#1 17-03-2013 02:23:29

yrad
admin

Le cinéma de Danny Boyle

Le très british Danny Boyle est un réalisateur à part ! Son cinéma dévoile quelque chose de crypto-kubrickien, pas forcément dans la forme (encore que...), mais clairement dans l'esprit (et aussi dans l'extrême diversité).  love

Focus sur deux de ses chefs d'œuvre :

- Trainspotting (1996) : chef d'œuvre absolu, cultissime, inclassable, au point de faire probablement partie de mon "Top 10 ciné" toute catégorie confondue ! C'est le plus amoral et les plus (im)pertinent des films consacrés au large spectre des addictions humaines (très loin devant Requiem For A Dream de Darren Aronofsky qui passerait pour une dénonciation bienpensante en comparaison). Mais le film de Boyle est aussi et surtout une charge sans égale contre la bonne société citoyenne, contre la normalité sociale obligatoire, finalement contre la condition humaine dans son ensemble. Totalement subversif… mais ne cherchant pas pour autant à vendre une quelconque idéologie, ce qui est du coup carrément exceptionnel. En somme, anarchiste dans sa déclinaison la plus épurée. ok
Et que dire de son humour : ravageur, décalé, surréaliste, complètement barré, paroxystiquement noir ("I am the night, color me black"). Pour me faire l'écho de ce post-là, Trainspotting est le parfait exemple de film "100% humour" et "0% fun"… lorsque ST 2009 est "100% fun" et "0% humour".
La distanciation tchekhovienne (et finalement kubrickienne) dont fait preuve Trainspotting légitime amplement le rapprochement que beaucoup ont fait avec A Clockwork Orange du grand Stanley (et auquel le film de Boyle rend d'ailleurs superbement hommage, à l'instar du roman d'Irvine Welsh à celui d'Anthony Burgess). praise
Cerise sur le gâteau pour tout fan de la série Stargate Universe : retrouver Robert Carlyle dans le rôle de ce psychopathe taré de Francis Begbie après deux années de Nicholas Rush, c'est comme pénétrer dans The Twilight Zone. eek

- Sunshine (2007) : un des seuls films de hard SF digne de ce nom durant les années 2000 (avec le confidentiel Solaris de Steven Soderbergh). Puissamment envoûtant par son sens de la contemplation et fascinant de poésie par son ambiance astronomique... furieusement contrasté dans son propos (un futur high-tech séduisant et pourtant une humanité sans avenir), dans sa tonalité (une hard SF aseptisée qui bascule dans le slasher primal), dans son visuel (un éternel jeu de ténèbres et d'embrasement, une perpétuelle oscillation lifekiller entre le zéro absolu et l'enfer stellaire), et dans sa BO (des musiques expressionnistes aux froides sonorités cosmiques)... Sunshine sera parvenu à remettre au goût du jour (hélas de façon bien trop éphémère) le "style 2001", c’est-à-dire le space'op sans concession aucune, avec la science astrophysique au premier plan, et des êtres humains totalement insignifiants devant l'implacabilité de l'univers. Tous les Defying Gravity, Virtuality, et autres Moon lui doivent quelque chose. A ceci près que le film de Boyle est une version nihiliste de 2001 (et de ses épigones), avec un cosmos obstinément vide, ne portant aucune espérance d'aucune sorte. A en donner des frissons (d'effroi). joy
Par certains côtés, Sunshine joue dans la même cour que les chefs d'œuvres dystopiques & désespérés The Road (2009) de John Hillcoat et Melancholia (2011) de Lars von Trier. bowing


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#2 21-01-2013 21:52:33

mariuss66
Trekki

Re : Le cinéma de Danny Boyle

J'ai revu Trainspotting hier soir, film que j'avais vu à l'époque de sa sortie en dvd. Je l'ai écouté avec les 2 grands ados de ma blonde (ils ont 18 et 20 ans). Eux qui sont amateurs de films du style "transformers", ça leur a montré un tout autre style de film, mais je n'ai pas eu l'impression qu'ils ont vu au delà du 1er niveau.  mdrno

Je crois que je vais devoir revenir sur le film avec eux d'ici peu, mais je vais les laisser digérer un peu...

