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#1 12-05-2018 16:11:24

Prelogic
Legaliste

Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Bonjour à tous,

J'ouvre ce topic pour évoquer avec vous un sujet large, complexe et polémique, à travers un extrait d'article récent du magazine Mad Movies d'avril 2018. La ligne éditoriale de cette revue spécialisée est manifestement très critique, voire réactionnaire par endroit, ce qui a tendance à froisser pas mal les communautés de groupies. Avoir une opinion sur la culture populaire devient de plus en plus rare et difficile - c'est pourquoi cela s'avère précieux. Il ne s'agit pas ici d'ouvrir le feu sur Hollywood du haut d'un promontoire bobo très confortable, mais de réaliser un état des lieux le plus objectif possible, à travers une pensée construite, et de trouver éventuellement des solutions ainsi que des points de convergence à travers nos échanges.

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Hollywood flingue-t-il le cinéma ?

La cinéphilie tendance Mad vit actuellement un paradoxe insupportable : les studios rivalisent d’énormes projets inspirés de fleurons jusqu’ici considérés comme de la « simple » contre-culture. Une victoire absolue de la sphère geek, totalement imprévisible il y a quinze ans, mais contrainte de marcher dans les clous de l’époque. Les Cassandre ont beau nous jouer de la harpe régulièrement, à chaque contre-performance d’un budget démesuré, le système ne semble pas parti pour s’effondrer de sitôt… - Par François CAU

La fréquentation assidue des salles obscures en quête de grands spectacles d’appellation américaine contrôlée finit par virer au masochisme. Un masochisme odieusement répétitif. Des adolescents imberbes de 25 ans courent contre l’autorité d’un monde post-apocalyptique, des surhommes et une poignée de surfemmes doivent stopper un gros rayon lumineux venu des cieux, des personnages de jeux vidéo, de livres, de bandes-dessinées étalonnées avec l’urètre d’un animal mort s’ébrouent sur fond vert sans comprendre pourquoi on les a sortis de leur médium originel, expérimentations ratées, sorties avant complète maturation, implorant du regard qu’on les achève. Les Etats-Unis, mètre étalon du cinéma à grande échelle, n’offrent plus à la contemplation qu’un vaste no man’s land artistique. L’observateur  ne peut manquer de relever, la mort dans l’âme, que le monde des blockbusters hollywoodiens ressemble de plus en plus à celui des comédies françaises. Le niveau de médiocrité artistique y est tel que lorsque sort un produit à peu près correctement emballé, qui n’insulte qu’involontairement son public, le spectateur essoré se sentirait quasi reconnaissant. Ainsi, le Tomb Raider de Roar Uthaug, assez respectueux du jeu qu’il adapte, doté d’un casting sympathique et d’un réalisateur expatrié qui sait tenir une caméra. Passé le générique de fin et le retour à la lumière naturelle, le charme relatif s’estompe aussi rapidement que celui de Black Panther, Marvel de bonne facture avec sa bande-son aguicheuse et son antagoniste bien plus intéressant que le rôle-titre. Voilà pour le haut du panier des trois premiers mois de l’année. Pour le bas, évoquer dans un haut-le-cœur Pacific Rim 2 et son Scott Eastwood dirigé par un robot (à moins que ce ne soit l’inverse), Le Labyrinthe : le remède mortel, à qui personne n’a osé dire que les fictions pour jeunes adultes étaient déjà mortes et enterrées depuis deux ans, The Greatest Showman et sa vista dégueu de Baz Luhrmann révisionnisto-libéral, Un raccourci dans le temps et ses relents de descente d’acide totalement hostile. L’année 2018 ne démarre pas sous les meilleurs auspices, plutôt normal quand on voit la gueule de la décennie en passe de se terminer.

