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#1 24-08-2015 16:00:58

KIRK
Fan Intermittent

Quelle est la religion de Star Wars ?

Quelle est la religion de SW ?

Il me semble que la question n’a jamais été franchement débattue sur ce forum.

Shintoïsme , zoroastrisme ou gnosticisme reviennent le plus souvent pour qualifier l’énigmatique culte Jedi de la Force et au grand dam de tous les allergiques au syncrétisme new age ☺)

La saga de Lucas semble bel et bien être tout banalement chrétien.

Yoda, semblable à un moine, qui aurait quitté son monastère pour vivre en ermite, Luke, le prédestiné, qui doit apprendre à << croire >> pour faire grandir la Force en lui. << Je n’arrive pas à y croire >>lâche ce dernier découragé quand Yoda ramène son vaisseau du fond du marais, à quoi, son maître répond elliptiquement : << voilà pourquoi tu échoues…>>.

SW raconte une histoire apprise au catéchisme, celle de l’opposition entre la Foi et la Loi : la Force, autrement dit la Grâce, le royaume des cieux (où vont les « Skywalkers » ),appartiennent à ceux qui croient et s’abandonnent, pas à ceux qui craignent et se crispent. Le message est aussi clair que les Épitres de Paul : << croyez et vous serez sauvés >> Ou disons que celui des << 95 thèses >> de Martin Luther : << la foi seule sauve >> ( sola fide ). SW n’est pas seulement un film chrétien, c’est un film protestant (logique pour un film made in USA ) .

Si maître Yoda n’est pas Confucius, il n’est pas non plus Paul ou même François d’Assise ou Maître Eckhart : c’est d’abord et surtout Luther, le réformateur de l’église de Rome. Au delà de Dark Vador, l’ultime combat de Yoda, il livre un combat à l’empereur , Pape de cette nouvelle Rome que représente l’ étoile noire.

La saga ne raconte pas seulement l’opposition entre la Foi-lumière et la Loi-ombre mais bien le conflit entre deux << côtés >> de la même religion : un côté << lumineux >> du christianisme, incarné par le protestantisme et sa grâce ( la Force ) mais comme pétrifiée et illustrée par le corps devenu machine de Vador.

Une question se pose : pourquoi la saga n’annonce pas clairement la couleur au lieu de recourir à un langage ésotérique ? SW n’est pas seulement une saga protestante, c’est une saga méthodiste. Elle met en scène un conflit interne au protestantisme : celui qui oppose le côté << obscur >>, intellectuel, raide et méprisant du Calvinisme anglais et le côté << lumineux >> , rebelle, irrationnel, mâtiné de croyances folkloriques empruntées aux Natives Americans, du protestantisme méthodisme américain. Vador c’est Oliver Cromwell, le Robespierre anglais. Comme Vador, Cromwell fut en effet au service du Bien et comme lui il passa du côté obscur  en massacrant la moitié de l’Irlande. Quelques traits en communs : la longue tunique noire que portaient les puritains, l’accent très anglais et distingué de Vador ( trait commun avec l’empereur ) par opposition avec l’accent très américain et relâché de luke et des autres Jedi. Face à lui, Yoda incarne John Wesley, le fondateur du méthodisme, une religion beaucoup plus mystique et sentimentale qui a trouvé sa terre d’élection en Amérique à la fin du XVIIIe siècle.

Avant d’être un film religieux, SW est un film politique. L’événement fondateur de la politique américaine c’est la guerre d’indépendance face aux britanniques et aux anglicans de 1776. La saga oppose non seulement les protestants aux catholiques, mais aussi les protestants américains aux protestants anglais et peut être même les protestants américains entre eux, ceux du Sud et des terres, baptistes et méthodistes, à ceux du Nord et des villes, légitimistes et Wasp. Est-ce étonnant ? pas vraiment puisque SW est avant tout… un film américain.

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#2 01-09-2015 16:52:51

saga
vétéran

Re : Quelle est la religion de Star Wars ?

Kirk a écrit :

La saga de Lucas semble bel et bien être tout banalement chrétienne.

C'est un peu court jeune homme. Et puis pourquoi chrétien / protestant / méthodiste ?