J'avais été très impressionné par ce film à l'époque, j'avais un peu peur d'être déçu en le ré-écoutant maintenant. Mais finalement, ce film a très bien vieilli, même si les jeunes d'aujourd'hui risquent probablement moins de se reconnaître dans les jeunes sans avenir de Trainspotting (les jeunes d'aujourd'hui ont beaucoup plus de possibilités que ceux des années 90). Par contre, pour montrer le désabusement de certains jeunes face au modèle de société proposée en occident, le refus d'y prendre part, le film frappe encore dans le mille.

Un film hors norme, difficile à définir (d'ailleurs, j'ai eu bien du mal à répondre quand je leurs ai demandé de venir voir ce film et qu'ils m'ont demand. "c'est quel genre de film?"). Un film parfois drole, mais quand on rit on est mal à l'aise, souvent tragique, mais qui évite les leçons de morale à 2 sous et la fin larmoyante à laquelle on aurait eu droit s'il avait été fait à Hollywood. Je le recommande vivement si jamais quelqu'un ici ne l'a pas vu...

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#3 22-01-2013 14:54:37

Buckaroo
50 ans et toujours aussi irritant

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Trainspotting Ah !
En deux mots : Danny Boyle.. Il fait de bons films : 125 heures , 28 jours plus tard , Sunshine.. et surtout des films chiants : The Beach , Slumdog Millionaire ..
Trainspotting fait parti de la première catégorie, mais ce n'est pas là un film que j'aurai envie de revoir, ni même posséder dans Dvdthéque.

Dans le genre je préfére et de loin , la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn , Orange Mecanique de Kubrick.


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#4 12-03-2013 13:06:21

IMZADI
Memory Alpha

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Un Trainspotting 2 serait à l'étude selon Dany Boyle himself...


-"I'm a number, I'm not a free man, I'm the number NCC-1701..."

Beaucoup de choses que nous faisons tout naturellement nous deviennent difficiles dès l'instant où nous cherchons à les intellectualiser. Il arrive qu'à force d'accumuler les connaissances sur un sujet donné, nous devenions ignares.
- Texte mentat n°2 (Dune: Chapter House)

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#5 12-03-2013 13:42:31

scorpius
Nowhere Man

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Drôle d'idée...


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#6 12-03-2013 21:15:32

mariuss66
Trekki

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Trainspotting 2 se passerait 10 ans plus tard, Renton serait gérant d'un boite de nuit à Amsterdam et financerait un film porno de son "ami" sick boy. Ça semble aller vers le même ton, reste à voir si ça passera aussi bien maintenant. Je me demande comment il sera expliqué qu'ils sont encore ami, car Renton baisait tous ses potes à la fin de trainspotting en se sauvant avec l'argent.

Il semblerait que tous les acteurs ont signé sauf un et vraiment pas le moindre, Ewan McGregor.

Quand même drole que Trainspotting 2 soit annoncé si peu de temps après que j'ai revu le premier, que je n'avais pas revu depuis sa sortie en dvd à l'époque (je me demande même si ce n'était pas plutôt en VHS...)

Dernière modification par mariuss66 (12-03-2013 21:16:42)

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#7 16-03-2013 12:47:46

mypreciousnico
_________

Re : Le cinéma de Danny Boyle

yrad a écrit :

- Sunshine (2007) : un des seuls films de hard SF digne de ce nom durant les années 2000 (avec le confidentiel Solaris de Steven Soderbergh). Puissamment envoûtant par son sens de la contemplation et fascinant de poésie par son ambiance astronomique... furieusement contrasté dans son propos (un futur high-tech séduisant et pourtant une humanité sans avenir), dans sa tonalité (une hard SF aseptisée qui bascule dans le slasher primal), dans son visuel (un éternel jeu de ténèbres et d'embrasement, une perpétuelle oscillation lifekiller entre le zéro absolu et l'enfer stellaire), et dans sa BO (des musiques expressionnistes aux froides sonorités cosmiques)... Sunshine sera parvenu à remettre au goût du jour (hélas de façon bien trop éphémère) le "style 2001", c’est-à-dire le space'op sans concession aucune, avec la science astrophysique au premier plan, et des êtres humains totalement insignifiants devant l'implacabilité de l'univers. Tous les Defying Gravity, Virtuality, et autres Moon lui doivent quelque chose. A ceci près que le film de Boyle est une version nihiliste de 2001 (et de ses épigones), avec un cosmos obstinément vide, ne portant aucune espérance d'aucune sorte. A en donner des frissons (d'effroi). joy
Par certains côtés, Sunshine joue dans la même cour que les chefs d'œuvres dystopiques & désespérés The Road (2009) de John Hillcoat et Melancholia (2011) de Lars von Trier. bowing

