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#1 25-07-2020 16:59:11

Prelogic
Legaliste

Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

Le sujet « Rafik Djoumi » revenant fréquemment entre-nous, un topic dédié semble approprié.

***

Rafik Djoumi est un journaliste culturel / chroniqueur qui officie notamment dans des émissions comme Arrêt sur images. Il est rédacteur en chef de l’émission BiTS sur la chaîne ARTE, une émission de type format court essentiellement dédiée à la culture populaire. Il est « défavorablement » connu des fans de Star Wars pour avoir conspué la prélogie Star Wars à sa sortie, et notamment l’Attaque des Clones à travers une critique qui lui aura valu procès et excommunication. Plus tard, il ne se montrera pas davantage tendre à l’égard du film de JJ Abrams, qu’il qualifiera de « Nouveau désespoir ». Nouveau procès en hérésie. En revanche, il semble avoir plus d’affinités avec le film de Rian Johnson, pour lequel il a dressé des parallèles avec les œuvres cinématographiques qui ont inspirées le premier Star Wars de 1977.

Sa biographie sur George Lucas, « l’Homme derrière le mythe » achèvera d’enfoncer le clou. Selon les dires-mêmes de l’éditeur, le livre est volontairement « polémique » et cherche à gratter derrière le mythe construit autour de Lucas. Rafik y théorise, selon toute vraisemblance, l’idée que c’est Gary Kurtz qui a tout donné à Star Wars, et qui a guidé George Lucas qui n’arrivait pas à produire un récit lisible et universel.

Voici la critique polémique qu’il avait livré à l’époque de la sortie de l’Attaque des Clones en 2002 (cliquez sur la balise spoiler) :

Spoiler

En cinéma comme en politique, il est courant de s’imaginer qu’un seul homme suffit à gouverner. En bonne figure shakespearienne, George Lucas, dans son accession au pouvoir, a su se débarrasser des principaux maillons de l’univers Star Wars pour s’autoproclamer grand chambellan sans que la base militante de fans n’y trouve à redire. Et pourtant, Dieu sait s’il y a des questions non résolues : John Dykstra, responsable des effets visuel, oscarisé pour le premier film et devenu superstar de sa branche, a connu une traversée du désert sur plus de 15 ans sur laquelle il refuse de s’expliquer (cf. interview dans Mad n°124) avant de revenir (directement au sommet !) au sein du studio Sony Imageworks. Marcia Lucas, ex-épouse du barbu, fut une des meilleures monteuses des années 70 (voir son travail insensé sur Alice N’Est Plus Ici de Scorsese et American Graffiti). Elle aussi oscarisée pour Star Wars, elle divorce d’avec George en 1983 et part curieusement en retraite précipitée (il semble qu’elle vive maintenant à Albuquerque et s’occupe de chiens de chasse !!!?). Plus récemment, Ralph McQuarrie, concepteur génial de la saga originelle (Lucas voulait un Vador plus proche de l’empereur Ming de Flash Gordon que d’un chevalier wagnérien à la Nibelungen), n’aura qu’une contribution partielle sur l’Episode 1 (Coruscant). Après ses débuts à la réalisation, Lawrence Kasdan, (scénariste de L’Empire, du Jedi et des Aventuriers de l’Arche Perdu) ne prêtera plus sa plume au tandem Lucas-Spielberg.

Et enfin, le plus important de tous, l’indispensable Gary Kurtz ! Producteur des deux premiers volets (un tout petit poste sans importance, n’est-ce pas ?), ce fondu de mythologie, érudit, conseiller, confident, bref véritable maître Jedi de papa George, quittera la saga après L’Empire pour monter le [Dark Crystal de Jim Henson qui contient, est-ce un hasard, la même structure mythologique que Star Wars (que George Lucas ait produit juste ensuite le lamentable Labyrinth du même Jim Henson est un autre hasard, n’est-ce pas ?). Kurtz tentera même de transformer Walter Murch sur l’étrange et dérangeant Return To Oz (Murch est sound designer de génie sur THX1138, où il est également scénariste, American Graffiti et Apocalypse Now). Après cela, le grand vide. Qu’une telle dream-team se soit entièrement disloquée restera comme le grand mystère irrésolu de « l’affaire Star Wars ». Bref, suite à ces purges staliniennes, le règne de Lucas sur le mythe Star Wars va se faire sans partage, traversé d’innovations aussi déroutantes que des koalas adeptes de la samba (déclinés en deux téléfilms crétinoïdes, L’Aventure des Ewoks et La Bataille d’Endor, que l’agora fait semblant d’avoir oublié) et des crapauds-rasta aquatiques.