Parce que, nous avons : un prophète (Luke), un vieux sage pour lui apprendre ce qu'il est (Yoda), des disciples ( Solo, Choubaca,...), un déchu (Dark Vador), une vierge (Léa), un ennemi maléfique opprimant les faibles (L'Empire), une rédemption (Dark Vador) ...

Prend tous les dogmes qu'il soit politique ou religieux et tu y retrouveras les mêmes ingrédients à quelques détails près.

Pour démonstration, prenons ce qui est universellement pris, à moins de s'appeler Marine, comme le pire dogme religieux le nazisme.

- Un prophète - Adolf
- Un théoricien (je n'ose dire un sage) - Alfred Rosenberg
- Des disciples - Göring, Von Ribbentrop, Von Papen, etc...
- Un déchu - Rudolf Hess
- Une vierge - Klara Pölzl
- Un ennemi maléfique - Les Juifs
- Une rédemption - (Là je n'en vois pas)

Et nous pourrions faire la même démonstration avec tous, Athéisme, Bouddhisme, Christianisme, Hindouisme, Islam, Judaïsme, Stalinisme, etc...

Non, Star Wars est un western tout simplement.

\\// Longue vie et vive l'humanisme
Saga

Dernière modification par saga (01-09-2015 16:57:52)

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#3 05-11-2018 15:02:09

Prelogic
Legaliste

Re : Quelle est la religion de Star Wars ?

Quelle est la religion de Star Wars ?

En réalité, George Lucas lui-même déclare très tôt dans le processus de création du premier film n’avoir cherché à aucun moment à créer une religion en particulier. Il voulait simplement les synthétiser toutes. Ce qui explique sans doute pourquoi la saga Star Wars a cette portée universelle, cette résonance particulière, et qui explique en grande partie sa vocation de phénomène social.

1 – Quelle est la religion de Lucas ?

George Lucas a grandi dans une famille méthodiste, mais élevé par une gouvernante luthérienne. Il se découvrira très tôt des affinités avec l’agnosticisme. Enfant des années 50, il détestera très vite la contrainte constituée par « l’École du dimanche ». Dans une biographie récente de Brian Jay Jones, Lucas déclare avoir eu une « expérience mystique profonde » qui allait façonner son système de croyance personnel : « Ça concernait Dieu : comme si vous atteigniez un point de non-retour dans votre vie […] J’éprouve des sentiments forts envers Dieu et la nature de la vie, mais je ne suis pas dévoué à une foi en particulier ». Lucas conservera toute de même une fascination pour les rituels religieux, ainsi qu’un intérêt académique pour la religion organisée : « Les cérémonies apportent quelque chose d’essentiel aux peuples ». Plus tard, Lucas décrira sa foi personnelle à mi-chemin entre le méthodisme et le bouddhisme (p.19).

2 – Religions et systèmes de pratiques et de croyances

Le Dieu de Lucas, c’est la « Force » bien entendu. Mais pas forcément un Dieu unique et anthropomorphique au sens des religions monothéistes / occidentales. Le Dieu de Lucas emprunterait plutôt aux continents indien et asiatique son caractère cosmogonique. La Force c’est le Chi - un concept hypothétique et spirituel qui n’a pas d’équivalent en occident, et qui serait davantage lié à une énergie cosmique et universelle qui « relie les êtres et les choses ». La Force, c’est aussi le Prana des hindous – un concept spirituel débouchant sur des manifestations physiques riche de nombreuses valeurs sémantiques. La culture polynésienne ancestrale a également son « Mana », concept mythique et vérité fondamentale qui régit le monde du tangible et de l’intangible, « expressif mais imperceptible ».

Et si on remonte plus loin dans l’histoire des civilisations, la Force serait aussi le Ka de l’Egypte ancienne qui fait à la fois référence à une force vitale et spirituelle, ainsi qu’à un corps subtil. Ainsi, « le point de concentration du Ka était une colonne représentant la colonne vertébrale d’Osiris, que les égyptiens appelaient le Djed » - une source d’inspiration pour les Chevaliers de Lucas, mais aussi pour les midi-chloriens ?

