain, en lui montrant que l'homo sapiens n'est pas une espèce essentielle, que la Terre ne lui appartient pas, et qu'icelle est une ressource tellement rare à l'échelle de l'univers que l'homme possède une responsabilité qu'il ne soupçonne même pas. Et tout ça sans faire intervenir dieu, ses commandements, ses valets, ou son ombre.

DrAg0r a écrit :

Et cette dernière est selon moi bien plus due à la récupération marketing de la thématique écologique du moment, qu'à une réelle volonté de relativisme. Là où l'on s'amuse à culpabiliser les moutons impuissants et inorganisés, plutôt que de pointer l'absence totale de prise de responsabilité réelle de ceux qui ont le réel pouvoir de changer.

Développer un scénario en prise avec l'actualité ou les idéologies dominantes du moment n'est pas forcément une récupération marketing. Et quand bien même ce serait le cas, où est le problème ? La récup marketing n'invalide pas en soi la pertinence d'un propos ou d'une idéologie.
Beaucoup d'idées nouvelles, de progrès technologiques, et d'avancées sociales en tous genres s'imposent grâce au relai du lobbying, des effets de mode, et du marketing.
Dans une large mesure, la série Star Trek a été créée en 1964 pour assurer la promotion marketing du programme spatial lancé en 1961/62 par JFK ("We choose to go to the Moon"). Mais cette "récupération commerciale" d'un enjeu géostratégique des sixties n'a pourtant pas empêché TOS d'être une série de SF fondatrice, tout en contribuant à familiariser le public américain avec le paradigme des voyages spatiaux.
Idem pour l'IDIC créé en 1968 par Gene Roddenberry afin de faire du blé avec le merchandising, ce qui n'a pourtant pas empêché the Infinite Diversity in Infinite Combinations de parfaitement symboliser en in-universe toute la philosophie trekkienne.

DrAg0r a écrit :

Alors c'était peut être le but initial, mais ce n'est pas ce que j'ai vu dans le film. D'ailleurs le remake de 2008 montre bien plus un pouvoir politique paranoïaque complétement fermé d'esprit que le film d'origine, où l'administration tente de se montrer de bonne volonté, mais ne peut que se résigner face à son incapacité à communiquer avec les autres états.
C'est ce que pointe le film selon moi, l'énorme problème de communication du pouvoir politique. Klaatu se tourne ensuite vers les scientifiques, dont le rationalisme et l'ouverture nécessaire à leur profession en fait bien mieux, selon lui, les représentants du genre humain. (À tord ou à raison).

Si un vaisseau spatial s'était officiellement posé aux USA devant l'ensemble de la presse et des caméras de TV, il n'y aurait aucune réelle difficulté à réunir les dirigeants de tous les pays de la planète… car ils auraient été les premiers à se bousculer au portillon pour prendre part aux "négociations" (afin de ne pas laisser un pareil monopole aux USA), et cela sans même avoir recourir à une quelconque démonstration de force (quand même impressionnante sans être destructrice).
A l'ère de la médiatisation mondiale et de l'ONU (cas en 1951), l'arrivée de Klaatu était au centre de l'attention planétaire (comme le montre le film dès le début)… et toutes les arguties sur la localisation exacte de la rencontre internationale tiennent de la mauvaise plaisanterie et non d'un problème de com (surtout lorsqu'on sait que les plus puissantes nations d'alors se rencontraient périodiquement – même au pic de la guerre froide - au siège de l'ONU… aux USA).
Il faudrait donc voir dans l'impossibilité de réunir toute les nations à l'occasion d'un pareil évènement historique à valeur de révolution copernicienne… une patente mauvaise volonté (ou double jeu) des USA ! Sauf que tel n'était pas l'intention des auteurs, et du coup le film frise l'incohérence, même rapporté à la géopolitique parano des années 50.
Sans compter que si l'objectif de Klaatu avait vraiment été de délivrer son message simultanément à toutes les nations, il aurait aisément pu le faire par voie médiatique ou par voie d'onde (comme Zod dans Man Of Steel). Un jeu d'enfant pour lui… puisque Klaatu a pu simultanément geler toutes les technologies planétaires (durant 30 minutes) par des moyens inconnus des humains.