Ceci pour ne pas évoquer parallèlement la foultitude de navets psychotroniques que l’ami George a offert au fantastique (Howard le Canard, Captain Eo, Willow, Radioland Murders, Leprechaun… nous retirerons de cette liste la saga ciné d’Indiana Jones pour cause de Spielbergisme avancé). Aujourd’hui, le « conducator » domine sa saga à l’aide de lieutenants qu’il a lui-même entraînés sur ses série TV (Rick McCallum, Doug Chiang, Jonathan Hales), et à la lumière du cataclysmique Episode 1, on pouvait encore s’imaginer que, privé de ses anciens lieutenants, Lucas était incapable de gérer sérieusement un univers mythologique dont il est loin d’être le seul responsable. N’en avait-il d’ailleurs pas donné la preuve dès 1978, avec le téléfilm Au Temps de la Guerre des Etoiles, ce soap opera atroce qui contenait tous les germes de l’actuelle débandade ? (D’ailleurs, où ont été enterrés les négatifs de ce truc ?).

Hélas, L’Attaque des Clones révèle le drame encore plus crûment : Lucas méprise son univers, et par extension son public ! Si l’Episode 1 tentait vaguement de s’inscrire comme préquelle, l’Episode 2 contredit, annihile les fondements même de la saga à venir. On y découvre, stupéfaits, que LA séquence-clé de ce chapitre, l’acte fondateur du futur Dark Vador, est purement et simplement censurée par un fondu au noir (Lucas préférant nous montre Anakin faisant du rodéo sur une vache-escargot, c’est plus bucolique). Déjà, face à un tel camouflet, l’envie de quitter précipitamment la salle vous démange. On y découvre également que la future alliance est une belle bande d’ordures impérialistes. En effet, Yoda, Obi Wan, Amidala et toute la clique, à la tête de destroyers, de quadrupèdes et de milliers de simili-stormtroopers agressent furieusement une pauvre base de rebelles désemparés. Le malheureux Comte Dooku n’a guère qu’un pauvre scooter pour échapper à la puissance de feu délirante des « gentils » (tu m’étonnes qu’après ça, l’Empire contre-attaque !).

Et si ces deux exemples majeurs, implosions foudroyantes du mythe Star Wars, ne suffisent à faire comprendre que Lucas vous pisse à la raie, il reste une bonne centaine de détails croustillants pour flinguer méthodiquement le mythe : Obi Wan buvant du jus de Jawa (donc du jus de berbère dans la terminologie starwarsienne) ou se faisant humilier intellectuellement par des gosses de 8 ans (qui plus est handicapés, si l’on juge la forme de leurs oreilles). Tante Beru et Oncle Owen, qui feront plus tard semblant d’avoir très bien connu Anakin alors que ce dernier leur a juste piqué une mobylette. Une race d’aliens (à moins que ce ne soit des méchas !) capable de créer des armées à perte de vue, mais qu’on de prendra même pas la peine d’évoquer par la suite. Un chevalier Jedi en arrière-plan qui, plus tard, finira par devenir strip-teaseuse chez Jabba (?). Enfin un petit Bobba Fett, décidé plus tard à mourir comme son père, c’est-à-dire comme une merde (Lucas n’a jamais compris l’amour que les fans portaient à ce personnage, et s’est forcé à le réintégrer ici). Face à une telle déferlante de renoncements, la bouillie filmique qui sert de nappage n’arrive même plus à stimuler des nerfs déjà épuisés : cadres basiques et personnages centrés (parfait pour le futur Pan&Scan), exposition des lieux par simple zoom, grossissement progressif de l’échelle de plans lors de dialogues et absence totale de construction scénique, bref ce que les esprits peu regardants appellent de « l’académisme » (c’est faux ! L’académisme signifie le strict respect des normes institutionnelles, pas du je-m’en-foutisme éhonté ! Clint Eastwood et Jonathan Mostow sont académiques…).