Pour renforcer le sentiment de « Puissance cosmique fondamentale » au sens de la pensée orientale, il faut se référer aux travaux du Maître zen Taisen Deshimaru qui a enseigné le zen en France et qui déclare dans son livre « Le sens de la vie » : « Le Dieu de la religion occidentale n’existe pas dans le bouddhisme ou l’hindouisme. Nous faisons tous partie de ce Tout cosmique ». Une vision que l’on peut associer au « Karma », à différencier du destin. Ainsi, Maître Yoda lui-même est incapable de percevoir tous les futurs possibles, car « toujours en mouvement est l’avenir ».

3 - Doctrines et Écoles de pensées

Lucas associe volontiers le « cours des choses » avec une pincée de déterminisme. Dans le livre de Deshimaru, il explicite sa pensée : « Je prends le point de vue existentiel et j’y mets une petite pointe de déterminisme. Je crois en une part de déterminisme, d’un point de vue « écologique ». Parce que les choses atteignent leur propre équilibre. Si vous ne vivez pas d’une certaine manière, écologiquement parlant, vous y serez mené de force. C’est ce que j’appellerais un état « non-poétique » qui deviendra finalement un « état poétique », parce qu’un état non-poétique ne durera pas ». Ainsi donc, tous les personnages évoluant dans l’univers de Star Wars, même les plus passifs, ont une incidence de par leur comportement sur la bonne marche de l’univers : « Ne pas prendre une décision est une décision en soi », explique Lucas dans les pages du making-of de Jonathan Rinzler.

Le déterminisme se fonde sur l’idée que tous les évènements sont le fruit d’un système de causalité : « ce qui arrive est la conséquence d’un autre évènement, même indirect ». Une mécanique que l’on associe souvent à l’effet papillon (rappelez-vous, la théorie du chaos de Ian Malcolm !). L’universitaire Paul-Georges Sansonetti y va aussi de son petit commentaire : « L’univers de Star Wars transmet toujours l'idée que l'on récolte ce que l’on sème ». Dans le domaine de la philosophie des sciences, le déterminisme est vécu comme une notion affirmant l’emprise de l’homme sur la nature. Dans l’univers cinématographique de George Lucas, le personnage de Qui-Gon est sans doute le représentant le plus éloquent de cette doctrine : « Rien n’arrive pas hasard », dira-t-il à Anakin, qu’il soutiendra contre un Conseil des Jedi farouchement janséniste.

Le jansénisme est à l’origine une doctrine chrétienne en même temps qu’un mouvement religieux, qui se développe principalement en France entre le XVII et XVIIIe siècle, en réaction à certaines évolutions de l’Église catholique et face au pouvoir absolutiste. Les jansénistes souhaitent ainsi s’en tenir strictement à la synthèse doctrinale rigoureuse de Saint-Augustin, et estiment que la grâce de Dieu ne sera obtenue qu’en suivant scrupuleusement les prescriptions du livre saint. En d’autres termes, les jansénistes sont à l’opposé de la doctrine déterministe, et pensent que l’action individuelle de l’homme ne peut s’opposer à la volonté prédéterminée du « Tout-puissant ». Les jansénistes sont de nature pessimiste et considèrent ainsi que « nul ne peut mériter le pardon par ses actes ». Dans l’univers cinématographique de George Lucas, le personnage de Yoda est sans doute le représentant le plus éloquent de cette doctrine : partisan de la Force dite « unificatrice », Yoda pense que la volonté de la Force doit s’imposer face aux passions de l’homme qu’il réduit à une simple « matière brute, indisciplinée et insouciante ».

4 – Star Wars et le manichéisme : aux origines de la chrétienté

Pour ce qui concerne la dimension « manichéenne » du récit et sa construction rituelle en 3 actes, il semble là encore que Lucas puisse son inspiration dans l’origine des civilisations et des concepts. Dans le livre « La philo contre-attaque » de Gilles Vervisch, l’auteur nous explique que le manichéisme est le fruit d’une secte religieuse fondée au Moyen-Orient, et dont les influences chrétiennes se sont largement répandues dans la région de Bagdad durant le IIIe siècle, puis aux quatre coins du monde. La caractéristique de cette religion est de croire en l’existence de deux entités suprêmes : le Dieu du Bien ou le « Père » d’un côté, et le dieu du Mal. La création du Monde serait ici relatée en trois épisodes, avec un commencement, un milieu et une fin (p. 53). Dans le making-of de l’Empire contre-attaque, Johnatan Rinzler continue de citer Lucas : « Je voulais un concept de religion fondé sur l’hypothèse qu’il existe un Dieu et qu’il y a le Bien et le Mal ».