La transition numérique

Kevin Smith (bon rétablissement post-crise cardiaque, petit ange) n’a de cesse de le répéter à longueur de podcasts, d’interviews, de masterclasses, de conférences, et probablement à des passants chopés au hasard dans la rue : il vit dans une période dont il n’aurait même pas osé rêver dans sa jeunesse. Au moins une demi-douzaine de films de super-héros par an ? Des nouveaux Star Wars ? Des reboots permanents de nos films préférés ? Amblin comme curseur de référence ? Des séries télé qui doublent, triplent, quadruplent la mise ? Nous, internationale geek, baignons en pleine utopie. Sur le papier. En pratique, le rêve à viré uchronie : et si chaque élément du panthéon contre-culturel était, méthodiquement, soigneusement saboté, vidé de sa substance discursive, symbolique, métaphysique, pour coller à des impératifs commerciaux définis par des cadres autant animés par la passion du cinéma qu’un phacochère syphilitique ? Bienvenue dans le cauchemar clinique des années 2010. Sur le fond, le constat n’a rien de neuf, l’image de Hollywood comme une usine à broyer les rêves en petits paquets prêts à consommer reste le cliché le plus répandu de la critique pré-Youtube, hashtag vieux con, mot dièse c’était mieux avant. Sur la forme, sans remonter trop loin, il suffit juste de se remémorer la transition cruciale de la deuxième moitié des années 2000. Pour qui suit assidûment l’actualité des blockbusters américains, il apparaît évident que le processus de standardisation visuelle si cruellement à l’œuvre aujourd’hui a accompagné le virage du 35 mm au numérique. Comme dans tout processus de transition qui se respecte, les règles ont changé en loucedé. L’aplanissement de l’image, la perte du grain impliquant de nouvelles grammaires filmiques, se sont ravalés dans la majorité des cas à une inflation des CGI, des accélérations artificielles de montage, des confusions narratives entre vitesse et précipitation. Et si tu trouves le résultat illisible, c’est que t’es trop vieux. Au fil des ans et de l’inflation des budgets, les réalisateurs confirmés, trop capricieux au goût des exécutifs et trop engoncés dans des préoccupations grossières telles que rendre des films présentables, sont progressivement dégagés. Contre toute attente et toute logique, Zack Snyder et Michael Bay deviennent de vieux sages, les arrivées de Joss Whedon dans la galaxie Avengers, de Shane Black sur Iron Man 3 ou de James Wan sur Fast & Furious 7 font figure d’évènements, vite transformés en douches froides devant la réalité des objets en question.

La dictature de l’ado de 12 ans

L’avènement cinématographique de la culture chère à Kevin Smith ne constitue au final que l’apogée d’un cycle de prédation commerciale comme un autre. La spécificité de l’évolution du capitalisme – dont Hollywood a assimilé les codes avec gourmandise – étant justement d’absorber toutes ses alternatives, aussi contestataires soient-elles, et d’en gommer les aspérités pour les régurgiter en format « convenable » - voir le traitement de Killmonger dans Black Panther, cas d’école de diabolisation expéditive et grossière d’un personnage aux motivations légitimes. Cette volonté normative s’est vue en sus assujettie au développement incontrôlé et mal jaugé des réseaux sociaux et de l’émergence des inflenceurs de tous poils. Dans le dernier podcast du Paris International Fantastic Film Festival, Pascal Laugier lançait, un rien bravache, que le cinéma hollywoodien est produit exclusivement pour un ado de 12 ans. La réalité des campagnes de communication récentes autour des grosses productions (blockbusters) aux énormes productions (tentpoles) lui donne malheureusement raison. Un ado de 12 ans acculturé, capricieux, mal élevé, à qui tout se donne clé en main (lire n’importe quelle tornade de commentaires ultra-violents en réaction au moindre trailer balancé un avant la sortie pour s’en convaincre). La réactionnite aigue, faute d’avoir été réellement canalisée et étudiée, fait pour l’instant office d’indicateur par défaut d’une industrie dépassée par son gigantisme, ses fusions hégémoniques. Ce n’est pas un problème générationnel. Les millenials réagissent aussi mal que leurs aînés sur cet outil où la seule règle est de produit le plus volumineux écho de résonance. Et ils seront vraisemblablement les grands frustrés du cinéma hollwyoodien des 30 prochaines années, quand d’autres moyens d’expression auront émergé. Il s’agit d’un phénomène cyclique, en cheville avec un modèle économique reposant maladroitement en équilibre sur une bulle spéculative. Un fonctionnement aberrant, condamné à subsister jusqu’à l’explosion maintes fois annoncée de ladite bulle. Pour le public, les errements de ce modèle se traduisent dans l’immédiat par la saturation du marché de produits similaires – en 2018, huit films de super héros, cinq séquelles, quatre reboots de vieux succès, deux films catastrophes avec The Rock se bousculent ainsi au portillon.