Sunshine était vraiment un excellent film, un des meilleur opus SF des années 2000 effectivement, avec un scénario passionant, une vision de l'espace extrêmement froide et glaciale et un visuel vraiment envoutant. Le film est beau tout simplement.

Mais la fin est vraiment horrible, digne des pires slasher yikes_mad
Le film se casse complètement la gueule dans ses 10 dernière minutes, sans compter une mise en scène qui devient illisible et clipesque. J'avais été tellement déçu au premier visionnage, il faut dire que je n'aime pas vraiment les slasher.
Heureusement que c'est aussi brillant avant. Une fin comme ça c’est un coup à qualifier un film de bouse intersidérale sad

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#8 17-03-2013 02:23:29

yrad
admin

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Eh bien, curieusement, Mypreciousnico, j'ai eu exactement la même réaction que toi à mon premier visionnage de Sunshine ! Avoir osé transformer une telle merveille en vulgaire slasher à la Wes Craven, c'était pour moi l'outrage suprême. Comme si Boyle avait cru intelligent de souiller gratuitement une des formes les plus pures de SF (et qui plus est une SF dont je suis un inconditionnel depuis le choc sans équivalent que fut la découverte de 2001 durant mon enfance).

Mais finalement, avec du recul, et en revoyant Sunshine (dès qu'il fut disponible en Blu-ray, au passage un magnifique transfert !), j'ai pris conscience que Boyle s'était spécialisé dans une forme à la fois d'hommage et de détournement de mon cinéaste favori (qui n'est autre que le grand Stanley). Avec une semblable distanciation, il revisite les classiques de Kubrick, mais en propose des variantes tantôt barrées (Trainspotting par rapport à A Clockwork Orange) tantôt dégénérées ou crochues (Sunshine par rapport à 2001). C'est en quelque sorte la valeur ajoutée - ou plutôt subversivement retranchée - du cinéma de Danny Boyle !

Sunshine aura ainsi réussi à remettre (momentanément) au goût du jour la hard SF spatiale tout en lui infligeant une puissante démystification. Non sans rappeler l'audace d'Event Horizon (1997) de PWS Anderson, où l'équivalent d'un Zefram Cochrane s'imaginait avoir découvert le FTL, sauf qu'au lieu d'y rencontrer les Vulcains et d'offrir à la Terre un futur prometteur plein de beaux voyages intergalactiques… il ouvrait les vannes de Hellraiser !

Eh bien, Sunshine reprend ce concept pour le moins dérangeant et dérangé. Sauf que cette fois, il passe à la moulinette la SF immaculée et aseptisée de 2001… qui se transforme progressivement en descente aux enfers bien trash. D'abord du fait des héros eux-mêmes qui commettent une succession d'infinitésimales erreurs (rappelant magnifiquement à quel point AUCUNE erreur n'est permise dans les voyages spatiaux en dur), puis finalement en raison du grain de sable que nul n'attendait : Pinbacker, le "défunt" commandant d'Icarus One, ce vaisseau mystérieusement disparu.
Mais contrairement à Event Horizon, Sunshine ne recourt à aucun postulat surnaturel. Même dans sa composante slasher, il reste respectueux de ses hypothèses de départ hard SF, c’est-à-dire ultra-réalistes. La psychopathologie criminelle de Pinbacker est la résultante clinique naturelle de ses convictions religieuses : l'humanité a épuisé toutes ses ressources, et son soleil se meurt, cela signifie donc pour lui que le supposé créateur a décidé de reprendre ses billes et d'en finir avec ses créatures ; et donc pas question de laisser lesdites créatures outrepasser cette prétendue volonté divine. Mine de rien, voilà qui constitue une redoutable charge contre la foi, qui pour le coup a failli signer la disparition du genre humain.