Passons sur les emprunts embarrassants au jeu vidéo (Amidala poursuivie par des mudokons dans une usine à la Oddworld, Yoda se prenant pour Sonic) pour constater que même le dernier domaine de compétence de Lucas, en l’occurrence sa formation de monteur, se détériore au point de ne plus savoir comment gérer ses fameux parallèles de séquence finale, quand il ne livre pas carrément de faux-raccords hallucinants pour une production de cette envergure (Durant le duel final, Anakin regarde ses pieds… et voit Amidala, filmée en plongée, allongée sur le sable !). Même John Williams, le dernier a y avoir cru sur l’épisode précédent, jette l’éponge et s’emmêle les baguettes (thème de Darth Maul pour Anakin, Thème de Palpatine pour les hommes des sables, et pourquoi pas Hook pendant qu’on y est !). Plus fascinant encore, lors d’un baiser inachevé, ce compositeur d’exception nous réserve un gag musical directement hérité de… Y-a-t-il Un Pilote Dans l’Avion ? ! Enfin, rappelons à notre aimable lectorat que l’essentiel des géniteurs d’ILM (Ken Ralston, Dykstra, Bruce Nicholson, Richard Edlund, Phil Tippett) sont partis en indépendants ou ont rejoint le studio Sony Imageworks (Starship Troopers, Hollow Man, Godzilla, Spiderman), et ça se voit !

Alors, me direz, est-ce la fin ? Certainement pas. On peut même prévoir que le culte de la personnalité lucasienne continuera bien au-delà de l’Episode 3. En cinéma comme en politique, on peut traîner les pires casseroles depuis 20 ans et continuer à trouver des électeurs.

Mon avis sur Rafik Djoumi est contrasté : tout comme beaucoup d’observateurs critiques, je lui trouve un regard intéressant sur le cinéma populaire. Je peux même comprendre, par bien des aspects, sa relation très particulière à Star Wars et aux années 70 / 80. La critique du Reveil de la Force qu’il a pu livrer est probablement la plus complète et la moins complaisante que j’ai pu lire à l’époque, et elle révèle encore aujourd’hui toute l’étendue du problème. En cela, Rafik est cohérent : il apprécie un certain cinéma « daté » qu’il aime décortiquer et il pointe du doigt l’exploitation intéressée de la culture 80’s par le système des majors, dans le but de s’attirer l’attention et la sympathie.

Par contre, il me semble que Rafik Djoumi est tout autant possédé par son sujet qu’il est capable d’en faire une analyse critique objective. Djoumi est un « anarchiste » de la culture populaire, un vieil ours puriste sans grande concession, dont les commentaires acerbes sur la prélogie ont achevé d’initier une fracture entre ancienne et nouvelle génération. Il n’hésite pas à dire régulièrement qu’il « déteste » la prélogie : comment peut-on « détester » un ou plusieurs films d’une même saga qui a bercé votre enfance, sinon pour des raisons affectives ? Voilà, à mon sens, la limite de la légitimité journalistique et la fragilité de notre ami commun.

Voici une interview datée de 2 ans, intéressante à plus d’un titre (cliquez sur la balise spoiler) :

Spoiler

Hommage, détournement, exploitation, saturation… Preuve s’il en fallait que la pop culture est tiraillée entre une nostalgie rassurante et la tentation de la table rase, l’accueil réservé à Ready Player One en avril dernier a mis en lumière les contradictions d’un écosystème pétri d’influences et d’aspirations hétérogènes. Pour Rafik Djoumi, créateur de l’émission BiTS sur Arte, le film de Steven Spielberg souligne avant tout l’urgence de se réapproprier les clés de notre imaginaire collectif.

Retranscription intégrale d’une interview effectuée avec Pierre-Jean Malye le 6 avril 2018 pour l’émission HyperLink.

VL. – La pop culture est-elle dans une impasse ?

Rafik Djoumi – Non. Par sa constitution même, la pop culture se régénère là où s’est toujours générée : par la base. C’est un mouvement en mutation, ce n’est pas quelque chose de défini, de cadré. Il fut un temps où c’était la culture tout court avant qu’une culture institutionnelle soit installée par la royauté pour se distinguer de la masse. Aujourd’hui on fait la distinction, sous-entendu il y a une culture « noble » (terme choisi à escient) et une culture populaire. La vérité, c’est que la pop culture c’est la culture tout court.

Vous parlez quand même d’une culture « doudou » (terme initié par L’Ouvreuse) qui minerait un peu cette mutation, et dont certains disent que Ready Player One aurait pu jouer. D’où vient-elle et comment la pop culture s’est-elle enfermée là-dedans ?