A l'inverse, le film de 2008 assume totalement la malveillance US, refusant aux autres nations le droit (pourtant réclamé à cor et à cri) de rencontrer Klaatu, et le soumettant au régime de la rendition (façon CIA). Mais paradoxalement, il existe dans la version de 2008 un contexte qui justifie bien davantage la paranoïa US que dans la version de 1951. Dans le premier film, Klaatu a atterri seul et sans malice au grand jour, son aspect physique était celui d'un WASP bien rassurant, il s'est fait immédiatement entendre par les autorités, et il ne représentait aucune menace immédiate (et pourtant ses demandes n'ont pas été prises en compte, il a été emprisonné puis traqué, tandis que les militaires tentaient de pénétrer dans son vaisseau).
Alors que dans le second film, le vaisseau de Klaatu s'est accompagné de l'arrivée d'une nuée de vaisseaux qui ont atterri partout sur la planète (comment ne pas suspecter une invasion ?), le satellite le plus stratégique de la défense US a été détruit (comme ne pas suspecter le prélude à une attaque ?), l'atterrissage nocturne du vaisseau de Klaatu a été particulièrement nébuleux, et sa première apparence physique n'avait rien d'anthropomorphe (comment ne pas avoir peur lors d'un premier contact, d'où la balle tirée par accident ?).
Quoique moralement tout aussi indéfendable, la paranoïa de 2008 demeure bien plus explicable et cohérente, et l'ensemble des comportements et des flux géopolitiques y gagnent considérablement en réalisme. Du coup, la peinture de l'humanité de 2008 sonne relativement juste alors que celle de 1951 sonnait plutôt faux.

DrAg0r a écrit :

Bien entendu, je n'ai donné ceci qu'en exemple, le film de Robert Wise en ouvre un paquet pour peu que l'on s'y penche un peu.

Un paquet ?!!! A part des truismes, des arrogances datées, ou leçons de patronages, il ne reste plus aucune "réflexion" pertinente dans le film de Wise (1951). J'ai dû le voir une dizaine de fois depuis que je suis gamin, et il me parait plus vide à chaque visionnage. Toujours très plaisant à suivre à pour son ambiance à la fois hitchcockienne et crépusculaire à la Don Siegel et Wolf Rilla (pour ça que je le revois périodiquement), mais alors tellement creux et convenu (voire incohérent) sur le fond…

Certes, lorsque j'étais ado (donc avant la sortie du faux remake de Derrickson), je percevais le The Day The Earth Stood Still de Robert Wise comme une redoutable charge contre le genre humain, tant l'humanité qui y était mise en scène était bassement individualiste, matérialiste, autocentrée, immature, fermée d'esprit, sacrifiant le rationnel à l'émotionnel, et totalement incapable de voir la "big picture". C'était en quelque sorte le "fond" impertinent que je réussissais à trouver dans le film de 1951.
Mais avec le temps et le recul, et plus encore depuis la sortie de la version de 2008, l'humanité dépeinte dans le film de Wise m'apparait tellement puérile et conne que j'y vois davantage une parodie involontaire, une peinture de plus en plus difficile à prendre au sérieux...

DrAg0r a écrit :

Mais c'est pourtant la question que vont devoir se poser les scientifiques représentants la Terre à la fin du film. Qui reste au passage, ouvert justement.

Bof, les scientifiques ont déjà rempli leur rôle puisqu'ils ont permis au deus ex machina de faire son show à la fin (façon Hercule Poirot).

Et de toute façon, l'hallucinant discours de Klaatu aura mis tous les plaideurs d'accord, qu'ils soient scientifiques, politiques, ou militaires :
« The universe grows smaller every day, and the threat of aggression by any group anywhere can no longer be tolerated. There must be security for all, or non one is secure. This does not mean giving up any freedom, except the freedom to act irresponsibly. You ancestors knew this when they made laws to govern themselves, and hired policemen to enforce them. We of the other planets have long accepted this principle. We have an organisation for the mutual protection of all planets, and for the complete elimination of aggression. The test of any such higher authority is, of course, the police force that supports it. For our policemen, we created a race of robots. Their function is to patrol the planets in spaceships like this one, and preserve the peace. In matters of aggression we have given them asbolute power over us. This power cannot be revoked. At the first sign of violence, they act automatically against the aggressor. The penalty for provoking their action is too terrible to risk. The result is, we live in peace, without arms or armies, secure in the knowledge that we are free form aggression and war, free to pursue more profitable enterprises. We do not pretend to have achieved perfection, but we do have a system, and it works. I came here to give you these facts. It is no concern of ours how to run your own planet. But if you threaten to extend your violence, this Earth of yours will be reduced to a burned-out cinder. Your choice is simple. Join us and live in peace, or pursue your present course and face obliteration. We shall be waiting for your answer. The decision rests with you. »