Oracles, au désespoir

En juin 2013, Steven Spielberg et George Lucas prédisaient, lors d’une rencontre avec des étudiants, « l’effondrement ou l’implosion » du système actuel, incapable selon eux de survivre à une série d’échecs de films produits pour plus de 250 millions de dollars. Les étés cinématographiques suivants, de plus en plus désastreux jusqu’aux bides endémiques de 2016 et surtout de 2017, finirent presque par leur donner raison. La gestion catastrophique de la Warner de son univers DC Comics, du pataud Batman v Superman : l’aube de la justice à la déroute Justice League, trahit clairement une trouille panique qui finira par tous nous faire regretter Zack Snyder – sérieusement, en l’état actuel du catalogue, qui peut raisonnablement se dire excité par la sortie en fin d’année d’Aquaman, malgré la présence de James Wann aux manettes ? Toujours est-il que de dommages contrôlés en succès disproportionnés (les Fast & Furious, Jurassic World, Jumanji plus récemment) rattrapant les manquements, le système ne s’est pas effondré. Ringards, Steven et George ? Rageux de voir le Nouvel Hollywood bâti sur leurs premiers éclatants succès leur échapper ? Loin s’en faut. Il faut passer outre les gros titres d’époque « Spielberg et Lucas prédisent la fin des blockbusters » et creuser le reste de leurs déclarations lors de cette même intervention. Ils prédisent la fin de l’exploitation en salles pour les films plus fragiles – l’hypothèse Netflix est encore loin, Spielberg s’appuie en l’occurrence sur son cas personnel, la possibilité un temps envisagée d’une diffusion de son Lincoln directement sur HBO. Ils évoquent le mal qu’ont les réalisateurs établis à monter leurs projets, leur substitution aux commandes de productions imposantes par des novices malléables… Jusqu’à la fin de l’année dernière, le commentaire restait valide. Depuis décembre, Rian Johnson à la barre des Derniers Jedi et Ryan Coogler à celle de Black Panther ont pu faire illusion quelques semaines avant que le retour de hype ne minore leurs mérites respectifs assez cruellement ; reste à voir quelles furent les latitudes de Juan Antonio Bayona sur Jurassic World : Fallen Kingdom. Et pour finir sur la chambre d’écho édifiante de la séquence de juin 2013, six mois plus tôt, Disney rachetait Lucasfilm, première étape de sa terrifiante phagocytose de toute la machine hollywoodienne, poursuivie en décembre avec le rachat de la 21st Century Fox – et bien évidemment de toutes les licences cinématographiques affiliées.

Et il les enterra tous

Cinq ans après leurs déclarations, il est assez amusant de voir où en sont rendus Spielberg et Lucas au sein de l’industrie. Si l’on en croit les grosses injonctions communicantes de chez Disney, Lucas aurait dirigé une scène de Solo : A Star Wars Story, premier projet problématique de la franchise étoilée depuis son dispendieux rachat par la firme aux grandes oreilles. De son côté, Steven Spielberg adapte le concentré littéraire le plus rébarbatif possible de toute la culture nostalgique des années 1980 dans une production cossue de 175 millions de dollars. Comme s’ils enfonçaient chacun un clou sur le cercueil du Nouvel Hollywood, ou plutôt qu’ils donnaient le chocolat de trop à monsieur Creosote, le client obèse du Sens de la vie des Monty Python, pour provoquer son explosion. Spielberg réalise l’objet nostalgique ultime pour mieux en finir avec le culte Amblin, Lucas s’implique dans ce qui s’annonce comme le pire dérivé de l’univers pour lequel il voue une passion haineuse (fortune assurée pour le psy qui se penchera dessus) [...]

La suite chez votre buraliste !

Dernière modification par Prelogic (12-05-2018 16:33:48)


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#2 12-05-2018 17:23:01

matou
modérateur

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Merci pour le partage.
Bon plusieurs chose à dire.