Ready Player One ne joue pas de la culture doudou. C’est un signal d’alerte sur le dévoiement d’une certaine pop culture à l’encontre de ceux qui la génèrent, c’est-à-dire la base elle-même. Spielberg, tout comme ses camarades des années 1970, se considère un peu responsable d’avoir amené un esprit qu’on qualifierait aujourd’hui de « geek » dans un cinéma mainstream, là où elle se cantonnait dans un cinéma de série B à la marge. Il constate l’utilisation de cette culture eighties extrêmement séductrice à des fins de captation d’attention par les majors, par les publicitaires, par tout l’écosystème médiatique. Le capitalisme actuel est un capitalisme de la captation. Ce n’est plus la marchandise qui l’intéresse, mais ce qui se passe dans nos têtes. On met en place une machinerie extraordinairement puissante pour nous capter et faire de nous des consommateurs bêtes et méchants. Ready Player One nous rappelle précisément de quoi est faite cette culture, quitte à mettre les fanboys et les geeks les uns contre les autres : dans le film, des groupes de résistants versus ceux qui sont vendus à l’ennemi. Il suffit d’aller sur Internet et on reconnaîtra très vite les lignes de front. Mais ce n’est à aucun moment un film qui promeut la culture doudou.

En fait, Ready Player One me rappelle Tomorrowland (À la poursuite de demain en France, ndlr), film de Brad Bird qui avait essuyé un cuisant échec. Il nous parlait de la même chose : qu’est-ce qu’on fait de notre imaginaire ? Bird avait refusé de faire Star Wars VII pour faire ce film. C’était un message très fort adressé aux majors : « Je ne jouerai pas votre jeu ». Il y a d’ailleurs une scène très forte dans ce film, pendant laquelle une bombe temporelle explose dans un magasin de jouets. Les propriétaires de la boutique se retrouvent littéralement figés dans le temps, dans une boutique entièrement constituée d’éléments culturels dans lesquels baignent Brad Bird et ses copains. C’est une façon de dire : « on va mourir si on reste figés là-dedans ! » L’héroïne de Tomorrowland a un regard constamment porté vers l’avenir. Sa question permanente c’est : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? » et Ready Player One va dans cette direction.

La pop culture se réfère à un langage de l’icône déclinable à l’infini, sur tous les supports et à travers de nombreux produits dérivés. Est-ce qu’il est possible d’en sortir ?

Je ne pense pas qu’on aurait intérêt à se débarrasser de l’icône, c’est-à-dire devenir des iconoclastes : historiquement des fous de Dieu (sic), qui brisent les statues et décapitent les gens qui les ont érigées ! L’icône est un symbole. Elle a un pied dans notre présent et dans l’au-delà, dans l’immortel. C’est un moyen que l’on a de communiquer avec le spirituel et l’inaccessible. Le danger, dans la culture comme dans la religion, c’est de confondre l’icône avec l’objet qui la désigne. C’est précisément ce dont il est question dans la pop culture doudou : les gens s’en tiennent à des images (Robocop, Predator, Terminator), en oubliant ce qu’elles disent, en oubliant ce qu’elles sont. Ce sont des coquilles vides. C’est de cela dont parle Jean Baudrillard dans son livre Simulacre et simulation : le simulacre finit par précéder et déterminer le réel. Il a été conçu pour nous permettre d’accéder à une information et au réel, mais on devient tellement obnubilés par le signe qu’on oublie ce qu’il désigne. Il prenait l’exemple de la croix des chrétiens, multipliable à l’infini, qui finit par devenir elle-même Dieu, et qui finit par suggérer qu’à terme seule la croix existe. La pop culture traverse ce genre de phénomène. Il suffit de voir les fanboys applaudir à tout rompre juste quand ils voient passer le Faucon Millénium. Qu’importe que le film s’annonce être foireux en tout point, qu’importe que cela fasse 10-15-20 ans qu’on traîne une saga dans la boue : il y a la forme, donc on applaudit et on est heureux. Le Faucon devient l’emblème d’un univers qui a disparu. On est en plein délire baudrillardien.

Impossible de ne pas penser à Star Wars VIII, qui demande explicitement à son spectateur de brûler ce qu’il a adoré. Est-ce qu’il faut pour autant casser le jouet ?