Cette logorrhée semble directement sortir du navet intergalactique Plan 9 From Outer Space d'Ed Wood Jr. (1959). D'un côté, on se gargarise du concept de paix (dans l'acception idéaliste contemporaine et non dans celle de Pax Romana), de l'autre on impose sous la pire des menaces un état policier galactique. On reproche à l'humanité son agressivité guerrière innée, mais en même temps on n'a aucun scrupule à exterminer des espèces entières. On parle de disparition des armées, mais on fait du nominalisme en voulant soumettre toutes les souverainetés à une véritable armée invulnérable d'armes automatisées. On prétend que seule l'exportation de la violence dans le cosmos ne sera pas tolérée, mais on exige que la Terre fasse allégeance dès maintenant à cette organisation galactique. On déclare ne pas vouloir se mêler des affaires internes terriennes pour mieux ignorer la multiplicité et l'insolubilité des contextes qui peuvent conduire à des guerres… ce qui permet de les faire passer pour un atavisme ou un tropisme exclusivement humain, sans comprendre qu'elles ne sont que le prolongement de la politique par d'autres moyens… Et j'en passe…
Au bout du compte, ce speech donne l'impression d'avoir écrit par Harry S. Truman et Joseph R. McCarthy pour exposer leur improbable vision de l'utopie. Un discours foncièrement réac et sécuritaire qui cherche à se faire passer pour humaniste et mature en alignant toutes les contradictions philosophiques possibles. roulette

DrAg0r a écrit :

Là où le remake de 2008 ne fait qu'apporter des réponses tellement pré-construites qu'elles en deviennent des leçons de morale. (Les humains, vous êtes méchants avec votre environnement, mais c'est pas grave parce que vous serez sauvés par le pouvoir de l'amour).

Il ne faut pas confondre le message général que Klaatu délivre en 2008 à l'humanité... et son expérience personnelle (qui l'aura poussé à commuer l'extermination pour avoir été témoin de ce que l'humanité avait de meilleur en elle via Helen Benson, et peut-être davantage encore pour avoir été réceptif à l'analyse philosophique essentielle du prof Barnhardt).
Et heureusement ici, ledit message ne relève pas d'un discours moralisant et incohérent à la fin (façon 1951), mais d'un acte bien plus signifiant : le gel de toutes les technologies humaines, assorti de la terreur pédagogique qui s'est emparée de l'humanité, et du témoignage à venir de quelques personnalités bien placées (Helen Benson, Barnhardt, Regina Jackson…).
Ce n'est donc pas "le pouvoir de l'amour" qui a sauvé les Terriens, mais l'empathie inespérée du bourreau, et plus encore le fait pour l'humanité d'avoir été un instant sur le bord du précipice de l'extermination. Mais ce salut n'a néanmoins rien de définitif, c'est essentiellement un sursis et une mise à l'épreuve. L'épée de Damoclès est toujours bien là. Seule la prise de conscience de l'extrême rareté des planètes de classe M et une véritable métamorphose épistémologique pourront à terme sauver le genre humain…
Soit encore une belle fin ouverte, car l'avenir de l'humanité demeure indécidé (à l'image du "gel technologique" final qui peut être aussi bien temporaire que définitif).


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

Hors ligne

#59 24-08-2015 13:52:19

DrAg0r
Dra'ghoH

Re : Les Grands Films SF du XXIème Siécle

yrad a écrit :

Her le montre en effet peu (mais tout de même un minimum), car ce n'est pas le propos de ce film

Oui bien entendu, ça ne m'a d'ailleurs pas empêché d'apprécier le film. C'est plutôt quelque chose qui m'a un peu interpellé au début du visionnage, sans être particulièrement gênant pour la suite.

yrad a écrit :

Tu pointes le problème dans ta parenthèse : c'est bien le manque d'efficience de cette interface qui limite son usage, et non le paradigme de l'interface en lui-même.