Le premier c’est un manque de compréhension sociologique, politique et économique sur ce qui se joue.
Hollywood est l’incarnation du pouvoir feutré, du soft power. C’est à dire exercer le pouvoir non par la force mais par la séduction.
Hollywood a eu un rôle déterminant dans la bataille culturelle contre l’Union Soviétique.
Sauf que, au moment où l’hégémonie US vacille, du fait de la monté en puissance des pays du sud (surtout les Brics, Brésil Russie Inde Chine Afrique du Sud), Hollywood ne peut plus jouer son rôle d’attraction. Bien sûr les films US cartonnent mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de projeter des valeurs qui rendent désirable le monde dont les US sont le fer de lance et l’architecte.
Si on compare aux films US des années 80, on avait les reçu premier degrés reganiens (amusant à voir quand on prenait du recul), les films familiaux fédérateurs de qualité et les films critiques. Chacun permettant de se projeter dans cet Amérique plurielle, d’en accepter la préséance.
Une preuve de cette création d’un terreau culturel commun, fut l’événement en 2015 autour de l’  « arrivée » de Doc et Marty, mis en scène dans les télés US et suivie par de nombreux spectateurs dans les autres pays.
Sauf que ces valeurs sont battus en brèche tant le projet politique apparaît de plus en plus comme l’imposition d’une société inégalitaire ne tenant pas ses promesses.
Et face à ce désenchantement , la réponse d’Hollywood c’est de suivre la promotion d’un « gris » où la morale n’est plus et ou tout semble se valoir. Plus de héros.

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#3 12-05-2018 18:36:55

mbuna
Artificiel

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Sans pouvoir rationaliser et atteindre un point de vue analytique, 2 éléments à la volée qui me viennent.

1 - On part d'un postulat : la qualité du cinéma Hollywoodien s'effondre, se standardise, se stéréotypise (lol).

Ne serions nous pas simplement au milieu d'un cycle comme on en a vu finalement d'autres à Hollywood ? Je me demande à quel point Hollywood n'aurait pas déjà vécu plusieurs fois le phénomène. Par exemple celui des années 40/50, ses westerns et ses comédies musicales. Et pour le coup, les messages prosélytes, négationnistes sur leur propre histoire étaient encore bien plus martelés au monde entier à coup de burin. A tel point que ces domaines se sont arrêtés comme ils étaient venus. Déjà à l'époque, des voix maugréaient sur ce cinéma stéréotypé produit en batterie qui tirait la production vers le bas, en plus d'être moralement douteuse (westerns). Concernant les comédies musicales, on utilisait sans vergogne le même scenario jusqu'à l'écoeurement (tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose). Le jugement de l'Histoire est d'ailleurs intéressant sur ces 2 domaines (j'ai ma théorie mais ce n'est pas le débat, sauf si vous me le demandez bien sûr mdr ).


2 - Pour répondre stricto sensu à la question : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? J'ai tendance à répondre oui, comme d'habitude et depuis toujours.

Je suis d'accord avec Kevin Smith, mais pas pour les mêmes raisons. Car si on accepte le postulat que le cinéma américain aurait un déficit qualitatif, l'accès quasi total aujourd'hui au cinéma de toute époque et toute culture est une clé extraordinaire et unique pour les consommateurs d'aujourd'hui. Pour parler de moi, j'observe que mes enfants (dont un est si j'ai bien compris dans le cœur de cible avec ses 13 ans) sont bien plus ouverts que moi à âge équivalent sur des cinémas diversifiés. La qualité on peut plus que jamais la trouver. Obéir aux diktats d'Hollywood et ses superhéros, c'est la même chose que jouer aux cowboys et aux indiens dans la cour de récré il y'a 30 ans (voir c'était pire avant, les indiens étaient toujours les méchants). Sauf que quand on a fait un tour chez Madame Tussauds, mes enfants ont autant apprécié prendre des photos avec Aishwarya rai et Shahrukh khan qu'avec les Transformers et Hulk (bon et de plein de chanteurs/chanteuses que je ne connais pas mais ce n'est pas le débat mdr )


Star Trek, je devais te quitter pour préserver notre amour, mais je vais attendre un peu.

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#4 12-05-2018 19:14:23

dl500
TOS Forever

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Sujet intéressant...parce qu'il s'agit d'un constat.
Les scénaristes actuels sont d'un niveau ce2, les histoires des films Hollywoodiens écrits à la photocopieuse.
Mais le pire pour moi (qui commence à parler comme un "vieux") c'est le manque de diversité.
Dans les 80', 90' on allait voir le dernier.. (choisir un nom de réalisateur ou d'acteur) et maintenant ?
On va voir le dernier film réalisé sur ordinateur par un inconnu joué par des inconnus ou presque...

Je ne suis pas allé au cinéma en 2017, et j'ai très peu acheté de DVD ou Blu ray. C'est en diminution depuis l'apparition des super héros au cinéma (pourtant j'ai au début adhéré).
J'en suis à redécouvrir de vieux classiques ou me tourner vers les productions tv.