Star Wars VIII résulte d’un bras de fer complètement schizophrène : d’un côté il sert la soupe, de l’autre il tente d’adresser quelques claques au public. La position de son réalisateur est intenable : l’ancien fan voudrait revenir aux sources du mythe, quitte à faire une table rase avant de reconstruire. Et en même temps, Disney n’a pas dépensé 4 milliards pour faire du situationnisme ! Ça a été un combat dont on connaîtra les coulisses sanglants dans 30 ans. On n’a pas besoin d’en passer par là, mais on a pu constater à travers l’histoire du cinéma qu’il fallait des périodes de crise pour que quelque chose puisse renaître. Ça ne peut se faire que de l’extérieur. Je ne crois pas à une prise de conscience qui vienne des studios de Hollywood. Il faudra que ça se passe comme à la fin des années 1960.

À l’époque de Woodstock, Hollywood produit La Kermesse de l’Ouest, comédie musicale dans l’Ouest où Clint Eastwood joue la farandole dans la forêt ! C’est un moment d’incompréhension totale de ce que la culture de l’époque était en train de générer. Il faut se mettre dans la tête des studios de l’époque : « Qu’est-ce qu’on va leur offrir ? Ah oui, ils aiment bien ce cowboy qui tourne dans des films italiens… » Et on s’étonne finalement que la production s’écroule au box-office ! La fin des 1960s à Hollywood est un cataclysme. Quand Spielberg est arrivé à la Warner, il a trouvé un désert. Ça venait d’être vendu à une compagnie minière, il devait y avoir deux projets en production dont un film de Francis Ford Coppola. Typique : tiens, un petit jeune a l’air d’en avoir sous le capot… Et ils lui donnent une comédie musicale avec Fred Astaire et des Leprechauns (La Vallée du bonheur, ci-dessous) ! Ils étaient à la ramasse, et c’est parce que le public avançait plus vite par rapport à eux que ça s’est écroulé… ce qui n’a pas l’air d’être le cas aujourd’hui. On a l’impression que le public suit la cadence imposée par le marketing, continue à s’extasier sur les trailers de Marvel qui ne leur promettent rien d’autre que la soupe qui leur est servie depuis dix ans. Je ne vois pas de changement venir de l’intérieur des studios. D’où va venir l’étincelle, ça reste une grande question.

Et quelle place donner aux prescripteurs, aux critiques, aux vidéastes ?

Ils répondent à la même mission. Ce qu’ils peuvent faire, c’est continuer à propager la même parole : rappeler de quoi sont faits les objets qu’on aime. Rappeler que derrière Robocop, il y a une histoire, un personnage, un univers. Donner aux gens les clés qui leur permettront de décoder eux-mêmes les films. Ceux que je préfère sur Internet, c’est non pas ceux qui disent ce qu’il faut penser de tel ou tel film, mais ceux qui donnent des outils. Allez-y, amusez-vous, c’est possible ! Et comme par hasard, Ready Player One est l’histoire d’un auteur décédé qui laisse derrière lui des indices en disant aux gens : soyez attentifs, c’est là, c’est autour de vous, cherchez bien, on ne vous le donnera pas !

Il y a une phrase qui m’a marqué dans le film, et qui n’est à ma connaissance pas dans le bouquin : « Personne ne passe au-dessus de King Kong ». Je ne vous raconte pas la scène, vous la découvrirez. C’est une phrase précieuse car Spielberg est un enfant de la figure du King Kong, un moment clé dans la réaffirmation de l’imaginaire dans le cinéma international à une époque où il était en train de disparaître. C’est un film qui porte en lui quelque chose de presque mystique. Pourquoi les monstres, pourquoi la fascination ? Les gens de sa génération étaient tous des lecteurs avides de la revue Famous Monsters of Film Land de Forrest J. Ackerman, le « geek n°0 » comme je l’appelle : on parle d’un type qui faisait du cosplay dans les années 1930 ! Ackerman, énorme collectionneur de props, accueillait tous les jeunes fans de fantasy et des genres honnis par la culture classique. Sa maison était le musée fantasticophile par excellence, que Guillermo del Toro a d’ailleurs refait à sa façon. Spielberg et ses amis sont des enfants de ce personnage. La culture de King Kong renferme tous les secrets de la culture pop pour celui qui voudra être attentif et aller les chercher. Cette idée de rappeler que personne ne passe au-dessus de King Kong, ce n’est pas de dire que ça a déjà été fait et qu’on ne pourra plus jamais atteindre ce niveau, mais de dire « cherche le moyen de contourner ».

Prise de recul, marche arrière ou les deux ?