Attention, je ne parle pas d'efficience d'un point de vue technologique, mais bien sur le principe même. Il est infiniment plus rapide d'appuyer sur deux boutons, plutôt que d'énoncer ce que l'on veut à voix haute. J'entends bien ton argument des mains prises, mais ce n'est pas trop ce qui est montré dans le film. Mais encore une fois, ce n'est pas très important, c'était simplement un détail que je trouvais intéressant de pointer.
(Dans Star Trek, les commandes vocales sont utilisées en général lorsque la personne est loin d'un terminal il me semble).

yrad a écrit :

Pour autant, cela n'induit aucun manque de rigueur dans la méthodologie rationnelle ni d'orientation insidieuse des résultats (si facile pourtant pour les statisticiens sans scrupules)… comme le confirme justement l'issue négative (attestée formellement par Karen) du test sur Salomina - les stats randomisées de référence se substituant au double aveugle.

Ce n'est pas parce que l'issue est négative que ça prouve qu'il n'y a pas de manque de rigueur. Effectivement au moment du choix des images Ian ne donne pas d'indications involontaires, mais ce n'est pas suffisant pour faire du test quelque chose de rigoureux.
Ponctuer oralement chaque réponse d'un "positif" ou "négatif" biaise le test au point de faire croire à Salomina qu'elle passe un examen qu'elle doit réussir ou non. La réalisation souligne parfaitement l’état de stress dans lequel elle se trouve, il est clair qu'à un stade, elle ne désigne plus les images qui lui plaisent, mais plutôt celles qu'elle espère être positive, mais selon ses propres critères déduits de pas grand chose... La preuve, à la fin elle demande si elle a échoué.
Peut être que je sur-interprète ce que j'ai vu mais j'ai vraiment la sensation que c'est volontaire de la part du réalisateur, voire même des scénaristes/dialoguistes.
En tout cas cela introduit un gros biais dans le test, et il est impossible de savoir si les résultats n'auraient pas au contraire été positifs dans le cadre d'un test vraiment rigoureux.

yrad a écrit :

Ian a trouvé sa réponse certes… mais pas le film, ni le spectateur. C'est une fin à peu près aussi ouverte que celle de K-PAX.

Je te rejoins là dessus, mais surtout parce que j'ai trouvé la fin de K-Pax très fermée malgré une petite ouverture wink

yrad a écrit :

Et il est bien question ici de crainte relativement immédiate, puisque Klaatu annonce que bientôt l'une des nations terrienne emploiera l'énergie atomique pour ses vaisseaux spatiaux…

Personnellement j'ai interprété ce "soon" comme un "bientôt" mais sur une échelle de temps plus vaste que celle à laquelle on penserait initialement, un "bientôt" qui pourrait bien dire "dans deux ou trois siècles"... Mais bon c'est comme ça que je l'ai perçu, ça reste purement subjectif, et je conçois qu'on puisse le voir autrement.

yrad a écrit :

En revanche, le film de 2008 embarque une puissante réflexion systémique sur l'évolution des espèces sensients que le film de 1951 n'effleure même pas. On trouve dans l'opus de Derrickson de nombreuses notions au cœur de la SF littéraire : tous les fondements épistémologiques de la Prime Directive (une premier contact avec une civilisation plus avancée ne permet pas à une civilisation moins avancée de survivre en tant que telle), la violence innée de l'évolution qui conduisent toutes les espèces sensient à divers points d'autodestruction (l'homos sapiens ne diffère donc pas fondamentalement des autres), l'expérience du précipice qui conduit à des bouleversements fondamentaux (l'unité constructive qui nait de la cause commune), l'extrême rareté dans l'univers de planètes comparables à la Terre (l'antithèse du postulat d'abondance qui préside à ST)…

On peut y voir ces choses en effet, mais je les ai trouvées traitées avec trop de légèreté, de facilités ou de raccourcis... Je pense qu'on pourrait perdre notre temps à détailler chacun de ces aspects et la manière dont il est traité dans le film, mais on n'en finira pas... Ça fait sûrement partie des éléments d'argumentaire qui cristallisent à quel point nous n'avons "pas vu le même film" tongue

yrad a écrit :

qui vise à donner une leçon d'humilité au nombrilisme humain, en lui montrant que la Terre ne lui appartient pas, et que c'est une ressource tellement rare à l'échelle de l'univers que l'homme possède des responsabilités qu'il ne soupçonne même pas.