Les quelques scènes finales (donnant l'impression de sortir d'un film de Michael Bay scénarisé par Orci & Kurtzman lol) se limitent finalement à des courses poursuites sanglantes et désespérées à travers les interminables couloirs du vaisseau. Il s'agit donc pour un film aussi contemplatif d'un coup de poing inattendu, aussi bref qu'incisif, destiné à enrichir Sunshine d'un saisissant contraste de plus (le matériau même du film !). La hard SF tourne mal, et à l'indicible beauté cosmique célébrée de façon paroxystique durant 1h30, l'être humain ne peut s'empêcher de répondre par une indescriptible laideur (retombant ainsi dans ses pires errements historiques).

Malgré tout, jamais la grâce n'abandonne le film, car l'illuminisme religieux de Pinbacker est rédimé par le sacrifice successif et spontané de chacun des astronautes d'Icarus Two (ce dont la Terre n'aura même pas connaissance !), puis transcendé par une symphonie astrophysique finale, où le temps et l'anti-temps, la matière et l'antimatière se combinent et fusionnent. Tel un nouveau Big Bang, mais prométhéen cette fois.


« Science fiction is the most important literature in the history of the world, because it's the history of ideas, the history of our civilization birthing itself. Science fiction is central to everything we've ever done, and people who make fun of science fiction writers don't know what they're talking about. »
Feu Ray Bradbury

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#9 28-03-2013 16:12:59

Urbinou
vétéran

Re : Le cinéma de Danny Boyle

Merci Yrad de trouver les mots pour décrire ce film, un de mes préférés en hard-sf. Très plausible une fois admis que d'une part le soleil se meurt déjà, et que d'autre part notre "pétard" atomique parviendra à le relancer. Tu n'as pas parlé de la bande son, que je trouve magnifique.  Et en plus Rose Byrne est si craquante dans ce rôle...

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#10 26-06-2017 17:57:30

mariuss66
Trekki

Re : Le cinéma de Danny Boyle

J'ai vu Trainspotting 2. Si vous avez aimé le premier, vous devez voir celui-ci.

Évidemment, il est moins bon que l'original, je m'y attendais. Mais c'est tout de même une suite très réussie! Je n'ai pas lu les livres, mais de ce que je sais ce n'est pas "Porno" qui a été adapté en film, bien qu'au générique il est dit que l'histoire en est inspirée.

Cela se passe 20 ans après le premier. Il y a plusieurs références à celui-ci, et même des séquences ici et là. Plusieurs fois on nous montre une courte séquence de l'original suivie immédiatement de la même dans le présent (pour ma part cela n'aurait pas été nécessaire, je me souvenais très bien) afin de montrer que finalement, bien que les personnages ont vieillis ils sont fondamentalement restés les mêmes.

Je résume l'histoire rapidement: Renton revient après 20 ans, pour rembourser ses anciens potes qui ne sont guère enchantés de le revoir. Begbie est en prison depuis tout ce temps et s'évade, mais lui Renton ne veut surtout pas le revoir car il veut se venger (et quand on connait le personnage, on ne tient vraiment pas à être la victime de sa vengeance!).

Au début Renton semble avoir eu une belle vie durant les 20 années précédentes, mais finalement il n'est guère mieux que Spud (qui veut se suicider) et Sick Boy (dont l'ambition est d'arnaquer des gens et de vouloir ouvrir un bordel).

Le film ressemble beaucoup au premier, avec des relent de nostalgie et de regret du temps qui passe. Et aussi que le monde change mais que les personnages, eux, vieillissent mais restent les mêmes et sont donc toujours aussi déboussolés. Plus vieux, pas vraiment plus sages, et presque aussi cons qu'à leur jeunesse. On voit venir la finale, mais celle-ci est tout à fait logique et cohérente avec les personnages.

Bref, un bon moment et un bon film, mais qui ne marquera pas l'esprit comme le premier avait su le faire.

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