Encore une fois, il n’y a pas de marche arrière ni de bond en avant. C’est une culture mutante. Il faut être attentif à toutes ses formes, qui sont généralement surprenantes. Souvent, elles ne se présentent pas sous les atours de la bourgeoisie honnête. Je n’ai pas vu Grave, qu’on présente comme un objet contre-culturel. Mais par son origine même, il n’est pas du tout contre-culturel. Sa réalisatrice (Julia Ducournau, ndlr) est issue d’institutions bien en place, a été immédiatement acclamée par ces mêmes institutions… Ça nous vient du haut. Elle voulait peut-être l’inverse, mais son projet vient d’une sphère qui va du haut vers le bas… alors que la contre-culture vient d’en-dessous. Elle ne viendra jamais d’un magazine, d’une institution d’État, ni d’une major hollywoodienne. Ça se fera dans un garage : on scratche des disques, des informaticiens montent des pièces… Elle n’est jamais où on l’attend, et elle n’appartient à personne, n’en déplaise aux majors qui ont mis la main sur des objets qui ont cinquante ans. Ils ont dépensé un fric fou pour s’accaparer des histoires qui datent d’un demi-siècle, mais seraient bien incapables de capter ce qui peut être en train de germer.

Et le jeu vidéo est-il victime de cette même mécanique ?

Non. Ce qui à mon avis sauve le jeu vidéo pour l’instant, c’est qu’il a tardé à être reconnu comme un média noble. L’intérêt d’être considéré comme de la merde, c’est que les instances directives ne se préoccupent pas tellement de savoir ce qu’il se passe, et donc le média fait un peu ce qu’il veut. C’est ce qui a permis à un Grand Theft Auto d’exister, alors qu’on sait bien que les instances dirigeantes ne veulent pas entendre parler d’un truc pareil ! C’est la pop culture dans ce qu’elle a de plus sale et de revendiqué, de contre-culturel, et c’est le jeu le plus vendu de tous les temps. Je sais que beaucoup de gens ne seront pas d’accord avec moi, car ils se battent depuis des décennies pour que le jeu vidéo soit reconnu à sa juste valeur comme le média du XXIème siècle. Mais en attendant, la pop culture est d’autant plus puissante qu’elle est invisible. Quand on ne se préoccupe pas des choses, c’est là où elles ont lieu, c’est là où elles germent.

Quand Star Wars a pris tout le monde de court en 1977, les gens qui sont allés le voir en masse dès le premier jour étaient déjà là, c’est juste qu’ils étaient passés complètement sous le radar des studios ! À la Fox, le marketing a eu un choc par rapport à ce film. Ils avaient des catégories de population : tel CSP, ingénieur, ouvrier… Quand Lucasfilm a proposé de faire des comic books autour de Star Wars, ça leur échappait complètement. L’idée qu’une même communauté puisse être avide d’imaginaire, de science, de technologie, d’informatique, de fantaisie… Ils ne voyaient absolument pas le rapport. Encore aujourd’hui, ils peinent à saisir les fondamentaux de ce qu’on appelle la « culture geek » mais ça faisait depuis la fin des années 1960 qu’elle existait et qu’elle bouillonnait. Donjons & Dragons était déjà dans les facs de science ! Ce n’est qu’avec Star Wars qu’on a commencé à étudier ces gens. Dans les années 1970, la contre-culture était quelque chose de voyant : le mouvement punk, tout en lui te dit « je suis contre ». Alors que le geek est avec ses lunettes et ses copains, plus discret. La contre-culture n’est pas forcément ce qui fait du bruit dans la rue. C’est ce qui est dans l’ombre, ça ne pose pas de problème, et grandit à son rythme sans emmerder personne. Sauf que quand on est plusieurs, chacun nourri de notre propre passion, ça finit par devenir une force.

*Source >> vl-media.fr
*Source >> Le Reveil de la Force : un nouveau désespoir (critique Capturemag)

Dernière modification par Prelogic (25-07-2020 17:21:31)


*Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l'ardeur des passions mauvaises - WB Yeats
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#2 25-07-2020 17:28:25

dvmy
Vrai con, mais pas faux-cul

Re : Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

Rien de plus à dire sur ce personnage que ce que j'en ai déjà dit. Pour moi il est à l'origine d'une détestable génération de journalistes ultra prétentieux qui se regardent le nombril, décident s'ils aiment ou non avant d'avoir lu ou vu quoi que ce soit de l'œuvre qu'ils décortiquent, assènent des contre-vérités et se masturbent le cerveau en analyses grotesques dans lesquelles ils démontrent uniquement ce qu'ils veulent y voir ou y comprendre. Simon Riaux est un Djoumi Bis.