Peut-être que les films américains sont devenus trop chers et qu'une prise de risque scénaristique n'est plus envisageable. Sauf que j'ai un cerveau et que j'ai besoin de diversité.
Les reboot, remake, suites je n'en peux plus, je n'en veux plus.
L'avantage c'est que je découvre autre chose.
Mais je pleure aussi en voyant la médiocrité et le massacre des certains monuments de la culture. (star trek, star wars, superman, batman...)


L'être humain a deux vies. La seconde commence quand il se rend compte qu'il n'en n'a qu'une...

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#5 12-05-2018 19:18:37

dl500
TOS Forever

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Regardons comment les jeunes écoutent de la musique... En fait il faudrait dire consomment.
Je pense que c'est pareil pour le cinéma. Il s'est "mc donaldisé".
C'est triste.


L'être humain a deux vies. La seconde commence quand il se rend compte qu'il n'en n'a qu'une...

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#6 12-05-2018 21:22:12

Pok
membre

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

dl500 a écrit :

Regardons comment les jeunes écoutent de la musique... En fait il faudrait dire consomment.
Je pense que c'est pareil pour le cinéma. Il s'est "mc donaldisé".
C'est triste.

C'est bien le devenir marchandise du monde (et de nos esprits) qui est inquiétant. Au delà même de l'unique production cinématographique, c'est toute la société (et nous avec) qui devient marchandise, l'art en étant sans doute le pan le plus évident, presque totalement absorbé (ou écrasé) par le marché. Nous sommes moins face à des œuvres aujourd’hui, qu'à des produits de consommation calibrés et extrêmement périssables. Ils sont finalement à l’image de l’époque, vide de sens...

Car c’est bien l’écriture, le propos, qui pose problème. Ces films ne nous disent plus rien sur nous, sur notre époque, et se garde bien de la critiquer. On peut bien débattre de la qualité de la dernière "trilogie" Star Wars, ou du reboot de Star Trek, qui ne dit pas son nom, leurs sorties, avec tout le marketing qui les accompagnent, écrasent tout le reste et feront que ces films seront de toute façon rentable. Finalement nous agissons comme des consommateurs/marchandises, la boucle est bouclée.

Nous sommes plus enclin à débattre de la cohérence intradiégétique d'un univers fictionnel et l'on ne discute plus du monde dans lequel on vit. Le réel à d’ailleurs presque totalement disparu des œuvres de fiction actuelles, masqué, étouffé, ou tout simplement oublié par des univers pseudo-mythologiques, loin des soucis du quotidien, sans jamais questionner le réel, le présent! Ce qui est pourtant l'une des raisons d'être de la SF ou de l'anticipation. C'est bien sur ce point que j'ai détesté Ready Player One, qui nous invite à gentiment abandonner le réel au profit de l’univers merveilleux des productions des grands studios. De se cantonner au rôle de consommateur, au détriment de celui de citoyen.

Je ne peux que vous conseiller la lecture (si ce n'est déjà fait) de La société du spectacle, de Guy Debord, qui pourrait bien nourrir votre réflexion, plus globale, sur la place du spectacle dans nos vies, et sur le fait que notre culture ne se limite pas aux produits culturels que nous consommons, mais bien plus de nos modes de vies, nos relations sociales, qui ne devraient pas tourner uniquement autour du dernier film à l'affiche ou à la dernière série à la mode.

(désolé, j’ai choisi la pilule rouge)


♫ space maybe the final frontier but it's made in a Hollywood basement ♫

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#7 21-05-2018 10:36:23

DrAg0r
Dra'ghoH

Re : Hollywood flingue-t-il le cinéma ? - Mad Movies, avril 2018

Le public cible n'est pas le jeune de 12 ans, clairement pas. Non le public cible c'est le trentenaire/quarantenaire nostalgique. C'est lui qui paie les places.

Pour ce qui est de la médiocrité hollywoodienne je rejoins mbuna, je crois que les films à succès d'hollywood ont toujours été mauvais, ça n'a rien de nouveau. Seulement on ne se souvient que de ceux qui étaient bons. (Et qui se sont parfois complètement plantés à leur sortie), les mauvais sont plus ou moins tombés dans l'oubli, l'histoire a fait son tri. Pour le cinéma actuel, c'est tout pareil : Beaucoup de mauvais films et très peu de bons films, mais comme l'histoire n'a pas encore fait son tri (justement) bah du coup on voit surtout les mauvais.


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