Je comprends bien que ça te plaise beaucoup, et sache que j'apprécie également les "leçons d'humilité au nombrilisme humain", mais j'ai tellement vu ça mieux traité dans Star Trek et ailleurs, que finalement la version de ce film me semble bien gentillette, et surtout trop désamorcée par le changement d'avis de Klaatu.
Car quoi que tu en dise, qu'il s'agisse d'un choix individuel ou non (ses décisions sont quand même supposées être valables pour ceux qui l'ont envoyé) c'est tout de même l'amour qui sauve l'humanité, et disons que j'en ai un peu marre de voir ça servir inlassablement d'argument en faveur de l'humanité (Vous êtes cruels, stupides, lâches et égoïstes, mais vous êtes mignons quand vous manifestez de l'amour à votre famille alors ça va.)... J'ai trop vu et entendu ça pour le considérer autrement que comme un trope grossier.
Mais j'imagine bien que tu puisse le voir autrement et/ou passer outre, ce qui te permets d'apprécier ce film wink
(Les épisodes de ST que tu cite n'entrent pas tout à fait dans la même mécanique, selon moi).

yrad a écrit :

La récup marketing n'invalide pas en soi la pertinence d'un propos ou d'une idéologie.

Ce n'est pas la récupération (pas seulement marketing d'ailleurs, mais aussi politique) en tant que telle que je critiquais ici, mais plutôt la manière dont elle s'effectue, ce que j'évoque dans la deuxième phrase.

yrad a écrit :

J'ai dû le voir une dizaine de fois depuis que je suis gamin, et il me parait plus vide à chaque visionnage.

Ma foi, peut être que nous mettons trop de ce que nous voulons y voir (ou pas) dans respectivement ces deux films... On ne pourra pas se mettre d'accord dessus wink
Après, dans mon cas, je n'ai découvert la version de 1951 que très récemment. Juste avant la version de 2008 pour dire vrai. Je n'ai donc pas autant de recul que toi sur ces deux films, mais à l'inverse je juge l'un et l'autre avec la même "fraicheur" si l'on peut dire tongue

yrad a écrit :

Et de toute façon, l'hallucinant discours de Klaatu aura mis tous les plaideurs d'accord, qu'ils soient scientifiques, politiques, ou militaires

Justement, j'ai adoré ce discours pour sa violence intrinsèque, pour son implacabilité et son hypocrisie. Jamais je n'y ai vu une utopie, ou alors une utopie sacrément tordue. Qui prends le contrepied du christianisme (où "Dieu" laisse aux hommes le libre-arbitre pour qu'ils aient du mérite à se comporter "bien") en créant cette Pax Romana forcée et liberticide.
Une fin misanthrope au possible où l'humanité n'est perçue de l'extérieur que comme une bête à dompter, incapable de s'autogérer...
Le tout sous couvert d'un protectionnisme paternaliste digne du plus hypocrite des goa'uld.
Moi je trouve ça croustillant, parce qu'au final tout le monde a tord, c'est dans ce sens là que la fin est ouverte. De là on peut se poser des questions à la fois sur la vision qu'a Klaatu de l'humanité, sur la vision qu'a l'humanité sur elle même, sur la manière dont le discours de Klaatu va être perçu est-ce qu'ils vont crier au scandale ? Au miracle ? Est-ce qu'il vont se soumettre mais rester conscients de l'injustice ? Etc...

Après, je ne suis pas du tout au courant des intentions réelles des auteurs, et peut être que ce n'était pas du tout volontaire, mais ça ne m’empêche pas d'apprécier cet aspect wink

________________________

Une autre des choses que je n'ai pas aimé dans la version de 2008, c'est la vitesse à laquelle Klaatu se décide. Là où il passe absolument tout le film de 1951 à lutter pour réussir à parler en personne à une assemblée représentante des peuples terriens*, le Klaatu de 2008 abandonne très vite cette option, pour finalement condamner l'humanité sur le seul témoignage d'un agent infiltré et tout ça pour changer d'avis après... Avis qu'il aurait pu se forger autrement, en prenant un réel temps de réflexion et de concertation. Chose qui, il me semble, faisait partie de sa mission initiale (sinon, pourquoi chercher à communiquer avec les représentants de la terre ?).

*J'admets ton argument selon lequel cette démarche est futile dans le film de 1951 étant donné la nature du message délivré, qui ne laisse aucune place à la concertation. J'y vois personnellement un renforcement de l'hypocrisie de Klaatu. (Dont le but est plus ou moins de se présenter en sauveur).


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