Dernière modification par dvmy (25-07-2020 17:30:30)


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#3 25-07-2020 17:30:44

matou
modérateur

Re : Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

Le problème c’est que lorsqu’on lit la genèse de l’Empire contre Attaque, on voit pourquoi Kurtz a du partir. La gestion du budget a été calamiteuse. Il a eu de gros défis à affronter. Le résultat final a été exceptionnel pour l’époque. Il a bien aidé Kershner.
Mais il a plus subi les choses qu’il n’a aidé à les dépasser. Celui explique son départ.
De plus il n’a aucune influence sur la dramaturgie.
Donc cette thèse du SW dû à Kurtz ne tient pas.

Ensuite sa critique d’AOTC est d’une cuistrerie. Je ne relèverai qu’un passage: le fondu enchaîné dans le village des hommes des sables. A t-il conscience que Lucas a toujours voulu parler à des enfants? Et donc que montrer trop d’horreur est contre productif ?
La scène est assez explicite. Elle aurait pu être amenée avec une mise en scène plus efficace, évitant ce fondu.
C’est d’ailleurs ce que fera Lucas dans la scène de ROTS avec les Younglins.
En cinéma, suggérer à souvent plus de force que montrer.
Il faudra à Lucas TCW et plusieurs saisons pour aller vers une violence plus « montrée », reprenant d’ailleurs une inclinaison de celle d’Indiana et le temple maudit (le plus Lucassien des Indy et œuvre  déclarée noire par Lucas car son état d’esprit de l’époque était plombé par son divorce).

Je trouve que Djoumi a un point aveugle, cette relation contrariée à une œuvre (SW) et donc à son créateur.

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#4 25-07-2020 17:40:32

dvmy
Vrai con, mais pas faux-cul

Re : Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

C'est d'ailleurs assez marrant de voir qu'un de ses points de critique de l'épisode 1 est que ça ressemble à du Flash Gordon. Sachant que c'est une influence majeure de Lucas et que tout le monde le sait depuis 1977, ça revient à dire qu'en 1999 on pouvait reprocher à Lucas d'avoir enfin les moyens de concrétiser son rêve avec un visuel à la Flash Gordon. N'importe quoi !

Dernière modification par dvmy (25-07-2020 17:42:31)


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#5 25-07-2020 20:06:03

scorpius
Nowhere Man

Re : Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

dvmy a écrit :

C'est d'ailleurs assez marrant de voir qu'un de ses points de critique de l'épisode 1 est que ça ressemble à du Flash Gordon. Sachant que c'est une influence majeure de Lucas et que tout le monde le sait depuis 1977, ça revient à dire qu'en 1999 on pouvait reprocher à Lucas d'avoir enfin les moyens de concrétiser son rêve avec un visuel à la Flash Gordon. N'importe quoi !

Là-dessus je me souviens également que ça critiquait beaucoup le fait que dans la prélo la technologie semble plus avancée, que les designs sont moins industriels, comme si parce que ça se passe "avant" il faillait forcément avoir une regression technologique. Ce qui est stupide, l'histoire se déroule à l'échelle de toute une galaxie, des milliers de civilisations qui n'ont pas forcément la même progression technologique ou que ces diverses civilisations se doivent de représenter diverses cultures et donc une variété de designs en tout genre.

Sans même parler du fait que fondamentalement, l'Empire notamment à travers le gigantisme qui y est associé reste technologiquement plus "avancé" que tout ce qu'on peut voir dans la prélo'. Je me souviens aussi d'une critique (Djoumi et sa clique toujours) de ROTS déclarant sérieusement qu'il était impossible de considérer le film comme étant "sombre" parce que trop coloré mdr


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#6 26-07-2020 12:53:38

mypreciousnico
Who ?

Re : Rafik Djoumi : journaliste français spécialisé culture pop'

J'ai toujours trouvé que Rafik Djoumi allait trop loin dans son bashing de Lucas. Cela dit, un hater c’est un fan négatif, mais un fan quand même. D'une certain manière il est donc le plus grand admirateur de Lucas.
En revanche, j'aime assez ce qu'il dit concernant les contre-cultures et ce qu'il en advient quand elles sortent du ghetto.

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