5 – Le monde chrétien et la science

Le concept de midi-chloriens était déjà présent dans les premières réflexions de Lucas, comme d’ailleurs de nombreuses autres idées et personnages constitutifs de la prélogie. Il explique : « On dit que certaines créatures naissent avec une perception plus aigüe de la Force que les humains. Leurs cerveaux sont différents ; ils ont plus de midi-chloriens dans leurs cellules ». Comme on le comprend à travers les explications de Qui-Gon à Anakin, l’absence de vie ne signifie nullement l’absence de Force. Mais partout où il y a la Force, les midi-chloriens peuvent s’épanouir. Le purisme métaphysique des années 70 rejoint ainsi la curiosité pour les choses de la science des années 2000.

On a souvent reproché à Lucas d’avoir versé dans le « scientisme », ruinant ainsi plus ou moins volontairement le caractère imperceptible des voies de la Force. Alors qu’en réalité, non seulement les midi-chloriens ne cherchent à aucun moment à se substituer à la Force, mais ne font que la révéler au Monde. Les midi-chloriens seraient davantage la démonstration d’une « correspondance totale entre l’individu et l’univers, entre le microcosme et le macrocosme ». Ce qui n’empêchera pas Anakin d’échapper au Jugement.

Dans une célèbre citation, le philosophe Rabelais nous rappelait que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». George Lucas semble donc vouloir nous signifier que la science des midi-chloriens ne suffit pas à donner un sens à l’existence. Le débat ne manque pas d’intérêts puisque Science et Religion ont toujours été des frères ennemis, du moins dans le monde chrétien. Le rapport entre science et christianisme a toujours été tyrannique et agrémenté de divers conflits. Certains pensent qu’une parfaite harmonie est possible entre les deux, d’autres continuent d’y voir des disciplines divergentes, voire irréconciliables.

Par l'entremise des midi-chloriens, les Jedis seraient moins des dieux vivants, que des prophètes annonciateurs des commandements divins.

6 – La Force est-elle politique ?

La Force et ses relais biologiques sont également employés par Lucas à l’intérieur de son récit comme un instrument politique ou de domination. Le phénomène n’est pas nouveau à travers l’histoire, le pouvoir politique usant de la religion pour parvenir à ses fins. L’inquisition, par exemple, torturait et tuait sous prétexte de combattre les « héresies ». Les monarques, alliés à l’Eglise catholique, avaient le champ libre pour imposer un pouvoir par la violence. Dans un temps plus proche de nous, rappelons que Donald Trump, à peine investi Président des Etats-Unis, rendait visite à trois Etats religieux – le Vatican, l’Arabie Saoudite et Israël. Notons également que le Président des Etats-Unis prête serment sur la Bible au moment de son investiture. Palpatine retourne ainsi le Sénat contre les Jedis pour mieux asseoir son pouvoir à la fois sur les institutions et les croyances.

Ainsi donc, comme le décrit très justement une analyse trouvée sur le net : « La notion de Force telle que définie dans les films de Lucas permet le cosmique en écartant le mystique, la vérité en écartant le révélé, le spirituel en écartant la religion. Elle donne à la saga un caractère légèrement sacré et une sacrée légèreté à la foi ».

Pour ceux que la religion ou les systèmes de croyance rebutent un peu, et pour approfondir le sujet, je conseille le récent film de Martin Scorsese "Silence" qui relate les tortures de missionnaires jésuites portugais, venus au Japon défier l'inquisition locale. On y comprend mieux les différences culturelles fondamentales qui structurent les civilisations.

Dernière modification par Prelogic (05-11-2018 15:18:12)


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